Laits infantiles Nestlé, Danone, Lactalis, etc. contaminés : chronologie d’un scandale sanitaire mondial
L'affaire prend une dimension planétaire : médias et parents sont inquiets et c’est légitime. Depuis décembre 2025, foodwatch surveille les rappels de laits infantiles en poudre qui s’enchaînent à travers l’Europe puis dans le monde. En cause : une toxine bactérienne, la céréulide, retrouvée dans certains laits pour bébés commercialisés par Nestlé (Guigoz, Nidal), Danone (Blédilait, Gallia), Lactalis (Picot), Vitagermine (Babybio), Popote, La marque en moins. La chronologie fait froid dans le dos.
Ce scandale des laits pour bébé contaminés soulève de sérieuses questions sur la légèreté avec laquelle les industriels assurent la sécurité sanitaire des nourrissons, la façon dont ils surveillent leurs fournisseurs et leurs ingrédients, plus largement les retards dans les rappels – car la traçabilité doit être instantanée – alors que les produits contaminés sont commercialisés depuis de longs mois.
Cette chronologie a été mise à jour pour la dernière fois le 25 mars 2026. Pour être tenu·e au courant des prochains développements : abonnez-vous à notre newsletter, consultez nos actualités ou rendez-vous dans notre espace presse.
Laits pour bébés : des premiers rappels chez Nestlé en décembre 2025
Fin novembre 2025 - Nestlé a détecté la toxine céréulide dans ses produits dès novembre 2025, selon des informations du journal « Le Monde ». La multinationale aurait « attendu une analyse de risque de santé » avant de prévenir les autorités des semaines plus tard.
1er décembre 2025 – Les autorités italiennes disposent de résultats de laboratoire qui montrent la présence de céréulide dans les laits infantiles. Elles partageront ces informations avec les autres Etats membres de l’Union européenne le 12 décembre 2025 via le réseau d’alerte européen RASFF.
9 décembre 2025 – Nestlé informe les autorités néerlandaises de la contamination par la toxine céréulide à la suite de contrôles internes effectués dans une usine Nestlé aux Pays-Bas à Nunspeet. Cependant, les autorités néerlandaises et Nestlé n'ont pas procédé à un rappel public, ni à l’avertissement des autres pays via le réseau d’alerte européen. Les raisons pour lesquelles cela n'a pas été fait restent totalement obscures.
10 décembre – “D’après une source haut placée, l’origine de la contamination, l’huile enrichie en ARA, était connue par Nestlé à la date du 10 décembre”, écrit Le Monde.
11 décembre 2025 : un seul lot de lait Guigoz rappelé en France
Un premier lot de lait infantile Guigoz est rappelé en France via la plateforme gouvernementale RappelConso : des produits commercialisés depuis au moins mai 2025. foodwatch alerte les autorités européennes et démarre l’enquête. C’est ce rappel qui lance l’enquête par foodwatch.
12 décembre 2025 – Des rappels ont lieu à travers l’Europe notamment en Espagne, en Italie, en Suède, au Danemark, en Finlande, en Hongrie, en République tchèque, en Pologne notamment. Il s’agit des produits fabriqués par l’usine de Nestlé aux Pays-Bas sous différentes marques (dont la marque Guigoz en France).
12 décembre 2025 – Les autorités italiennes saisissent une alerte sur les laits en poudre de Nestlé dans le système d’alerte de l’union européenne RASSF, qui permet aux Etats membres de l’UE de communiquer entre eux. Pourtant aucune usine Nestlé de lait en poudre n’est a priori présente sur son territoire. Les produits fabriqués dans un pays sont vendus dans d’autres. L’affaire prend déjà une tournure qui traverse les frontières.
15 décembre 2025 - foodwatch dénonce un risque sanitaire inacceptable : les consommateur·rices ne disposent pas de tous les éléments, alors que les produits concernent des bébés.
23 décembre 2025 - Selon un article paru dans De Standaard le 12 janvier 2026 (quotidien belge), Nestlé indique le 23 décembre comme étant la date à laquelle ils ont eu plus d’infos concernant la traçabilité. Ce même article indique : « c'est l'inspection alimentaire autrichienne qui a détecté la présence de céréulide dans le lait provenant d'autres usines ».
24 décembre 2025 - Les autorités françaises répondent aux questions de foodwatch et confirment la présence de la céréulide. Dans ces réponses elles précisent que Nestlé « avait été averti de l'alerte via son fournisseur et avait lancé les opérations de retrait et de rappel ». Nestlé avait donc bien été prévenu par son fournisseur dès décembre.
Noël 2025 - Pendant que l’affaire reste relativement discrète en France, des produits font l’objet de “retraits silencieux” en Autriche autour de Noël, sans information claire aux consommateur·rices.
Un communiqué des autorités autrichiennes indique que ces retraits concernent plusieurs entreprises en Europe, et qu’il s’agirait d’un problème lié à un fournisseur de Nestlé.
