Enquête santé : 10 produits protéinés mais ultra-transformés
“High protein”, “protein+”, “25 grammes de protéines” : les aliments protéinés ont envahi tous les rayons alimentation des supermarchés. foodwatch s’est penché sur cet argument marketing et a découvert que ces produits étaient trop souvent ultra-transformés. Zoom sur 10 produits protéinés dont la consommation élevée est associée à des risques pour la santé.
Face à la multiplication des références « protéinées » de nos aliments du quotidien, foodwatch a mené l’enquête sur la réalité de ce buzz. Notre constat : trop souvent, les produits au marketing protéiné contiennent, certes, des protéines mais aussi des marqueurs d’ultra-transformation comme des amidons modifiés, de la gomme gellane ou du sirop de glucose. Les listes à rallonge des produits ultra-transformés présentent aussi parfois des additifs controversés pour la santé tels que des carraghénanes ou des édulcorants intenses comme l’acésulfame-K. Or, on sait désormais qu’une consommation importante d’aliments ultra-transformés impacte négativement notre santé.
Zoom sur 10 exemples de produits qui, derrière leur marketing, sont en fait ultra-transformés :
1. Nature Valley (General Mills) - barres Protein chocolat & cranberries
La liste kilométrique des ingrédients de ces barres de céréales renseigne sur son degré d’ultra-transformation : protéine isolée de soja, oligofructose, sirop de glucose, fructose, maltodextrine, émulsifiant (lécithines de soja) ou encore humectant (glycérol). Ces barres sont très sucrées (20.5g/100g) : trois barres suffiraient à dépasser les recommandations de l’OMS en apport quotidien de sucres libres. A cela s’ajoute de l’huile de palme, connue pour sa teneur élevée en acides gras saturés, qui contribuent à augmenter le cholestérol et les risques cardio-vasculaires.
2. Carrefour Sensation - Salade penne complètes, poulet rôti, emmental, amandes High Protein
Cette salade contient notamment du dextrose et de l’amidon modifié de pomme de terre, ce qui en fait un produit ultra-transformé. Également dans la liste des ingrédients : du disulfite de potassium, un additif associé à un risque accru de cancer et diabète de type 2.
3. Hipro (Danone) - boisson Hipro saveur Myrtille
La boisson Hipro saveur myrtille (Danone) contient de nombreux marqueurs d’ultra-transformation comme des protéines de lait, des épaississants (amidon modifié de maïs, pectine de fruits) ainsi que des édulcorants intenses (acésulfame-K, sucralose). Autant d’additifs que l’on ne souhaite pas trouver dans un produit qui affiche fièrement une photo de Carloz Alcaraz, un grand joueur de tennis et « 25g de protéines ».
4. Nestlé - céréales Lion Protein
15 grammes de protéines pour 100 grammes, 8,15 euros le kilo chez Super U. En ajoutant du gluten de blé - un marqueur d’ultra-transformation - à sa version classique, Nestlé augmente les apports en protéines de ses céréales Lion. Même protéinées, ces céréales Lion restent un aliment ultra-transformé et trop sucré (23g/100 grammes).
5. Andros Sport – gourde Whey & fruits
Les gourdes Andros Sport Whey & fruits, c’est notamment : des protéines de lait et des pectines de fruits, donc un aliment ultra-transformé. Ces gourdes contiennent en plus un édulcorant intense controversé pour la santé : des glycosides de stéviol issus de Stevia.
6. Lactel (Lactalis) - lait protéines Chocolat
Ces boissons lactées protéinées saveur chocolat de la marque Lactel contiennent certes 6g de protéines pour 100 ml, mais surtout 9,1g de sucres, soit autant que dans un Orangina. Elles sont également composées de gomme gellane, employée comme gélifiant, ce qui en fait une boisson ultra-transformée.
7. Wasa (Barilla) - Wasa protein+
Wasa fait grimper le grammage de protéines de ses tartines en y ajoutant du gluten. Or, ajouter du gluten isolé signifie également passer d’un produit simple à un aliment ultra-transformé. Le prix passe du simple au double entre la version « léger » à 7 euros le kilo et 13,95 euros le kilo pour cette version protéinée.
8. Starbucks - Chocolate Mocha Protein drink
Cette boisson Starbucks vendue en supermarché contient des protéines de lait, de la gomme gellane et des carraghénanes, qui sont des marqueurs d’ultra-transformation. Les carraghénanes (émulsifiant) ainsi que de l’acésulfame-K, un édulcorant, sont visés par de nombreuses études pour leurs effets controversés sur la santé.
9. Alpro (Danone) - boisson Protéines Soja
Cette boisson végétale au soja semble assez simple de prime abord. Elle comporte la mention “riche en protéines” en grand mais contient un additif controversé pour la santé : des phosphates de potassium, et un marqueur d’ultra-transformation : la gomme gellane.
