Actualités 15.05.2020

Covid-19 et aliments : qui profite des arrangements avec les recettes sans l’indiquer sur l’étiquette ?

  • Arnaques sur l'étiquette
  • Scandales alimentaires

Fin avril, nous alertions sur le manque de transparence autour de l’assouplissement des règles d’étiquetage des produits pendant la crise, accordé par la la Commission européenne. Il faut savoir qu’en cette période de Covid-19, les grandes marques mais aussi les distributeurs peuvent modifier les recettes des aliments sans l’indiquer sur l’étiquette. Résultat : après 5 semaines d’insistance auprès des autorités, les consommateurs peuvent enfin accéder à une liste sur le site internet de la Répression des fraudes énumérant les changements rarement bien justifiés. foodwatch lance donc une pétition pour demander aux distributeurs de signaler clairement ces modifications et d’en expliquer les raisons, à la fois dans les rayons des magasins, sur les produits et sur les sites de vente en ligne.

5 semaines d’attente pour des informations incomplètes

Si l’on peut comprendre que des soucis d’approvisionnement justifient quelques petites adaptations, on trouvait normal quand même de savoir en toute transparence quels changements les fabricants s’autorisaient ! Les informations commencent à être publiées sur le site internet de la DGCCRF suite à nos interpellations. Mais il faudrait évidemment qu’elles soient aussi clairement repérables en rayons, sur les produits et les sites de vente en ligne. 
foodwatch demande donc un affichage clair sur les produits ayant changé de recette ou d’approvisionnement, – tant dans les rayons que sur les drives,  via un sticker par exemple. 

Quelques exemples de produits modifiés 

Quand on regarde la liste dans le détail, on n’est pas déçu.es ! On y trouve des œufs étiquetés comme issus de poules élevées en « plein air » qui ne le sont pas – les défenseurs du bien-être animal apprécieront.
Au rayon viande, Intermarché et Auchan se fournissent en filet mignon de porc désormais en Allemagne ou en Espagne plutôt qu’en France. – les consommateurs voulant favoriser les filières françaises seront bien déçus. Pour le « Pâté de campagne à l’andouille de Guéméné » de E. Leclerc (Nos régions ont du talent), l’indication de l’origine est désormais « non conforme », de même que la liste des ingrédients. Mais à ce stade, impossible de savoir en quoi consiste la modification de la recette. 
Du côté des légumes, ce n’est pas mieux. Si l’on peut comprendre qu’un fabricant de bocaux de sauces comme Prosain peine à se fournir actuellement en courgettes et aubergines origine France et se tourne vers l’Espagne ou l’Italie, foodwatch s’étonne que le fabricant s’arroge le droit de changer ses recettes jusqu’à fin juillet. Pourquoi ? Les bocaux seront ensuite vendus avec une date de durabilité minimale (DDM) de… trois ans. 

Des changements qui posent question 

Le site internet de la DGCCRF ne doit pas lister que les changements, mais aussi la justification de ces derniers, censés être en lien avec la crise du Covid-19. Et là, c’est le grand flou : si les grandes marques semblent jouer le jeu, les chaînes de supermarché, elles, se contentent d’explications lapidaires du type « Indication non conforme de l'origine et de la liste des ingrédients » et ne semblent pas renseigner ces modifications non plus sur leurs sites marchands. Certains vont même jusqu’à annoncer des modifications « jusqu’à la fin de la crise » - ce qui n’est pas demain. Faut-il en déduire qu’ils n’informeront pas les consommateurs de ces changements ? 
Un flou inacceptable qui laisse planer de nombreux doutes et questions : certains industriels ne profiteraient-ils pas de la crise pour modifier les recettes et l’origine de certains ingrédients sans réelle justification ? Les consommateurs ont le droit de savoir pour continuer à faire leurs achats en toute conscience ! 
Nous exigeons dès aujourd’hui la totale transparence de la part des grands distributeurs en magasins et sur leurs sites : quelles modifications sont apportées aux produits commercialisés sans modifications des étiquettes, et pour quelles raisons liées à la crise ?

Liens

Vous avez aimé cet article ? On a encore plein de sujets sur le feu : aidez-nous à continuer !

foodwatch est une association 100% indépendante qui refuse tout financement public ou dons d’entreprises qui pourraient présenter le moindre conflit d’intérêt. Ce sont donc vos dons qui garantissent notre liberté de parole et d’action pour enquêter, lancer l’alerte et faire bouger les choses. Ensemble, notre voix compte. Merci !

Je fais un don