foodwatch s’insurge contre l’autorégulation façon Maggi
L’industrie alimentaire édicte ses propres règles et se moque de nous. foodwatch s’insurge contre cette autorégulation qui sert les intérêts des industriels mais pas ceux des consommateurs. Cas flagrant avec Nestlé et sa soupe Maggi « Bœuf-carottes » qui ne contient même pas le morceau de bœuf promis sur l’emballage. Nestlé se défend en arguant qu’elle respecte le Code de la soupe... qu’elle a elle-même rédigé avec les autres grands fabricants de soupe. Inquiétant : ce Code sert de référence à la DGCCRF depuis l’abrogation du décret qui réglementait la fabrication de la soupe en France. Pour dénoncer cette ruse tout à fait légale, foodwatch lance une nouvelle pétition et une vidéo qui ciblent Nestlé.
Paris, le 6 juin 2014. L’industrie alimentaire édicte ses propres règles au travers de codes de bonnes pratiques qu’elle se targue ensuite de respecter. foodwatch s’élève contre cette autorégulation et cette double casquette de juge et partie qui profitent aux fabricants mais ne protègent pas les consommateurs contre les ruses légales auxquelles recourent les industriels. Plus inquiétant : nos autorités, dont la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF), reconnaissent ces codes et les utilisent.
Nestlé, libre de désinformer, prétexte un bas prix
Avec l’exemple flagrant de la soupe Maggi « Bœuf-carottes », foodwatch démontre que l’industrie a le champ libre pour désinformer le consommateur. Nestlé, comme tant d’autres fabricants, n’est pas contrainte de tenir les promesses faites sur l’emballage. L’entreprise tente de contourner le problème en invoquant un bas prix : ce n’est pas une excuse valable pour induire les consommateurs en erreur sur les qualités intrinsèques du produit. Il ne s’agit pas d’un cas isolé, puisque d’autres soupes Maggi de la gamme « Saveur à l’Ancienne » – Bœuf-Tomate ou Pot au Feu, par exemple – présentent le même morceau de viande prometteur. Bon marché ou pas, les soupes instantanées se devraient d’afficher un étiquetage fiable et pourraient tout à fait contenir des quantités décentes de viande, de légumes ou de vraies épices. Or celle-ci compte plus de fécule, d’exhausteurs de goût artificiels, de sucre et de sel que de viande. De plus, tant que la recette ne sera pas conforme à une véritable recette « A l’ancienne », expression dont l’usage est réglementé, la présentation du produit ne devrait pas y faire allusion.
Ruses légales mais pas légitimes pour autant
Les réglementations européenne et française stipulent que toute publicité comportant des indications ou présentations fausses ou de nature à induire en erreur est interdite. Ce qui ouvre la voie à beaucoup d’interprétations. Il nous faut donc des lois plus contraignantes pour empêcher les fabricants d’entretenir la confusion chez le consommateur avec des images ou dénominations exagérées. Actuellement les autorités de contrôle (dont la DGCCRF) et les tribunaux s’en remettent aux pratiques les plus courantes sur le marché pour trancher et non à des textes de loi précis. Or ces pratiques sont généralement établies par l’industrie elle-même. Le Code de la soupe a été élaboré par le Syndicat national des fabricants de bouillons et potages dont la mission est de défendre ses adhérents – notamment les fabricants de Liebig, Royco, Knorr et Maggi jusqu’à tout récemment. Ce Code remplace désormais le décret français sur les soupes de 1954, abrogé en 2008. Très peu contraignant, il permet à l’industrie de tirer les standards de qualité de notre alimentation vers le bas tout en promettant monts et merveilles aux consommateurs. C’est inacceptable. foodwatch entend défendre les droits des consommateurs, continuer à mettre la pression sur l’industrie agroalimentaire et les politiques afin que ces ruses légales mais non légitimes cessent. Car l’action de foodwatch pèse bel et bien sur l’image des entreprises (in Les Echos, 05/06/2014).
Liens
- Pétition foodwatch adressée à Nestlé
- Vidéo Maggi réalisée par foodwatch
- La lettre de foodwatch à Nestlé et la réponse du fabricant :
- Pourquoi les ruses de Nestlé sont-elles légales ? Les faits
- Code de bonnes pratiques de fabrication pour les soupes, bouillons et consommés
- Lire aussi : la réaction massive de plus de 94.000 consommateurs signataires de la première pétition de foodwatch France adressée à Michel-Edouard Leclerc
- Ruses légales : comment E.Leclerc, Maggi, Lustucru, Vrai et Puget induisent les consommateurs en erreur