10. Marque repère (E. Leclerc) - yaourt protéiné myrtille délisse SPORT :
Marque Repère de E. Leclerc joue à fond la carte des protéines pour sportifs. Les pots de yaourt contiennent un épaississant marqueur d’ultra-transformation (pectines de fruits) ainsi que deux édulcorants intenses (acésulfame-K et sucralose) controversés pour la santé.
Derrière leurs promesses nutritionnelles, les 10 produits ‘protéinés’ que nous épinglons sont en réalité tous ultra-transformés. Certains sont bourrés d’additifs controversés pour la santé, d’autres sont carrément des bombes de sucres. On le voit en supermarché : de nombreuses marques ont flairé le bon filon pour gonfler les prix, parfois de manière indécente. C’est la double peine pour notre santé et notre porte-monnaieChargée de campagnes foodwatch France
Face aux allégations nutritionnelles qui détournent l’attention de la réelle composition de ce que nous mangeons, foodwatch demande un étiquetage obligatoire de l’ultra-transformation des produits en face avant des emballages, conjoint au Nutri-Score. Plus de 179 000 personnes ont déjà signé la pétition portée par foodwatch, Yuka et France Assos Santé pour demander des mesures concrètes afin de réguler les aliments ultra-transformés :
Marketing des produits protéinés : l’écran de fumée de l’ultra-transformation et des additifs controversés
En achetant un produit protéiné, on pourrait s’attendre à un produit qui va faire du bien à notre santé, voire booster nos capacités physiques. Du moins c’est ce que le marketing de ces produits laisse croire. Il n’est pas rare d’apercevoir des silhouettes ou des codes couleurs qui rappellent la force ou l’endurance sur les emballages. Certains partenariats avec des sportifs permettent également de renforcer cette idée.
Pourtant, quand on se penche sur les listes d’ingrédients, on s’aperçoit que plusieurs de ces produits sont en fait loin des promesses affichées en face avant des emballages. Le marketing de l’hyper-protéiné sert souvent d’écran de fumée au caractère ultra-transformé de ces produits. Les industriels joueraient sur le raccourci : protéine = bon pour la santé. C’est ce qu’on appelle l’effet de halo : le jugement global que l’on porte sur le produit est amélioré, voire réduit à cette qualité, détournant l’attention de ce qu'il est réellement.
L’effet de halo est un biais qui nous amène à réduire une chose à une seule qualité ou défaut. Dans le cas des produits protéinés par exemple, le fait de voir « protéines » affiché en gros sur l’emballage, peut nous amener à nous dire : « ce produit est protéiné, alors il est bon ». Ce biais, les marques l’ont bien compris et jouent souvent dessus, peut-être pour faire oublier qu’un aliment est ultra-transformé, composé d’additifs controversés ou trop sucré ? C’est ce que foodwatch souhaite pointer du doigt : ce n’est pas parce qu’il y a 25 grammes de protéines dans ma boisson, qu’elle ne peut pas contenir des additifs associés au risque de développer un diabète de type 2. Les allégations nutritionnelles ne doivent pas détourner l’attention de la réalité d’un aliment !
Quand hyper-protéiné rime avec ultra-transformé
Parmi les produits analysés, trop souvent, foodwatch a trouvé des marqueurs d’ultra-transformation comme des amidons modifiés de maïs, des gommes gellane, des carraghénanes… En ajoutant des concentrats de protéines, protéines hydrolysées, protéines texturées, isolées de manière industrielle, l’aliment devient aussi ultra-transformé au sens de la classification NOVA. Or une consommation élevée d’aliments ultra-transformés est associée à un risque accru de développer plusieurs maladies chroniques telles que des maladies cardiovasculaires, un diabète de type 2, ainsi que certains troubles dépressifs.
Aliments ultra-transformés : quel est le problème ?
Que sont au juste les aliments ultra-transformés ? Comment les repérer dans les supermarchés ? Quels impacts ont-ils sur notre santé, nos habitudes alimentaires et notre environnement ? Quelles stratégies les géants de l'alimentation utilisent-ils pour faire acheter et consommer ces produits ?
Des additifs controversés dans des produits protéinés ?
Derrière le caractère ultra-transformé d’une partie des produits hyper-protéinés on découvre également des listes d’ingrédients à rallonge avec un ensemble d’additifs, parfois controversés pour la santé. Là encore, la présence d’additifs controversés ne correspond pas à la promesse du marketing des produits ultra-protéinés. Il n’est pas rare de trouver dans les produits protéinés des carraghénanes, qui seraient associés à un risque accru de cancers et diabète de type 2, ou des édulcorants intenses comme l’acésulfame-K, aussi associés à un risque accru de diabète de type 2.
