Actualités 21.01.2026

Shrinkflation, cheapflation, stretchflation au rayon alimentation : foodwatch dénonce les stratégies opaques des marques

Les industriels auraient-ils trouvé la recette pour masquer la hausse des prix ? En apparence, rien ne semble changer mais derrière l’emballage, les portions rétrécissent, la qualité baisse, et le prix grimpe insidieusement. Si l’inflation alimentaire recule, le budget des ménages n’augmente pas et les marques semblent prêtes à tout pour vendre. foodwatch dénonce depuis plusieurs années ces arnaques au prix bien trop utilisées dans les rayons alimentation : la shrinkflation, la cheapflation et la stretchflation, autant de façons de faire payer plus, au détriment de la transparence et du pouvoir d’achat.

Shrinkflation : réduire la quantité, sans réduire le prix

Révélée par une enquête de foodwatch en septembre 2022, la « shrinkflation », - contraction de l’anglais shrink (rétrécir) et inflation – ou réduflation en français désigne la réduction de la quantité d’un produit (en poids ou en volume), et l’augmentation de son prix au kilo ou au litre. L’emballage reste souvent inchangé, rendant la modification difficilement identifiable en rayon.  

Tout comprendre à la shrinkflation

Par exemple, entre 2022 et 2023, Carrefour a réduit la taille de son pot de confiture d’orange de Corse de 325 g à 315 g. Résultat, le prix au kilo a augmenté de 32,9 %, sans que l’emballage ne change de manière visible. Dans les boîtes de chocolats Pyrénéens au lait, Lindt a supprimé entre 2020 et 2022, 6 bouchées (de 30 à 24) ce qui a réduit le poids du produit de 20%. Sur la même période, le prix au kilo a lui bondi de 30% quand le prix de la boîte n’a quasiment pas bougé. Des modifications impossibles à identifier pour les consommatrices et consommateurs qui devraient pour cela retenir tous les poids et tous les prix au kilo de tous les produits des supermarchés...  

Victoire !

Grâce à la mobilisation citoyenne et à la pression de foodwatch, la France a mis en place, depuis juillet 2024, une obligation d’affichage en rayon pour informer les consommatrices et consommateurs lorsque la quantité d’un produit diminue sans baisse de prix. Cette mesure, première en Europe, constitue une avancée concrète pour plus de transparence et permet aux consommatrices et consommateurs de repérer plus facilement les cas de shrinkflation. Pour vous dans les rayons, foodwatch veille au grain. 

Cheapflation : baisse de la qualité du produit, augmentation du prix

C’est aussi foodwatch qui a lancé l’alerte en février 2024 : la cheapflation, contraction de cheap (bas de gamme) et inflation, désigne une baisse de qualité d’un produit, alors même que son prix reste stable ou augmente. Cette dégradation peut être nutritionnelle, gustative ou liée à la composition du produit. Une arnaque sur l’étiquette particulièrement difficile à identifier si l’on n'observe pas précisément la liste des ingrédients chaque fois que l’on achète un produit.  

Décryptage : c’est quoi la cheapflation ?

Dans les processus de fabrication, certaines stratégies permettraient aux industriels de réduire leurs coûts, et dans le cas de la cheapflation, sans que cela soit forcément perceptible pour les consommatrices et consommateurs. Certains industriels diminuent la part des ingrédients les plus coûteux ou de qualité, comme la viande, le poisson ou les légumes, tout en conservant le même aspect du produit. Ils les remplaceraient par des alternatives moins chères, telles que de l’eau, des huiles végétales, des amidons ou divers additifs, qui donnent l’illusion du goût ou de la texture d’origine. Certaines marques ont visiblement choisi de simplifier leurs recettes ou leurs processus de fabrication, en supprimant des mentions sur l’origine ou en recourant à des procédés plus industriels. Résultat, le produit paraît identique, mais sa qualité a baissé, sans que cela soit visible au premier coup d’œil.  

Quelques exemples, repérés lors de l’enquête de foodwatch* : 

  • Le Colin d’Alaska à la bordelaise Findus a vu sa recette évoluer en avril 2023 : la quantité de chair de poisson est passée de 75 % à 71 %, le poids de 400 g à 380 g et le prix au kilo a augmenté de 47 % (inflation comprise). 
  • Le Skyr Siggi’s vanille, commercialisé par Lactalis-Nestlé Produits Frais, a vu sa recette évoluer en février 2023 : la proportion de sirop d’agave est passée de 5,9% à 6,3%, rendant le produit plus sucré qu’auparavant. En parallèle, le prix au kilo du produit a augmenté de 13%.  

*La recette de ces produits a pu depuis évoluer. 

Pris la main dans le sac, les industriels se sont notamment défendus en s’appuyant sur des panels de consommateurs et en expliquant que les changements effectués se baseraient dessus : une justification bien pratique pour expliquer la baisse de la qualité des produits, selon foodwatch.  

En savoir + sur la cheapflation

Stretchflation : augmenter la quantité… et encore plus le prix

Moins connue, la stretchflation désigne une augmentation simultanée de la quantité d’un produit et de son prix. Le problème est que l’augmentation de prix dépasse souvent largement celle du poids, donnant une impression aux consommatrices et consommateurs d’être gagnant·es. Autrement dit, on vend un peu plus de produit… mais à un prix comparativement au litre ou au kilo plus élevé que cette hausse. foodwatch surveille très attentivement cette pratique.

Pourquoi foodwatch dénonce-t-elle ces pratiques ? Vers plus de transparence et de régulation

Tant que les étiquettes indiquent correctement les ingrédients, l’origine, le poids et les valeurs nutritionnelles, ces pratiques sont légales : les industriels jouent avec des zones grises de la réglementation en matière d’alimentation. Mais pour les associations de défense des consommateurs comme foodwatch, ces pratiques sont abusives, induisent en erreur et se répercutent sur leur portefeuille. Personne ne peut retenir la liste des ingrédients, les prix au kilo et les formats des produits achetés d’une semaine sur l’autre.  Les industriels le savent bien et en jouent le plus possible pour masquer les augmentations de prix.  

Ces stratégies ne relèvent pas de simples ajustements marketing ou commerciaux. Elles participent à l’effritement du pouvoir d’achat alors que le budget alimentaire reste la première variable d’ajustement des ménages. Ces stratégies sont invisibles, puisque la plupart du temps, les changements passent inaperçus : les emballages ne changent presque pas, les étiquettes restent floues, et les consommatrices et consommateurs n’ont aucun moyen de savoir qu’ils se font avoir. Enfin, elles sont surtout symptomatiques d’un système alimentaire qui marche sur la tête.  

En savoir + sur les dérives de notre système alimentaire

Derrière ces stratégies pourrait bien trop souvent se cacher une logique économique simple : préserver ou accroître les marges des industriels et se faire du beurre sur le dos des consommatrices et consommateurs. En réduisant légèrement la quantité, la qualité ou en augmentant le prix de produits que les gens ont l’habitude d’acheter, les industriels jouent à « pas vu, pas pris ». En d’autres termes, les consommatrices et consommateurs paient l’addition, tandis que les bénéfices des industriels restent hors des radars. Grâce à la mobilisation citoyenne et à la pression d’organisations comme foodwatch, de premières avancées ont vu le jour.  Mais ces progrès restent largement insuffisants. foodwatch appelle donc à un encadrement plus strict de ces pratiques, à des sanctions, et à un encadrement des profits excessifs de l’agro-industrie.  

Agir

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