Trafic de chevaux de course qui finissent à l’abattoir : où est passée cette viande frauduleuse ?
Cet article a été publié le 31.07.2024 et mis à jour le 16.09.2026
Des chevaux de course impropres à la consommation envoyés à l’abattoir pour finir dans des barquettes au supermarché, en boucheries ou on ne sait où en Europe ? Un énième scandale de fraude à la viande de cheval a été révélé par Europol en septembre 2026. Depuis 2013 et l’affaire dite des ‘lasagnes à la viande de cheval’, ce trafic n’a jamais vraiment cessé. Retour sur les trafics européens de ces chevaux qui finissent illégalement dans la chaîne alimentaire.
Plus de dix ans après les lasagnes à la viande de cheval, les affaires choquantes s’empilent
2026 : 1 000 chevaux au cœur d’un trafic européen
Un énième scandale impliquant de la viande de cheval impropre à la consommation a été révélé par la police criminelle européenne, Europol le 10 septembre 2026. Cette affaire s’ajoute à la liste de cas similaires, recensés depuis plus de 10 ans par foodwatch. Cette fois-ci, ce sont 200 agents, sous la direction de la Belgique, qui ont mené 24 perquisitions dans 4 pays – Belgique, France, Irlande et Pays-Bas, et retrouvé 1 000 animaux trafiqués. Le modus operandi des trafiquants est toujours le même : la traçabilité des bêtes est brouillée par un trafic de puces électroniques, conduisant les chevaux de loisirs ayant reçu des traitements médicamenteux à passer la porte des abattoirs puis entrer dans la chaîne alimentaire, sans que nous ne sachions exactement où cette viande a été commercialisée. Les mêmes questions persistent depuis des années : sous quelle forme en avons-nous (encore) consommé ? Depuis quand cela dure-t-il ?
Cette fois, il ne s’agirait pas d’un unique réseau criminel. En France, l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP) a mené sept perquisitions dans le Gard, en Saône-et-Loire, en Mayenne, dans le Sarthe, en Gironde et Haute-Saône.
La faiblesse du système actuel – peu de contrôles et aucune transparence sur les fraudes alimentaires - permet à des réseaux criminels d’opérer dans de nombreux pays européens et de falsifier les passeports des bêtes, leur insérer de nouvelles puces électroniques pour brouiller leur identité et les faire ainsi entrer dans la chaîne alimentaire comme si de rien n’était. Ce qui soulève évidemment des questions sur le potentiel risque sanitaire de la viande consommée.Directrice de l'information foodwatch France et autrice de « Manger du faux pour de vrai. Les scandales de la fraude alimentaire » (éd. Robert Laffont)
Pour foodwatch, c’est clair, face à cet impératif de santé publique, la transparence totale doit primer à travers toute l’Europe.
2024 : 400 tonnes de viande de cheval venues d’Irlande et une traçabilité douteuse
Un abattoir irlandais s’adonne à un trafic de chevaux de course européens. Ces chevaux traités aux médicaments anti-inflammatoires y sont maltraités puis taillés en morceaux pour être ensuite envoyés vers d’autres pays. Les images extrêmement choquantes diffusées en 2024 sont le fruit de l’enquête fouillée du journaliste d’investigation Conor Ryan pour la chaîne de télévision irlandaise. Cette enquête a montré que de nombreux chevaux de course voient leurs puces électroniques ou passeports trafiqués pour être envoyés à l’abattoir.
L’enquête de RTÉ Investigates, à laquelle foodwatch a contribué, a filmé en caméra cachée le seul abattoir agréé irlandais abattant des milliers de pur-sang qui viennent ensuite alimenter l’Europe, au mépris des règles de traçabilité qui doivent normalement garantir la sécurité sanitaire de notre alimentation.
Bien que cette fraude dure au moins depuis janvier 2023, vous n’en avez sans doute jamais entendu parler. Les quantités de cette ‘viande’ impropre à la consommation sont pourtant hallucinantes. Compte tenu de la gravité des faits, chez foodwatch, nous trouvons inacceptable que les consommateur·rices ne soient pas informé·es.
