Actualités 12.03.2026

Laits infantiles contaminés, bébés malades et parents maltraités : la négligence des fabricants en question

Fabricants de laits infantiles qui rappellent leurs produits trop tard, services après-vente insatisfaisants ou incompétents : dans le scandale des laits infantiles potentiellement contaminés à la céréulide, les parents se retrouvent pris en étau. Face à tant de négligence, ces parents de bébés malades nous ont beaucoup sollicité ces dernières semaines. Parce que leurs témoignages nous ont bouleversé – et poussé à l’action avec notre plainte -, nous vous les partageons ici.

Laits infantiles rappelés : plus de 150 témoignages de parents reçus en France

Révoltés, perdus, inquiets, impuissants : voilà en quelques mots les ressentis des parents qui nous ont contacté ces dernières semaines. Depuis le dépôt de notre plainte à Paris le 29 janvier 2026 dans l’affaire des laits en poudre potentiellement contaminés à la céréulide – où nous défendons aussi des familles -, notre équipe n’a jamais été autant mobilisée. Nous avons reçu à ce jour plus de 150 témoignages en France, et des centaines d’autres dans les différents bureaux foodwatch en Europe.  

Les mamans et les papas étaient convaincu·es que quelque chose n’était pas normal. Aucun n’avait alors l’information sur la toxine céréulide potentiellement présente dans les boîtes de lait en poudre. Ils ont culpabilisé, ont d'abord cru comme les médecins à une gastro, peut-être à du reflux gastro-œsophagien (RGO). Ils ont insisté pour que leur bébé prenne le biberon mais les nourrissons hurlaient de douleur, n’en voulaient plus. Puis ça a été le choc : les parents se sont sentis trahis quand ils ont découvert les rappels des produits via les médias ou les réseaux sociaux. Des marques en lesquelles ils avaient confiance – Nidal, Gallia, Blédilait, Babybio, Picot, Popote, etc. - étaient passées à côté d’une dangereuse contamination : comment était-ce possible ?  

Laits infantiles contaminés : chronologie d’un scandale sanitaire mondial

Partout dans le monde, des milliers de lots sont concernés. Les listes de rappels s’étendent sur RappelConso, l’info nous parvient au compte-gouttes et l’angoisse monte parmi les parents : « J’ai peur, je ne dors plus toujours à surveiller le moindre signe », « Je me sens démunie en tant que maman, j’ai l’impression d’empoisonner ma fille en voulant la nourrir ». Le papa d’un bébé que nous défendons craque : il cumule troubles du sommeil, crises d’anxiété, forte culpabilité. Il entame un suivi psychologique. C’est éprouvant, car les médias continuent de nous abreuver de nouvelles angoissantes : en France, trois nourrissons ayant consommé du lait infantile rappelé sont décédés. Les parents au téléphone nous confient ces pensées horribles qui les obsèdent : « Et si ça avait été mon bébé ? On ne peut pas imaginer ce que ces parents traversent, c’est affreux ».  

Nestlé, Danone, Lactalis, etc. : le grand n’importe quoi de leur gestion de crise

Inquiets des symptômes alarmants chez leur enfant, les familles ont souvent eu le bon réflexe d’alerter les services clients des fabricants de lait en poudre. En face, les réponses des fabricants sont loin d’être à la hauteur. Alors que Pascaline appelle le service client de Danone depuis l’hôpital où son bébé très affaibli et déshydraté est en proie à de fortes diarrhées, fièvres et vomissements, la personne à l’autre bout du téléphone lâche un « désolé » et lui conseille de « ramener le lait pour qu’on lui rembourse la boîte ». « Sans même demander comment va le petit », précise la maman en colère.  

La communication des marques se concentre énormément sur la destruction des boîtes, des preuves en somme. Souvent, les parents se sont heurtés à des interlocuteurs dénués d’empathie. Quand ils ne sont pas simplement laissés sans réponse… Thibault, papa d’un bébé de 20 jours, au sujet de Babybio : « Zéro mail de leur part évidemment. Zéro mail ou téléphone du groupe des pharmacies Rocade ou Intermarché. On a dû littéralement se démerder seuls pour être au courant de l'information et trouver en galère une boîte de lait bonne pour consommation. »  Dès l’automne 2025, des parents ont contacté les services consommateurs de leur marque de lait infantile, face à des symptômes inexpliqués touchant leur bébé. Ils n’ont jamais été recontactés, même après que le scandale a éclaté en janvier 2026.  

Pour beaucoup de parents, tenter d’obtenir des informations relève du parcours du/de la combattant·e. Comme pour Eglantine :

« Notre bébé de 6 mois a été contaminé par le lait 2eme âge PICOT. 3 jours de diarrhée terribles et de vomissements. Le pédiatre pense à une gastro. Et là... Le mercredi matin, nous avons l’information que son lait est contaminé, nous retournons la boîte et là, il s’agit d’un lot cité. Depuis, nous sommes terriblement angoissés et impuissants. C’est un scandale, et nous n’avons aucune aide, aucun conseil. Nous avons bien sûr contacté le numéro vert sur la boîte @groupe_lactalis, qui ne nous donne aucune information. C’est SCANDALEUX ! Je ne sais pas comment certaines personnes vont se coucher le soir l’esprit tranquille alors que des milliers de jeunes parents sont en détresse ».
Eglantine, maman d’un bébé de 6 mois, témoigne sur Instagram

Certains fabricants donnent également des informations contradictoires, comme Nestlé à Camille. Cette maman témoigne avoir utilisé leur moteur de recherche pour vérifier si son lot était concerné, comme recommandé par Nestlé sur son site : bonne nouvelle, son lot n’y figure pas. En consultant le PDF téléchargeable des lots rappelés mis en ligne par la marque, c’est l’incompréhension : son lot figure maintenant sur la liste ! Et de conclure : « Des familles utilisent certainement cet outil et continuent à donner un potentiel poison à leur enfant. C’est SCANDALEUX. ».

