Actualités 28.07.2026

Loi d’urgence agricole : une défaite pour la santé et l’environnement, une victoire pour l’agro-industrie et l’agro-chimie

La honte. La loi Duplomb est de retour, dans un cheval de Troie des plus inquiétants : la loi « d’urgence agricole ». Malgré la mobilisation citoyenne et le rassemblement organisé par la société civile lundi 20 juillet 2026, auquel foodwatch a participé pour faire front avec les autres organisations présentes, l’Assemblée nationale, puis sans surprise le Sénat, ont tous deux voté les 20 et 21 juillet cette loi délétère pour la santé et l’environnement, avec la bénédiction du gouvernement. 

Loi d’urgence agricole : le vote de la honte

Nous le redirons autant de fois que nécessaire chez foodwatch : cette loi « d’urgence agricole » est un véritable affront aux 2 millions de signataires de la pétition mobilisé·es contre la loi Duplomb à l’été 2025, mais pas seulement. 

Pour les paysannes et paysans, cette loi, présentée comme une réponse à leurs difficultés, ne répond en rien à leurs demandes : être payé·es à la hauteur de leur travail, être accompagné·es vers des systèmes agroécologiques, résilients au dérèglement climatique, respectueux du vivant et de la santé de toutes et tous, notamment la leur. 

Le 16 juillet, le projet de loi a été débattu en Commission mixte paritaire avant de revenir à l'Assemblée nationale le 20 juillet, puis au Sénat le 21. Les parlementaires ont dû faire un choix : aggraver un système qui va droit dans le mur (contamination des sols, accaparement de l’eau, etc.) ou choisir de soutenir une vraie transition des systèmes agricoles et de protéger le vivant. A l’Assemblée nationale, voici à quoi ressemble la répartition du vote final de la loi, compilé par nos alliés de Générations Futures : 

Source : Assemblée nationale. Crédits : Générations futures

Le gouvernement, appuyé par les député·es de droite, d’extrême droite et d’une partie du centre, continue de mener notre agriculture et notre souveraineté alimentaire dans le mur en sacrifiant notre environnement et notre santé. 

Notre mobilisation n’a pas été vaine, car elle a obligé les parlementaires à se positionner et au vu et au su de toutes et tous sur les sujets des pesticides et de l’eau, qui sont devenus incontournables. Les parties du centre se sont fracturés autour de la loi. La réintroduction des deux pesticides tueurs d’abeille n’a été possible que par une basse manœuvre du gouvernement et de la ministre de l’Agriculture, qui a verrouillé dans les derniers instants toute possibilité de retirer cet article.  

Loi « Duplomb 2 » : un boulevard pour les industriels de l’agrochimie

Depuis plusieurs mois, l’équipe foodwatch suit de très près le projet de loi d'urgence agricole initié par le gouvernement en début d’année, dont Laurent Duplomb est le corapporteur. Et oui, encore lui ! Ce même sénateur du groupe Les Républicains, qui l’été dernier proposait une loi dans le but de réautoriser des pesticides dangereux pour notre santé et l’environnement comme l’acétamipride. Vous vous en souvenez ? 

Une loi « d’urgence agricole », mais quelle urgence exactement ? Assurer un revenu décent aux paysannes et paysans face aux marges des distributeurs ? Réduire notre exposition aux pesticides ? Préserver l’eau ? Adapter durablement nos systèmes agricoles pour les rendre plus résilients aux dérèglements climatiques et à leurs effets – canicules, sècheresses, inondations ? Assurer l’accès de toutes et tous à une alimentation saine et sans risques ?  

Pas du tout... Encore une fois malheureusement, l’urgence pour Laurent Duplomb et le gouvernement actuel est de dérouler le tapis rouge aux industriels de l’agrochimie et à leurs lobbies, au détriment de notre santé, de la biodiversité et de la majorité des paysannes et paysans. 

Des pesticides interdits... toujours dans nos assiettes

Pourtant, nous avons besoin de sortir des pesticides : nos tests réalisés sur plus de 60 produits du quotidien le montrent bien ! Alors même que certains pesticides sont interdits d’usage en France et dans l’UE, on les retrouve dans nos assiettes via les produits que nous importons, car leurs résidus sont autorisés jusqu’à une certaine limite. Ça n’a aucun sens… Chez foodwatch, notre demande est claire : zéro résidu de pesticides interdits d’usage dans l’Union européenne dans les aliments importés. 

Avec l’examen du projet de loi « d’urgence agricole » au Sénat fin juin 2026, les parlementaires avaient justement la possibilité, dans le sillage de l’Assemblée nationale, d'interdire la vente d'aliments produits avec des pesticides interdits d'usage en Europe. 

