Viande de singe, olives peintes à l'acide, poulet au formol, faux miel : saisie record d’aliments dangereux

31/03/2016

C’est une liste digne du musée des horreurs mais il s’agit bien d’aliments qui étaient destinés à la consommation : 10.000 tonnes d’aliments frelatés ainsi qu’un million de litres de boissons dangereuses ont été saisis par INTERPOL et Europol dans 57 pays. Olives repeintes à l’acide, sucre contaminé à l’engrais, intestins de poulet au formol, alcool contrefait, viande de bœuf et tilapia impropres à la consommation, faux miel, compléments alimentaires aux ingrédients nocifs : ce ne sont que quelques exemples des produits découverts au cours de l’opération Opson V. Et ils font froid dans le dos car ces faux aliments – réétiquetés ou mélangés à des produits toxiques - mettent la santé des consommateurs en danger.

Cette prise record réalisée pour la seule période de novembre 2015 à janvier 2016 est quatre fois plus élevée que l’année dernière. On peut craindre pourtant qu’il ne s’agisse que de la partie émergée de l’iceberg. Car combien de ces produits ont fini sur le marché ? Si une partie de ce véritable réseau de criminels a été démantelée, combien continuent de passer entre les mailles du filet le reste de l’année ? Traquer les fraudeurs quand le mal est fait ne suffit pas. Pour foodwatch, il est urgent que les contrôles préventifs soient rendus obligatoires.

10.000 tonnes d’aliments frelatés et un million de litres de boissons dangereuses saisis dans 57 pays, notamment :

•    En Belgique : plusieurs tonnes de viande de singe saisies à l’aéroport de Zaventem;
•    En Italie, 85 tonnes d’olives « peintes » au sulfate de cuivre – un produit reconnu toxique - afin d’améliorer leur aspect;
•    En Indonésie : 70 kilos d’intestins de poulet conservés dans du formol et plus de 310.000 kilos d’aliments interdits stockés dans un entrepôt;
•    En Hongrie, Italie, Lituanie et Roumanie : des chocolats, bonbons et vin mousseux sans alcool destiné aux enfants et contrefaits;
•    Au Soudan, 9 tonnes de sucre contaminé à l’engrais;
•    En Corée du Sud : des compléments alimentaires présentés comme produits naturels vendus en ligne alors qu’ils contenaient des ingrédients nocifs;
•    En Australie : 450 kilos de miel étiqueté de façon trompeuse puisqu’il contenait en réalité des arachides et des pignons de pin, dangereux pour les personnes souffrant d’allergies;
•    Au Togo, 24 tonnes de tilapia jugées impropres à la consommation;
•    En Zambie, 3.200 cartons de boissons de régime en poudre dont la date d’expiration avait été modifiée;
•    En Thaïlande, 4 tonnes de viande importées illégalement d'Inde. Les enquêteurs ont également détruit plus de 30 tonnes de viandes de bœuf et de buffle impropres à la consommation qui étaient destinées à être vendues dans des supermarchés.

Trafic de faux aliments : « Des gens meurent à cause de l’avidité de criminels »

Lors de l’opération Opson IV il y a un an, Michael Ellis, chef de l'unité dédiée à la lutte contre le trafic de marchandises illicites au sein d'Interpol soulignait déjà : « Les aliments et les boissons frelatées et de mauvaise qualité sont une menace réelle pour la santé et la sécurité. Des gens prennent des risques importants et parfois meurent à cause de l'avidité de criminels dont le seul souci est le profit ». Le commerce des faux aliments est le fruit d’un vaste réseau organisé. Il s’avère parfois bien plus juteux que celui de la drogue et génère des millions d’euros de profits. Nicolas Giannakopoulos, président et fondateur de l’Observatoire du Crime Organisé, l’a confirmé à L’Express : « Derrière certains réseaux, on retrouve les grandes organisations criminelles. Elles facilitent les choses, avec la capacité de mobiliser logistique et capitaux. Les mêmes qui font dans la drogue et les filles peuvent ponctuellement intervenir sur une filière de tomates ou d'agrumes ».

Trop tard : le mal est déjà fait

On le constate avec les chiffres communiqués aujourd’hui par INTERPOL et Europol, la fraude alimentaire est un phénomène mondial et concerne une multitude de produits alimentaires. Parfois, elle met en péril la santé des consommateurs. De toute évidence, les leçons du scandale de la viande de cheval n'ont toujours pas été tirées en Europe. Les résultats de l'enquête Opson V démontrent de nouveau et de manière flagrante l'ampleur de l'échec politique : au lieu de prendre les mesures préventives nécessaires, on mobilise des dizaines d'enquêteurs qui traquent les fraudeurs alors que le mal est déjà fait.

Il faut que les responsables politiques jouent leur rôle ! Pour foodwatch, les acteurs de l’indutrie agroalimentaire doivent être mis face à ses responsabilités. Les fabricants et les distributeurs doivent tout simplement être légalement contraints d’effectuer eux-mêmes contrôles et inspections, de prouver ainsi qu’ils respectent les réglementations à la lettre. C'est l’absence d’obligation de contrôles qui a permis que le scandale de la viande de cheval reste ignoré de tous aussi longtemps. Engager la responsabilité des entreprises et leur imposer une obligation de contrôle et de vérification est le seul moyen d'inciter celles-ci à se détourner de la fraude, et à s'en tenir à la loi.

Vidéo de la saisie réalisée en Italie (source : Europol)

Vidéo de la saisie en Italie

Dernière modification le 31/03/2016
 
La newsletter foodwatch

Information, mobilisation, revendications : suivre toute l'actu