Janvier 2026 : explosion des rappels de laits Nestlé dans le monde et gestion de crise du scandale
5 janvier 2026 - Les rappels de laits infantiles par Nestlé deviennent massifs, touchent un grand nombre de références (plus de 800), et concernent plus de 60 pays. En France, alors qu’un seul lot avait été rappelé en décembre, la liste s’allonge soudainement et concerne de nombreuses boîtes de Nidal, Guigoz lait infantile liquide et Guigoz.
8 janvier 2026 - foodwatch révèle l’ampleur du problème : l’ingrédient incriminé, l’acide arachidonique (source d’oméga 6), a été utilisé dans une dizaine d’usines Nestlé situées aux Pays-Bas mais aussi en France, en Espagne, en Suisse et en Allemagne. Les produits concernés ont été expédiés aux quatre coins du globe.
13 janvier 2026 - Les médias et les parents s’affolent sur tous les continents. Nestlé tente de reprendre la main et de rassurer ses actionnaires car ses actions font le yoyo. Le PDG de Nestlé présente des excuses publiques, alors que la crise prend une dimension internationale et touche de très gros marchés de la multinationale tels que le Brésil ou la Chine. Philipp Navratil, le PDG de Nestlé monde, affirme qu'il n'y a pas de bébés malades.
Mi-janvier 2026 - Des signalements de bébés malades apparaissent. Plusieurs articles de presse évoquent des bébés malades et des familles qui alertent les autorités en France, au Brésil, au Royaume-Uni notamment.
20 janvier 2026 - Les produits de lait infantile Bimbosan à base de lait de chèvre du fabricant Hochdorf font l'objet d'un rappel en raison d'une possible contamination d'un des ingrédients (huile ARA) par la céréulide.
21 janvier 2026
- Lactalis à son tour rattrapé par le scandale lance les rappels massifs de lait de la marque Picot dans 18 pays. L’entreprise rappelle des boîtes de lait commercialisées depuis janvier 2025, soit un an ! Ce nouvel épisode confirme le scénario le plus inquiétant : il ne s’agit pas seulement d’un problème interne à Nestlé, mais d’une contamination d’un ingrédient utilisé par plusieurs industriels et non des moindres.
- foodwatch annonce porter plainte dans ce dossier afin de faire toute la lumière sur ce scandale. Les entreprises concernées doivent répondre de leurs actes. Elles sont responsables de la sécurité sanitaire des produits qu’elles mettent sur le marché, c’est la loi (réglement européen 178/2002). Elles ont une obligation de traçabilité et de transparence à l’égard des autorités et des consommateurs.trices. foodwatch révèle de source sûre que le fournisseur des nombreuses usines Nestlé est un industriel chinois. foodwatch envoie des questions précises à Nestlé. La presse confirme que ce même fournisseur a aussi livré Lactalis. Les parents peuvent contacter foodwatch : info@foodwatch.fr
22 janvier 2026 -Deux enquêtes sur les décès de deux nourrissons, à Angers et à Bordeaux, sont ouvertes car ces bébés ont consommé des laits Guigoz rappelés. A ce stade, aucun lien direct n’est établi entre le décès et la consommation de lait, mais le scandale sanitaire continue de prendre de l’ampleur.
23 janvier 2026
- Le gouvernement français communique – enfin - à l’attention des médecins sur la « Conduite à tenir à la suite du retrait-rappel de plusieurs lots de laits infantiles ». C’est tard et surtout frileux. En réalité, des parents se voient refuser des tests, les laboratoires sont peu ou pas équipés. Les autorités annoncent alors dans les médias que « tous les lots de laits infantiles ayant fait l’objet d’un rappel pour une possible contamination par la bactérie Bacillus cereus ont ‘été retirés’ »
- Mais le soir même : Danone rappelle deux lots de lait Gallia et Bledina tard dans la soirée commercialisés depuis juin 2025 « En raison de nouvelles recommandations d'une autorité européenne concernant la présence potentielle de céréulide »
25 janvier 2026 – babybio (groupe Vitagermine) rappelle deux lots de lait Optima 1 (800g et 400g) commercialisés depuis septembre 2025.
27 janvier 2026 - La marque en moins rappelle des lots de lait pour les bébés de 0 à 6 mois, pour les 6 - 12 mois et les 10 - 36 mois.
29 janvier 2026
- Nestlé reconnaît avoir décelé un problème « Fin novembre 2025, à la suite de contrôles de routine effectués après l'installation de nouveaux équipements sur une chaîne de production dans notre usine aux Pays-Bas, nous avons détecté de très faibles niveaux de céréulide dans des échantillons de produits ».
- foodwatch dépose plainte contre X avec 8 familles de bébés malades, ayant consommé des lots rappelés de lait Guigoz, Babybio et Picot. .
30 janvier 2026
- Bonne nouvelle : le Pôle santé publique du parquet de Paris ouvert une enquête dès le lendemain du dépôt de la plainte de foodwatch avec huit familles concernant les laits infantiles contaminés par la toxine céréulide. Cinq enquêtes concernant Nestlé, Danone, Lactalis, Babybio, La marque en moins sont confiées à l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (OCLAESP) et à la Brigade nationale d'enquêtes vétérinaires et phytosanitaires (BNEVP). Les infractions listées dans la plainte de foodwatch sont prises au sérieux : mise en danger de la vie d'autrui, tromperie, inexécution de procédure de retrait ou rappel. Davantage de familles continuent de rejoindre la plainte de foodwatch.
