Communiqués de presse 07.04.2026

Enquête santé : 10 aliments ultra-transformés démasqués par foodwatch

Même en essayant de ne pas manger « trop gras, trop sucré, trop salé », il est difficile de ne pas tomber dans le piège des produits ultra-transformés. La nouvelle enquête de foodwatch montre que des produits dont la composition semble saine peuvent être ultra-transformés. Skyr sur lit aux fruits rouges Yoplait, filet de thon citron Saupiquet, P'tit Onctueux au fromage blanc nature Nestlé pour les tout-petits, ou Muesli aux 4 noix Leclerc font partie des 10 exemples épinglés par l’association. Et pour foodwatch, c’est problématique. Car les aliments ultra-transformés sont liés à un risque accru de maladies chroniques, comme les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2, l’obésité et certains cancers, selon de nombreuses études scientifiques. Or, en l’absence d’étiquetage de l’ultra-transformation sur nos aliments, il est quasi impossible de détecter ce qui est bon ou non pour la santé. foodwatch exige donc un étiquetage qui dit la vérité sur l’ultra-transformation.

foodwatch braque les projecteurs sur les effets délétères pour la santé de l’ultra-transformation de notre alimentation en épinglant 10 produits vendus en supermarché qui ne disent pas leur nom : derrière leurs étiquetages laissant penser qu’ils sont sains, ce sont bel et bien des aliments ultra-transformés. L’organisation de défense des consommateurs réclame donc sans tarder un étiquetage honnête indiquant l’ultra-transformation.

Pour Audrey Morice, chargée de campagnes chez foodwatch : « Ces 10 aliments ne disent pas clairement leur nom mais ce sont bien des aliments ultra-transformés, ce que l’emballage n’indique pas. foodwatch réclame un étiquetage obligatoire. De nombreuses études scientifiques indépendantes montrent une corrélation entre la consommation d’aliments ultra-transformés et le risque accru de maladies graves. Les recommandations de santé publique sont claires en poussant à limiter leur consommation. Les politiques doivent agir sans tarder ».

Un étiquetage clair en complément du Nutri-Score obligatoire est essentiel pour remettre de la transparence dans les rayons des supermarchés. Cet étiquetage devra figurer en face avant des emballages et être basé sur les avancées scientifiques indépendantes les plus récentes.

Derrière les allégations « sans conservateurs », « sans sucre ajouté », « riche en protéines », « au blé complet », « source de fibres » « 0% de matière grasse », ces 10 produits épinglés aujourd’hui par foodwatch contiennent en réalité des ingrédients marqueurs de l’ultra-transformation que personne n’a dans sa cuisine : épaississants, agents de texture, conservateurs, additifs controversés. La liste d’ingrédients longue comme le bras pour certains de ces produits est l’indice visible de l’ultra-transformation.

Le problème ? Aujourd’hui en France, plus de 60% des produits emballés en supermarché sont des aliments ultra-transformés. Dans la population, ils représentent 30 à 35% des calories ingérées car les produits ultra-transformés sont souvent trop gras, trop sucrés, trop salés. Environ 80% des produits ultra-transformés sont notés C, D ou E par le Nutri-Score.

Les preuves des effets négatifs des aliments ultra-transformés pour la santé s’accumulent. Plus d’une centaine d’études scientifiques internationales publiées récemment dans la revue The Lancet - auxquelles des chercheurs de l’Inserm ont participé - montrent une association entre la consommation d’aliments ultra-transformés et un risque accru de cancers, maladies cardiovasculaires, diabète de type 2, surpoids, obésité ou encore de symptômes dépressifs. Les chercheurs de ces études soulignent que les effets sanitaires des aliments ultra-transformés ne s’expliquent pas uniquement par leur profil nutritionnel mais aussi par la structure physique modifiée des aliments (matrice alimentaire), la présence d’additifs et d’ingrédients industriels, les effets sur le microbiote intestinal, les modes de consommation favorisant la surconsommation. 

Le détail des 10 produits ultra-transformés épinglés par foodwatch :

