Actualités 24.09.2025

Pesticides interdits : la France et l’UE continuent d’exporter l’inacceptable

Un nouveau rapport publié ce jour par Public Eye et Unearthed met en lumière l’un des plus grands scandales sanitaires et environnementaux de notre époque. En 2024, l’Union européenne a exporté près de 122 000 tonnes de pesticides interdits sur son propre territoire, soit une augmentation de 50 % par rapport à 2018. La France, malgré une interdiction votée dès 2022, a continué d’en exporter plus de 6 600 tonnes, principalement vers les pays du Sud. foodwatch et près de 100 000 citoyen·ne·s européen·ne·s réclament l’interdiction de ce commerce toxique.  

Ces substances sont interdites d’usage dans l’UE en raison de leur dangerosité avérée pour la santé et l’environnement. Pourtant, elles continuent d’être produites et vendues hors de nos frontières. Le dichloropropène, interdit depuis 2007, la picoxystrobine, bannie en 2017 pour ses effets génotoxiques, ou encore le fipronil, reconnu responsable de l’effondrement des populations de pollinisateurs, en sont quelques exemples. La France figure aujourd’hui au septième rang mondial des exportateurs de pesticides interdits, derrière l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, les Pays-Bas et la Bulgarie. L’enquête de Public Eye et Unearthed détaille précisément ce commerce totalement amoral et résume les flux commerciaux dans le graphique ci-dessous

Promesses trahies et incohérences politiques

En France, malgré la loi Egalim censée interdire ces exportations, plusieurs organisations ont dû saisir le Conseil d’État pour contraindre l’État à appliquer ses propres règles. Plus de 6 600 tonnes de pesticides interdit sont exportés depuis le territoire national sans être inquiété par l’état.  

Au niveau européen, les promesses s’accumulent sans jamais se traduire en actes. Dès 2020, la Commission européenne s’était engagée à présenter une proposition législative pour mettre fin à ces exportations, promesse réitérée en 2023 puis dans sa Vision pour l’agriculture et l’alimentation en 2025. Mais le statu quo domine. 

Pire encore, l’accord de libre-échange avec le Mercosur, sur le point d’être ratifié, risque d’aggraver la situation en réduisant les droits de douane sur ces substances toxiques et en facilitant l’importation de denrées agricoles produites avec des pesticides bannis dans l’UE. C’est le comble de l’absurde : l’Europe exporte ses poisons, puis importe les produits contaminés qui en sont issus. 

Rejoignez la Marche des Libertés le 28 septembre

Face à l’urgence écologique, sociale et démocratique, une marche nationale est organisée partout en France le 28 septembre, à l’initiative du collectif Climat Justice Libertés. 

Cette mobilisation s’inscrit dans la même logique que notre combat contre les pesticides interdits : dénoncer les offensives des industriels polluants et l’inaction des gouvernements, et défendre le droit fondamental de vivre et se nourrir dans un environnement sain. 

EN SAVOIR PLUS ET PARTICIPER

Des conséquences dramatiques dans les pays du Sud

Les répercussions sur le terrain sont catastrophiques. Dans de nombreux pays importateurs, les infrastructures de contrôle ou de traitement sont quasi inexistantes. Les populations sont directement exposées à ces substances via l’air, l’eau et l’alimentation. Les effets sur la santé sont connus : cancers, maladies chroniques, atteintes neurologiques, troubles de la fertilité. L’environnement paie aussi un lourd tribut : pollution des sols et des nappes phréatiques, disparition d’espèces indispensables comme les pollinisateurs, appauvrissement des écosystèmes. 

«  Je ne vois pas pourquoi on devrait tolérer que des produits trop dangereux pour nous, ne soient pas trop dangereux dans les populations dans les pays en développement […] c’est du racisme environnemental ». Pour France Info le 19 aout 2025
Olivier de Schutter Ancien rapporteur de l’ONU pour le droit à l’alimentation

Derrière cette formule, une question glaçante : les vies des populations des pays du Sud compteraient-elles moins que celles des Européen·ne·s ? Ce commerce repose sur une logique de colonialisme chimique : nous interdisons chez nous ce que nous jugeons trop dangereux, tout en fermant les yeux lorsqu’il s’agit d’empoisonner ailleurs. 

Ce cynisme rappelle d’autres scandales comme celui du chlordécone aux Antilles, dont les conséquences sanitaires et environnementales condamnent encore aujourd’hui des générations entières dans un silence et une indifférence coupable.  

foodwatch appelle à agir

Il est urgent de mettre un terme à cette hypocrisie. foodwatch demande à la France et à l’Union européenne d’interdire immédiatement la production et l’exportation de toutes les substances interdites sur le marché européen. Il est également essentiel d’appliquer des mesures miroirs, afin que les produits agricoles importés et cultivés avec ces pesticides soient eux aussi bannis du marché européen. La transparence doit être totale sur les volumes exportés, les molécules concernées et leurs destinations. Enfin, les victimes de ce commerce toxique doivent avoir accès à de véritables recours juridiques, et les entreprises comme les États doivent être tenus responsables. 

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