Encouragé·es par Duplomb, les sénatrices et sénateurs ont finalement préféré réautoriser l’acétamipride et le flupyradifurone – des insecticides tueurs d’abeille de la famille des néonicotinoïdes qui pourront être utilisés sur plus de 500 000 hectares (betteraves, pommes, cerises, noisettes), malgré les alertes des médecins et des scientifiques sur l’impact de ces pesticides sur la santé et l’environnement. 

Ils et elles prétextent de protéger les agricultrices et agriculteurs de la concurrence déloyale, mais nous voyons clair dans leur jeu chez foodwatch : en réautorisant ces pesticides, ce sont avant tout les intérêts des fabricants qui sont protégés, tandis que notre agriculture reste prisonnière des pesticides et que la santé des personnes qui produisent et de celles qui consomment est sacrifiée. 

La question des pesticides est un sujet qui divise, plus complexe qu’il n’y paraît. foodwatch vous apporte les réponses nuancées et documentées aux questions que vous vous posez sur les pesticides : pourquoi le débat fait rage, quels risques pour la santé, quel impact pour les agriculteurs, l’environnement, etc.

LIRE LE DOSSIER

Agrobusiness et loi d’urgence agricole : une attaque sans précédent pour accaparer l’eau

Et ce n’est pas le seul cadeau fait à l’agriculture industrielle ! Cette loi « Duplomb 2 » qui ne dit pas son nom est aussi une attaque sans précédent sur le partage de l’eau en France. 

Elle privatise l’eau, en autorisant l’agro-business à doubler les volumes d’eau stockés (avec quelle eau ? Mystère…) et en réduisant la protection des zones humides, pourtant essentielles à la biodiversité et au stockage naturel de l’eau. Une décision à contre-courant du nécessaire partage de l’eau dans un contexte de dérèglement climatique.  Elle affaiblit aussi la protection des captages d’eau potable, dans un contexte de pollution aux pesticides et autres contaminants largement documenté. 

En facilitant l’installation de méga-bassines, en allégeant les obligations de réunions publiques sur les projets de stockage d’eau, en réduisant les possibilités de recours juridiques ou la concertation dans les territoires, la gestion de l’eau serait tout simplement confiée aux lobbies agricoles. 

A tel point que même le MEDEF, le syndicat des patrons, alerte sur un « accaparement » de l’eau... Les grands perdants ? Les gens et l’environnement ! À l’heure où les sécheresses et les canicules se multiplient, cette fuite en avant est particulièrement préoccupante.

Industriels et lobbies : pas question de les laisser faire !

Bref, une loi « d’urgence agricole » qui va à contre-courant des vrais enjeux, et qui ne répond ni aux besoins des paysan·nes, ni à l’urgence climatique, ni au droit de toutes et tous à accéder à une alimentation saine, choisie et durable.  

Après le passage de cette loi, les associations s’organisent maintenant pour formuler des recours auprès du Conseil constitutionnel, la loi ne respectant pas le principe de « non-régression environnementale » inscrite dans la Constitution.    

Partout, des luttes locales vont émerger autour de l’accaparement de l’eau. Creuser des bassines ne permet pas de créer de l’eau, ne donne pas le droit de privatiser cette ressource commune. Il faudra continuer partout à se battre pour en préserver la quantité et la qualité.    

De nouvelles mobilisations s’annoncent déjà à la rentrée, sur les questions des pesticides au niveau européen, avec le projet de loi Omnibus dont nous vous avons parlé ces derniers mois, mais aussi sur les pesticides interdits d’usage en Europe qui reviennent en boomerang dans nos assiettes, dont nos tests avaient révélé la présence dans plusieurs produits. 

Cette bataille est loin d’être terminée. Ne leur faisons pas le cadeau d’oublier qui a voté pour cette loi scandaleuse : les prochaines échéances électorales seront un moment important pour leur montrer que nous ne sommes pas dupes. Nous saurons nous souvenir quels partis politiques ont soutenu cette loi Duplomb 2 envers et contre tout, toutes et tous.  

Face aux lobbies de l'agrochimie, nous ne disposons pas des mêmes moyens. Notre force, c'est l'indépendance que nous donnent les citoyennes et citoyens qui nous soutiennent. Avec nos partenaires – organisations paysannes, associations environnementales et de protection de la santé, collectifs de victimes des pesticides – nous faisons des pieds et des mains pour faire la lumière sur les véritables contenus et reculs de cette loi, et organiser des mobilisations citoyennes pour leur tenir tête. Chaque don renforce notre capacité à agir, aujourd’hui et dans la durée. Merci ! 

Vous avez aimé cet article ? On a encore plein de sujets sur le feu : aidez-nous à continuer !

foodwatch est une association 100% indépendante qui refuse tout financement public ou dons d’entreprises. Ce sont donc vos dons qui garantissent notre liberté de parole et d’action pour enquêter, lancer l’alerte et faire bouger les choses. Ensemble, notre voix compte. Merci !

Je fais un don