- Nouvelles recommandations sanitaires en France par anticipation des nouvelles recommandations européennes à venir : « Un seuil de 0,014 µg [microgrammes] de céréulide par kilogramme de masse corporelle, soit un niveau de sécurité renforcé par rapport au seuil jusqu’ici appliqué (0,03 µg par kilogramme de masse corporelle) ».
2 février 2026
- Des nouveaux lots de Babybio (Optima 1 et Caprea 1) sont rappelés ainsi que des lots de la marque Popote Lait 1er âge.
- Publication des nouvelles normes par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) sur la contamination des laits en poudre pour bébé par de la céréulide (toxine issue du Bacilleus Cereus) : 0,014 µg [microgrammes] de céréulide par kilogramme de masse corporelle. De nouveaux rappels tombent dans la foulée, avec de nouveaux lots de laits NAN (Nestlé) rappelés en Belgique, par exemple.
- Les scientifiques de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) établissent une dose aiguë de référence (DAR) pour la céréulide chez les nourrissons. Une nouvelle vague de rappels s’ensuit par des fabricants qui réalisent qu’ils ne sont plus dans les clous en ce qui concerne les concentrations de céréulide dans les préparations pour nourrissons susceptibles de poser un problème de sécurité : Babybio, Gallia et Blédina (Danone), Popote, Guigoz (Nestlé). De nombreux lots s’ajoutent sur RappelConso à ceux déjà rappelés début janvier 2026. L’angoisse monte chez les parents.
11 février 2026 – Un troisième signalement de décès de nourrisson porté à la connaissance des autorités françaises pour lequel la consommation de lait infantile concerné par les retraits-rappels a été rapportée. Une cinquantaine de signalements ont été remontés par les agences régionales de santé (ARS) dont quatorze hospitalisations avec une suspicion de consommation de lots rappelés. « À ce jour, aucun caractère d’imputabilité n’a été établi scientifiquement », communiquent les autorités. Les parquets d'Angers, Blois et Bordeaux poursuivent leurs enquêtes concernant les 3 bébés décédés en France.
16 février 2026 – La France confie des analyses au laboratoire belge officiel SCIENSANO qui recherche la toxine sur les produits reconstitués (comprenez : poudre + eau) : « Comme d’autres pays européens, la France s’appuie sur l’expertise de l’institut national de santé publique belge », écrit le ministère de la santé. Le laboratoire belge a découvert que la concentration en céréulide - la toxine qui rend les bébés malades - est jusqu'à 75 fois plus élevée dans le lait infantile en poudre dissous.
19 février 2026 – C’est encore pire qu’on ne l’imaginait : « La contamination remonte à octobre 2024 et s'est poursuivie tout au long de l'année 2025, la concentration la plus élevée ayant été observée dans les livraisons de juillet 2025 » : l’information est donnée par deux agences officielles européennes, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) et l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Dans ce laps de temps énorme, combien de bébés sont tombés malades sans que l’on ne puisse relier leurs symptômes inquiétants à la consommation du lait infantile de marques pourtant bien réputées ?
24 février 2026 – En Belgique, huit cas de nourrissons malades suite à la consommation de lait ont vu le lien avec la toxine confirmé avec une analyse de selles.
25 février 2026 – foodwatch rencontre la DG SANTE, les services de la Commission européenne en charge du dossier. Nous partagons les informations tirées de nos enquêtes dans les cinq pays où foodwatch est présente et appelons les autorités à l’action concernant les fabricants qui ont tardé à rappeler les produits, la mauvaise gestion par les autorités nationales et le fournisseur chinois de l’ingrédient incriminé. La Commission européenne annonce des contrôles renforcés aux frontières sur le continent concernant les importations chinoises.
26 février 2026 – Un lien a été confirmé entre la consommation de lait infantile contaminé et la présence de la toxine céréulide dans les selles d'un enfant hospitalisé à Montpellier.
foodwatch continue de suivre ce dossier de près. Nous ne connaissons que trop bien ces manquements à la réglementation, y compris par des multinationales. Pour rappel, foodwatch a porté plainte contre Lactalis en 2018, contre Nestlé dans l’affaire Buitoni en 2023, contre Nestlé encore en 2024 dans l’affaire des eaux filtrées illégalement. Lactalis et Buitoni/Nestlé ont été mises en examen.
6 mars 2026 - Bébé décédé à Angers : le lait Guigoz contenait une dose trop élevée de toxine céréulide
20 mars 2026 - foodwatch Autriche dépose une plainte pénale auprès du parquet de Vienne. La plainte vise Nestlé et Danone. Sept familles se sont jointes à cette plainte. Comme en France, des centaines de parents ont contacté foodwatch.
24 mars 2026 – foodwatch est auditionnée à l’Assemblée nationale dans le cadre de la mission flash, aux côtés de trois autres associatio
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