Et les chiffres derrière ce commerce illégal le sont tout autant : les sources officielles indiquent ainsi que la France a importé 400 tonnes de viande de cheval d’Irlande en 2023, vraisemblablement aussi en provenance de ce scandaleux abattoir au cœur du documentaire. C’est l’équivalent de 1,6 million de steaks de 250 grammes... dont la traçabilité est aujourd’hui sérieusement questionnée.
Même si la consommation de viande de cheval en France a chuté de façon spectaculaire depuis l’affaire dite des ‘lasagnes à la viande de cheval’, en 2024 5% des consommateur·rices en mangeaient encore (contre 17% en 2013).
Fraude à la viande de cheval : l’urgence d’une réglementation plus ambitieuse
L’ampleur du problème est loin d’être anecdotique. Au cours des cinq dernières années, le système européen d'alerte pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux (RASFF), qui permet aux États membres de partager des informations sur les risques sanitaires, a reçu près de 200 alertes concernant des soucis liés à l'étiquetage ou aux passeports des chevaux entrant sur le marché européen. Dans chaque cas, plusieurs pays étaient concernés, dont le nôtre.
Cette fraude est possible parce qu’elle rapporte beaucoup d'argent avec peu de risques d'être pris. A travers l’Europe, les autorités de contrôle sont en sous-effectifs et la fraude alimentaire ne figure pas au rang des priorités politiques. Cette enquête montre que les criminels n’hésitent pas à exploiter les faiblesses du système dénoncé depuis des années par foodwatch : peu de contrôles, des bases de données nationales qui ne communiquent pas nécessairement et une opacité qui les protège. Car cette viande impropre entre bel et bien dans notre chaîne alimentaire. Pourtant, aucune information n’est donnée aux consommateursDirectrice de l'information foodwatch France et autrice de « Manger du faux pour de vrai. Les scandales de la fraude alimentaire » (éd. Robert Laffont)
Après le scandale du cheval à la place du bœuf qui a éclaté en 2013, les autorités européennes ont pris des mesures pour améliorer la traçabilité avec un nouveau règlement sur les équidés en 2015 puis en 2021, mais on constate aujourd’hui que ce n’est pas suffisant. Pour que ces fraudes cessent, la réglementation doit aller plus loin.
Fraudes alimentaires : des défaillances systémiques
Ces scandales mettent en lumière les failles du système de lutte contre la fraude au sein des pays européens. A travers l’Europe, les autorités de contrôle sont en sous-effectifs et la fraude alimentaire ne figure pas au rang des priorités politiques. Les sanctions sont ridicules si les affaires vont jusqu’au procès : à peine quelques mois de prison parfois pour un trafic permettant aux fraudeurs d’accumuler des dizaines de millions d’euros.
Nous avons aujourd’hui notamment besoin d'une base de données européenne interopérable. Elle permettrait d'accéder à des informations normalisées dans tous les pays de l'UE en libre accès. Cela représente, certes, beaucoup de travail pour la Commission européenne car il s’agit d’un projet informatique à gérer avec 27 Etats membres.
Mais comptez sur nous pour ne rien lâcher. Car nous avons le droit de savoir : avons-nous du cheval impropre à la consommation dans nos frigos ? Où a-t-elle été vendue, par qui et quand ?
Pour foodwatch, il n’y a pas à tergiverser : face aux trafics qui persistent en Europe, la transparence totale à travers toute l’Europe est la seule réponse possible. Nous voulons également que nos décideurs et décideuses politiques prennent les choses au sérieux au vu des risques et menaces que fait peser la fraude alimentaire. Les consommateur·rices européen·nes ont le droit d'être protégé·es contre ces pratiques frauduleuses.
Avec foodwatch, refusez que ces informations choquantes passent inaperçues : réclamez la transparence !
Fraude alimentaire : que se cache-t-il derrière ce scandaleux tabou ?
Comment définir la fraude alimentaire ? Quelles sont ces escroqueries ? Qui sont les fraudeurs ? Comment lutter contre ? Gardez l’estomac bien accroché, foodwatch a mené l’enquête.
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