  • Le muesli pépites croustillantes 4 noix Grainéa de Marque Repère (E. Leclerc) contient plus de 20 ingrédients, dont 4 marqueurs d’ultra-transformation : des émulsifiants, les mono- et diglycérides d’acides gras et des tocophérols, employés comme antioxydant. Le caramel utilisé comme colorant ou encore le sirop de glucose, utilisé comme sucres ajoutés, sont aussi des indices que ce muesli est ultra-transformé.
  • Le mélange d’assaisonnement « Secret d’arômes » aux fines herbes de Knorr (Unilever) contient 16 ingrédients et 3 marqueurs d’ultra-transformation employés comme exhausteurs de goût : le glutamate de sodium, l’inosinate et le guanylate disodique.
  • La conserve de filets de thon au citron Saupiquet contient 13 ingrédients et 4 ingrédients marqueurs d’ultra-transformation : des arômes, de l’amidon, ainsi que deux émulsifiants. La gomme guar et la gomme xanthane sont ajoutées pour améliorer l’apparence, le goût, ou la texture du produit.
  • Le guacamole extra de la marque L’atelier blini (Labeyrie Fine Foods) est composé de 16 ingrédients. Parmi ceux-ci, 4 noms de code mettent sur la piste d’un aliment ultra-transformé : E202 pour la conservation, E300 pour éviter le brunissement du produit, E330 pour réguler l’acidité et E415 est un émulsifiant.
  • Les wraps de blé complet Old El Paso (General Mills), contiennent4 ingrédients que l’on ne retrouve pas dans nos cuisines : le glycérol (agent de texture), des mono- et diglycérides d'acides gras (émulsifiant), des diphosphates (humectant) et du dextrose (un sucre raffiné).
  • La boisson amande grillée Alpro (Danone) compte 4 marqueurs d’ultra-transformation. Il y a de la gomme gellane (E418) employée comme gélifiant et comme épaississant, la gomme guar (E412) utilisée comme épaississant et stabilisant du fait de sa propriété de rétention d'eau. On y trouve aussi des lécithines (E322) : un agent de texture.
  • Les carottes râpées au jus de citron de Sicile Carrefour – un produit à première vue basique - renferment 12 ingrédients, dont 2 marqueurs d’ultra-transformation : la gomme guar et la gomme xanthane, des émulsifiants dont l’usage vise à améliorer la texture des produits tout en prolongeant leur durée de conservation.
  • Le Skyr Yoplait (Sodiaal) aux fruits rouges contient 4 marqueurs d’ultra-transformation, soit presque la moitié de ses ingrédients ! Il s'agit des carraghénanes, des agents texturants couramment employés dans l’industrie agroalimentaire, de la gomme guar, utilisée pour ses propriétés épaississantes ainsi que de concentré des minéraux du lait et de l’amidon de maïs.
  • Le P’tit Onctueux au fromage blanc nature « sans sucres ajoutés » Nestlé contient 3 marqueurs d’ultra-transformation : de l’amidon de maïs et de la pectine ainsi que de la farine de graine de caroube, un additif texturant.
  • La salade « Oslo » de Pierre Martinet contient 18 ingrédients, dont 4 marqueurs d’ultra-transformation. On y trouve plusieurs additifs et ingrédients sans intérêt nutritionnel comme du sirop de glucose, de l’amidon transformé, de la gomme xanthane et du sorbate de potassium. L’amidon transformé sert à améliorer la texture en retenant l’eau ajoutée, la gomme xanthane à épaissir, et le sorbate de potassium agit comme conservateur.

foodwatch épingle les produits de ces 10 marques en particulier, en prenant le soin de ne pas généraliser ; tous les aliments de ces catégories dans d’autres marques ne sont pas nécessairement ultra-transformés. D’où le casse-tête pour les consommateurs. L’information devrait être immédiatement disponible sur les emballages pour nous permettre de faire des choix éclairés. L’enjeu de santé publique est énorme, nos responsables politiques doivent rendre cet étiquetage de l’ultra-transformation obligatoire.

Méthodologie

Pour mener cette enquête, foodwatch a utilisé la base de données de produits alimentaires Open Food Facts, qui affiche le degré de transformation des produits grâce à la classification NOVA. La classification NOVA permet d'évaluer les aliments en fonction de leur niveau de transformation plutôt que de leurs seules caractéristiques nutritionnelles. Le groupe NOVA 4 réunit les aliments ultra-transformés. La classification NOVA est aujourd’hui l’outil le plus largement utilisé dans la recherche épidémiologique internationale pour analyser l’impact de l’ultra-transformation sur la santé et sur les systèmes alimentaires. Ensuite, ces informations ont été recoupées avec les recommandations officielles pour identifier l’ultra-transformation de l’alimentation sur le site du ministère de la santé.

Sources

Aliments ultra-transformés, quel est le problème ? article foodwatch.

Ultra-Processed Foods and Human Health, The Lancet, 18 novembre 2025.

Aliments ultra-transformés : des impacts négatifs sur la santé documentés et des propositions concrètes pour limiter l’exposition des populations, Inserm, 19 novembre 2025.

Comment repérer les aliments ultra-transformés, ministère de la Santé, 27 septembre 2024. 

Plus de 60% des produits emballés en supermarché sont ultra-transformés : Sarda B, Kesse-Guyot E, Deschamps V, et al. Complementarity between the updated version of the front-of-pack nutrition label Nutri-Score and the food-processing NOVA classification. Public Health Nutrition. 2024;27(1):e63. doi:10.1017/S1368980024000296.

Pourcentage de calories ingérées venant d’aliments ultra-transformés en France :

  • 35,9% selon une étude basée sur la cohorte Nutrinet Santé (74 470 personnes analysées) (Chantal et al, 2016).
  • Environ 30% (29-31%) selon des études basée sur l’INCA 3 (Mertens et al, 2022) et sur l’Étude Nationale Nutrition Santé (ENNS) (Calixto Andrade et al, 2021).
  • 34,2% chez les adultes et 49,3% chez les enfants selon un article basée sur l’étude Esteban (suite étude ENNS - 3456 personnes analysées) (La Garanderie et al, 2025).

Environ 80% des produits au Nutri-Score C, D ou E sont ultra-transformés.