C’est quoi le problème avec les additifs alimentaires ?
Qu'est ce qu'un additif alimentaire ? Comment sont ils autorisés, pour quelles raisons et avec quelles conditions ? Les additifs alimentaires sont il dangereux ? Comment le risque est -il évalué ? Que faire en cas de doute sur un additif alimentaire? foodwatch fait le point.
Quand protéiné rime avec onéreux
Derrière cet appât de la protéine se cache certainement une segmentation du marché qui permet aux marques de faire gonfler le prix avec le grammage de protéines. Entre une référence classique et sa version protéinée, on voit parfois le prix tripler.
Parmi les exemples que nous avons épinglés :
- Entre les Wasa (Barilla) "Léger” et sa version “protein+”, le prix au kilo chez Carrefour passe de 7,09 euros à 13,95 euros, soit près du double (pour 9 contre 20 grammes de protéines par 100 grammes)
- Pour une salade de pâtes au poulet : la version “high protein” de Carrefour Sensation est 4 euros plus cher (au kilo) que la version “Salade paysanne poulet rôti” de Carrefour bon appétit, pour 3,5 grammes de protéines de différence par 100 grammes.
Produits enrichis en protéines : pourquoi et pour qui ?
Les protéines sont, aux côtés des glucides et des lipides, des macronutriments essentiels. Elles participent à de nombreux processus physiologiques et jouent un rôle dans le renouvellement des tissus musculaires, de la peau et de la matrice osseuse notamment. Il existe deux types de protéines : les protéines animales et les protéines végétales.
D’après l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), les apports en protéines sont actuellement suffisants au sein de la population générale en France, voire supérieurs : la moyenne est de 1,4g/kg corporel journalier alors que l’Anses recommande un apport quotidien de protéines de 0,83 à 1 gramme par kilogramme de poids corporel (soit 10 à 20% de l’apport énergétique total).
Lorsqu’il s’agit de protéines, on distingue deux cas de figure :
- Les produits qui contiennent naturellement des protéines ;
- Les produits auxquels des protéines sont ajoutées : les industriels ont recours à différentes méthodes
Certaines versions protéinées ont été enrichies en protéines avec l’ajout d’isolats de protéines : protéines de lait isolées (lactosérum), protéines d'œuf isolées (blanc d’œuf en poudre) ou encore protéines végétales isolées (de légumineuses, pois, soja...) ; concentrat de protéines, protéines hydrolysées, protéines texturées... Cela par des procédés industriels tel que le fractionnement (ou « cracking ») : une méthode qui consiste à séparer les différents éléments d’un aliment pour le reconstituer de manière totalement artificielle.
Une autre méthode existe pour faire grimper mécaniquement le pourcentage de protéines d’un aliment : réduire le pourcentage de matières grasses. Aussi mesquin que cela puisse paraître, c’est une méthode très utilisée par les industriels. Ainsi, pas plus de protéines en valeur absolue, mais un pourcentage augmenté. Par exemple, vous ne trouverez pas de différence entre les listes d’ingrédients des versions classiques et protéinées des fromages Babybel : la version protéinée est simplement élaborée à partir de lait moins riche en lipides... reste à savoir comment !
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Les marques réagissent
Sur les 10 marques épinglées par notre enquête, deux nous ont répondu : Andros et Marque Repère (E. Leclerc) - nos échanges ci-dessous - et trois ont répondu par le biais d’un article publié dans Le Parisien : Danone (Alpro et Hipro), Nestlé (Lion) et Barilla (Wasa). Ces dernières n’abordent pas notre demande d’avoir une information claire qui passe par l’affichage du Nutri-Score ainsi qu’un étiquetage de l’ultra-transformation.
Voici nos échanges avec les marques :
Sources
- Pétition foodwatch, Yuka et France Assos Santé, Trop d’aliments ultra-transformés : protégeons notre santé !
- Protéines : rôle, sources et apports recommandés, Anses
- Synthèse d’études scientifiques publiée en novembre 2025 : Ultra-Processed foods and human Health, The Lancet
- Sur la classification NOVA
- Organisation mondiale de la Santé, Guidelines: Sugar intake for adults and children, OMS, 2015
- Règlement (CE) n° 1924/2006 concernant les allégations nutritionnelles et de santé portant sur les denrées alimentaires
- Inserm : La consommation de certains additifs alimentaires émulsifiants serait associée à un risque accru de cancers, février 2024
- Inserm : La consommation de certains additifs alimentaires émulsifiants serait associée à un risque accru de diabète de type 2, avril 2024
- Inserm : La consommation d’édulcorants serait associée à un risque accru de cancer



