Aliments contaminés par des hydrocarbures : ce que les marques répondent (ou pas)

08/12/2015

foodwatch a écrit à tous les fabricants ou distributeurs en France des produits testés pour notre étude sur la contamination des aliments par des dérivés de pétrole. Découvrez quelles marques minimisent le problème ou esquivent, celles qui ne daignent pas répondre et celles qui ont commencé à prendre des initiatives pour protéger les consommateurs. Certaines sont favorables à une réglementation. Mais à quand le retrait des produits dangereux du marché ?

Le problème de la contamination par les hydrocarbures de nos aliments conditionnés dans des emballages carton (souvent recyclé) est connu depuis des années par l’industrie et les autorités. Rappelons que les plus dangereuses de ces substances toxiques, les MOAH, sont suspectées d’être cancérogènes, mutagènes et de perturber le système endocrinien. En France, six produits sur dix testés par foodwatch sont contaminés par des hydrocarbures aromatiques d’huiles minérales : c’est trois fois plus que chez nos voisins allemands. Il s’agit de riz, couscous, lentilles, corn flakes, du cacao en poudre, pâtes… foodwatch a donc sollicité les industriels en leur demandant de prendre des mesures pour empêcher la contamination des aliments par ces hydrocarbures, pour protéger les consommateurs.

foodwatch leur a également demandé de rappeler de toute urgence les aliments contaminés par des MOAH, au vu des résultats de notre étude. A ce jour, aucun fabricant ne nous a informés d’un tel rappel. Alors qu’en Allemagne où foodwatch est également présente, un fabricant de riz a retiré son produit sans tarder. Ces aliments présentent un risque potentiel pour la santé : ils ne devraient plus être disponibles à la vente ! foodwatch, avec vous, exige d’appliquer le principe de « tolérance zéro » pour les hydrocarbures aromatiques d’huile minérale.

Tour d’horizon des réponses des fabricants reçues en date du 8 décembre 2015

 

Ils ont commencé à prendre des mesures

  • Le Groupe Casino reconnaît la nécessité de privilégier la diminution à la source de la contamination et de renforcer la protection finale du produit. Le Groupe (qui possède aussi les marques Monoprix et Leader Price) écoule actuellement ses stocks d’étuis en carton pour le riz Casino et va passer ses références de riz en sachet début 2016. Mais pourquoi attendre de prendre des mesures plus complètes et pour retirer des rayons les produits dont les tests révèlent une présence de MOAH? Les lentilles vertes Casino et les corn flakes P’tit Prix Monoprix vont peut-être être emballés dans des cartons à base de fibres vierges à partir de 2016. Mais nous savons que même les fibres vierges ne préviennent pas complètement la contamination des aliments par les huiles minérales.
  • Lidl : les produits testés par foodwatch - riz et pâtes - affichaient des voyants verts qui attestent a priori d’une absence de contamination par les huiles minérales. L’enseigne du hard discount dit avoir mis en place un système de management de la sécurité alimentaire et entrepris plusieurs actions concrètes sur la base d’une analyse de risque spécifique.
  • Barilla (pas de contamination relevée dans ses pâtes, d’après nos tests) dit utiliser des encres à faible migration et des emballages à base de fibres vierges.
  • Vivien Paille (groupe Soufflet) dit être engagé dans un programme préventif de recherche et d’actions pour réduire les teneurs potentielles en huiles minérales dans les produits. Toutefois, les lentilles blondes Vivien Paille sont bel et bien contaminées par des hydrocarbures aromatiques et donc dangereuses pour la santé. Or le fabricant, à notre connaissance, n’a toujours pas procédé à leur retrait du marché.
  • Carrefour dit recourir uniquement à des encres à base d’huiles d’origine végétale pour l’impression des cartons d’emballages et à des cartons à base de fibres vierges. Cependant, ces initiatives restent très insuffisantes face à l’ampleur de la situation. En effet, les cinq produits Carrefour (dont un produit Dia) testés présentent une contamination par les hydrocarbures aromatiques les plus dangereux : des pâtes pour enfants, des céréales de petit-déjeuner, du couscous bio, des lentilles AOP et des lentilles bio Dia.  De plus, d’après nos informations, aucun de ces produits n’a été retiré du marché…
  • Nestlé dit utiliser uniquement des cartons fabriqués à partir de fibres vierges ; une mesure qui ne suffit toutefois pas à empêcher toute contamination. D’ailleurs, d’après nos analyses en laboratoire, sa poudre de cacao Dessert présente l’une des contaminations les plus élevées parmi les produits testés pour foodwatch. 

foodwatch exige plus que du coup par coup : les consommateurs ont besoin de garanties pour tous les produits emballés dans du papier ou carton.

Ils ne répondent pas

Bien que nous les ayons sollicités, certains fabricants n’ont pas daigné nous répondre, laissant les consommateurs dans le flou concernant leurs positions face à la problématique de la contamination des aliments par les huiles minérales : Auchan, Intermarché, Système U, Unilever, Panzani (qui possède également Taureau ailé, Lustucru, ainsi que les marques de couscous Regia et Ferrero), Tipiak, Mars food (Uncle Ben's, Ebly).

Ils esquivent

Certains fabricants minimisent le problème ou se refusent à admettre que la présence d’hydrocarbures aromatiques d’huile minérale (les MOAH) représente un risque pour la santé des consommateurs : c’est le cas de Nestlé, BN, Van Houten, Carrefour et l’ANIA.

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) affirme pourtant que ces MOAH « peuvent être à la fois mutagènes et cancérogènes ». Et pour l’équivalent allemand de notre agence de sécurité alimentaire (ANSES), l’Institut fédéral pour l’évaluation des risques (BfR), il ne fait aucun doute que : « Aucune migration démontrable de MOAH dans les aliments ne devrait se produire ».

foodwatch a bien sûr partagé les résultats détaillés des analyses réalisées en laboratoire avec tous les fabricants ainsi que les informations sur la méthodologie employée pour ces tests. Rappelons que la teneur en huiles minérales de chaque produit a été déterminée par HPLC-GC-FID (high-performance liquid chromatography-gas chromatography-flame ionization detection) conformément aux méthodes de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) sur la détermination des niveaux d’hydrocarbures dans les aliments et matériaux d’emballage. Tous les tests ont été réalisés en juillet 2015 par un laboratoire agréé aux normes DIN EN ISO 17025. 

Ils sont favorables à une réglementation

A ce jour, ni la France ni l’Union européenne n’ont mis en place de législation destinée à protéger les consommateurs des risques de contamination des aliments par les huiles minérales. Des solutions existent pour empêcher la migration des substances toxiques dans notre alimentation. Il faut les rendre obligatoires de toute urgence. Dans leurs réponses écrites à foodwatch, ces quatre acteurs majeurs de l’industrie agroalimentaire reconnaissent le besoin d’une réglementation :

 

  • Michel-Edouard Leclerc sur son blog

Nos responsables politiques doivent d’urgence se saisir de cette question - connue depuis des années, mais sans réponse à ce jour. foodwatch a demandé à rencontrer la Secrétaire d’Etat chargée du Commerce et de la Consommation, la ministre de la Santé, le ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire ainsi que la ministre de l’Ecologie, afin que des mesures urgentes soient prises en France, en attendant une véritable règlementation européenne.

Dernière modification le 30/09/2016