Cette autre maman, paniquée, qui a donné du Babybio à son bébé, lâche : « C’est un peu la roulette russe car au début le lait n’était pas rappelé et puis il l’est finalement ». Chloé, qui a donné du lait Guigoz et puis Gallia à son bébé – tous deux rappelés -, s’exclame : « Ce n’est pas possible de laisser passer cela ». Plusieurs mois après avoir alerté Guigoz, elle a enfin reçu un email : « Franchement, c’est digne d’un ‘escape game’ tant la procédure pour le remboursement de chaque boîte est complexe et décourageante ».

Quand les parents appellent le 15, « ils ne sont pas au fait des conséquences de cette bactérie », nous partage cette maman qui a donné du Picot à son petit. Nicolas s’inquiète également des conséquences à long terme de la toxine. Mais quand il appelle Lactalis, il n’y a personne pour le rassurer à ce sujet : « On me répète de détruire la boîte. Ils m’ont pris pour un benêt. Je ne m’attendais pas à parler argent, je m’attendais à une autre communication, des réponses à mes questions ».  

Ne pas mettre en danger : une responsabilité des industriels

Guigoz, Nidal, Babybio... les parents avaient confiance dans ces marques souvent proposées à la maternité, vendues en pharmacie. Sous l’une de nos vidéos Instagram, une maman partage son désarroi : « On part du principe que toutes ces entreprises ont conscience que derrière chaque boîte il y a 9 mois d'attente et parfois plusieurs années avant de pouvoir tenir contre nous ce petit être si précieux ». Ce qui ressort aussi de nombreux témoignages comme celui-ci, c’est la responsabilité cruciale qui incombe à ces entreprises de s’assurer que les produits qu’ils mettent sur le marché ne présente pas de risque pour la santé des bébés. 

Aujourd’hui, les sites web de ces fabricants affirment que leurs produits sont sûrs. Mais la confiance est rompue. D’autant que les informations que nous découvrons au fur et à mesure de nos investigations éclairent de nouveaux manquements, que l'on détaille dans notre chronologie de ce scandaleNestlé (Nidal, Guigoz, NAN) savait a minima depuis novembre 2025 qu’elle avait un problème de contamination de ses produits à la toxine céréulide. Plutôt que de prévenir les autorités immédiatement, la multinationale a attendu une analyse des risques pour la santé avant d’alerter les autorités néerlandaises, selon Le Monde. Un seul lot de Guigoz est timidement rappelé le 11 décembre 2025 en France. Il faudra attendre janvier 2026 pour voir des rappels massifs lancés dans le monde entier, à rebours de tout ce que la réglementation exige. En février 2026, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) et l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) nous révèlent que : « La contamination remonte à octobre 2024 et s'est poursuivie tout au long de l'année 2025, la concentration la plus élevée ayant été observée dans les livraisons de juillet 2025 ».  

Rappels tardifs et au compte-gouttes : comment être sûr·e de ne pas avoir donné du lait contaminé ?

Les rappels de produits sont arrivés beaucoup trop tard, quand les familles avaient déjà traversé des nuits sans sommeil, pour certains bébés des semaines d’hospitalisation. La plupart du temps, les boîtes avaient déjà été jetées par les parents. Dans ce laps de temps énorme, combien de bébés sont tombés malades sans que l’on ne puisse relier leurs symptômes inquiétants à la consommation du lait infantile de marques pourtant réputées ? 

  • Sophie, une maman d’un bébé né un mois avant le terme en septembre 2005, nous confie cette « période très stressante » pour sa famille : les douleurs abdominales de son fils à la suite de chaque biberon de lait Gallia Calisma relais 1er âge, les pleurs. Quand elle nous écrit en février : « évidemment je n’ai plus les boîtes de fin octobre et novembre […] Je ne peux rien prouver faute de boîte vide mais j’en ai l’intime conviction ».

  • Lisa, une autre maman dont le bébé a consommé du Babybio Optima 1er âge de septembre 2025 à début janvier 2026 confirme : « Comme la plupart des consommateurs je ne conserve pas les boîtes vides et au moment du rappel il venait de passer au 2eme âge ».

  • Même expérience, différent lait pour le bébé de Sonia : « Mon fils âgé de 8 mois a consommé depuis ses 1 mois et jusqu'à il y a 3 semaines du lait GUIGOZ AR mix. Les 2 dernières boîtes ne faisaient pas partie des lots incriminés mais auparavant il se peut que oui mais je n'ai plus les boîtes […]. J'ai dû changer de lait pour Modilac AR suite au rappel et comme par hasard mon fils ne vomit plus, n'est plus sujet à des gastros donc je suppose que le lait l'affectait dans le mauvais sens. » 

Dans cette tempête, de nombreux parents se sont donc tournés vers foodwatch pour trouver des réponses qu’on ne leur donne pas ailleurs. Si notre équipe tient le choc, c’est parce qu’il s’agit de défendre les consommateurs les plus vulnérables qui soient : des bébés.  

Plusieurs parents ont rejoint et continuent de rejoindre la plainte de foodwatch. Fort·es de leur confiance, nous sommes déterminé·es à aller jusqu’au bout pour faire toute la lumière sur ce scandale. Avec nos avocat·es, nous les accompagnons, car c’est notre mission !  

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