Mercosur, loi Duplomb... santé, environnement, monde agricole sacrifiés au nom du profit
Article mis à jour le 18/11/25
Passage en force de la loi Duplomb d’un côté, accord UE-Mercosur par la fenêtre de l’autre… Décidément nos décideurs politiques ne sont pas du côté de la majorité des agriculteurs et agricultrices, de la santé, d'une alimentation saine, ni de l'environnement.
Accord UE-Mercosur : la fuite en avant
C’est la dernière ligne droite de cet accord très controversé. Après l’accord de principe entre l'UE et le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) le 6 décembre 2024, la Commission européenne a validé le 3 septembre dernier la partie commerciale de l’accord. Cela ouvre la voie au processus final de ratification, avec un vote du Conseil de l’UE, prévu le 18 décembre 2025, suivi par un vote du Parlement européen. Emmanuel Macron a réaffirmé le 12 novembre que la France voterait non en l’absence de garanties sur des clauses de sauvegarde pour les produits agricoles importés ne respectant pas les mêmes normes sanitaires et environnementales que dans l’UE. Mais pour l’instant, rien n’est acquis…
Emmanuel Macron avait pourtant promis de bloquer cet accord, face à la colère des agricultrices et agriculteurs notamment. Mais la France semble désormais laisser passer le train et abandonner les lignes rouges qu’elle avait fixées, à commencer par des garanties sur les normes sanitaires des produits agricoles importés.
L’accord UE-Mercosur, souvent appelé « bétail contre voitures », présente de lourdes menaces pour nos assiettes, notre santé, l’environnement et les droits humains. En cause notamment : les importations encore plus massives de produits agricoles qui ne respectent pas les mêmes normes sanitaires et environnementales qu’en Europe : OGM, pesticides et antibiotiques activateurs de croissance dans les élevages, pourtant interdits d’usage dans l’UE, etc.
Des clauses de sauvegarde essentielles
C’est pourquoi, pour se protéger de cette concurrence déloyale accrue, les agriculteurs et agricultrices en France réclamaient à minima des clauses de sauvegarde pour que les produits agroalimentaires importés en Europe soient tenus de respecter, de droit et de fait, les normes sanitaires et environnementales de l’Union européenne.
En réponse à cette demande, la Commission européenne vient de publier une « déclaration unilatérale » concernant une nouvelle « clause de sauvegarde renforcée » pour les produits agricoles. Mais elle est loin du compte… D’une part elle n’a rien de contraignant juridiquement, d’autre part de telles clauses de sauvegarde sont de fait très difficiles à activer. Et surtout, on a beau chercher, rien dans ce document ne porte précisément sur la problématique des normes sanitaires et environnementales des produits agricoles concernés dans l’accord Mercosur…*
Dans la même veine, cet accord de commerce déroule le tapis rouge aux pesticides boomerang, ces pesticides interdits en Europe mais toujours produits sur notre continent, qui sont ensuite vendus à l’étranger. Si l’on parle de « boomerang », c’est parce que les résidus de ces pesticides, non seulement polluent et portent atteinte à la santé des populations des régions où ils sont utilisés, un double-standard intolérable, mais de plus ils reviennent ensuite dans nos assiettes, via les importations de fruits et légumes par exemple.
Duplomb et Mercosur - Le cercle vicieux
La loi Duplomb a été la goutte qui a fait déborder le vase : une loi qui prétend « lever les contraintes liées à l’exercice du métier d’agriculteur » mais qui de fait ne résout rien aux problèmes de santé, d’adaptation au dérèglement climatique, de préservation des ressources et de revenus des paysans et paysannes. Pire encore, si le Conseil constitutionnel a censuré le 7 août la réautorisation par dérogation de certains néonicotinoïdes dont l’acétamipride, les autres terribles mesures de la loi ont été validées. Elles ouvrent la voie à une industrialisation toujours plus forte des élevages, à la simplification de la création de méga bassines qui accentuent les tensions sur la ressource en eau, ou encore à la remise en cause de l’indépendance de l’Office de la biodiversité.
Et surtout, nous savons qu’Arnaud Rousseau, président de la FNSEA et du géant de l’agro-industrie Avril, et ses alliés ne vont pas lâcher leur objectif de trouver d’autres moyens et recours pour s’assurer de pouvoir utiliser néonicotinoïdes et autres pesticides toxiques. L’appel lancé au gouvernement le 2 septembre à déposer une loi réautorisant l’acétamipride le plus rapidement possible l’illustre clairement.
Leur argument principal ? Ils n'acceptent pas de devoir se passer de ces substances chimiques alors qu'on les retrouve dans nos produits importés.
On comprend le besoin de faire respecter les mêmes règles. L’appel de la FNSEA à une mobilisation le 26 septembre pour s’opposer à l’accord UE-Mercosur à cause de ces distorsions de standards va dans ce sens. La Confédération paysanne y est aussi d’ailleurs totalement opposée.
En revanche, on voit aussi gros comme une maison le risque d’un double discours politique et d’une double peine : laisser passer l’accord UE-Mercosur d’un côté et s’en servir ensuite pour chercher à justifier une harmonisation des normes par le bas. Autrement dit, prétendre ensuite qu’il sera nécessaire de réautoriser en Europe les pesticides utilisés dans les pays du Mercosur et ailleurs. C’est aussi bien sûr un prétexte pour refuser de renforcer les normes de protection en Europe, comme interdire le glyphosate.
Cette harmonisation par le bas est le scénario du pire.
La mobilisation continue
Nous continuerons à nous mobiliser pour obtenir des normes protectrices pour notre santé et notre environnement et pour protéger nos paysans et paysannes.
Prochain rdv le 28 septembre avec la marche des résistances : Climat, Justice, Libertés ! à laquelle foodwatch prend part et vous invite à participer. Ensemble, réconcilions les enjeux sociaux, sanitaires, environnementaux, économiques et même démocratiques, pour une société plus juste et plus durable. Notre alimentation et notre agriculture sont à la croisée de tous ces enjeux.
Pour aller plus loin :
- Déclaration unilatérale de la Commission européenne adossée à l’accord UE-Mercosur : Quelles nouvelles garanties pour les agriculteurs ? - note de l’Institut Veblen
- Accord UE-Mercosur : où sont passées les lignes rouges de la France ? – décryptage du collectif STOP Mercosur -
- Colère du monde agricole et précarité alimentaire : les deux faces d’un système injuste à rééquilibrer d’urgence
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