Nouveau scandale européen à la viande de cheval : foodwatch exige la transparence pour les consommateurs
Alors qu’Europol vient de communiquer sur un nouveau trafic de chevaux en Belgique, France, Irlande et aux Pays-Bas, foodwatch rappelle que les fraudes n’ont pas cessé depuis le scandale des lasagnes à la viande de cheval de 2013. Des chevaux de loisir, de course qui ont reçu des traitements médicamenteux sont encore entrés dans la chaîne alimentaire. Depuis quand ce manège dure-t-il ? Où la viande est-elle partie ? Dans quels produits ? Sous quelle forme en avons-nous mangé ? L’organisation de défense des consommateurs exige la transparence. Les consommateurs ont le droit de savoir.
Le trafic de viande de cheval impropre à la consommation cheval n’a jamais vraiment cessé après le scandale des lasagnes ‘au bœuf’ en 2013. Cette fois-ci, ce sont 200 agents qui ont mené 24 perquisitions dans 4 pays – Belgique, France, Irlande et Pays-Bas - et plus de 1000 chevaux au cœur d’une sale affaire coordonnée par Europol. « Encore », souligne foodwatch.
L’organisation de défense des consommateurs foodwatch, experte des scandales alimentaires, ne compte plus le nombre d’affaires de ce genre depuis une dizaine d’années. A nouveau, l’identité des chevaux était trafiquée, les « mêmes chevaux » étaient abattus plusieurs fois grâce à un trafic de puces électroniques. Un manège bien rodé qui permet aux fraudeurs d’engranger des millions d’euros de profit avec un risque de sanction minimal : souvent à peine quelques mois de prison (quand cela va jusqu’au procès). Pour les trafiquants, le jeu en vaut la chandelle. Les autorités belges ont accompli un travail remarquable en repérant des anomalies dans les documents d’identité des chevaux en 2025 et 2026 ; elles ont pris la tête de l’enquête européenne. Il ne s’agirait pas d’un unique réseau criminel. En France, l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (OCLAESP) a mené sept perquisitions dans le Gard, en Saône-et-Loire, Mayenne, dans la Sarthe, en Gironde et Haute-Saône.
Des chevaux de course notamment et donc impropres à la consommation sont entrés dans la chaîne alimentaire. On en a donc mangé. Encore.
« Il s’agit d’une fraude qui consiste à brouiller la traçabilité de la viande et à faire entrer dans notre chaîne alimentaire de la viande de cheval impropre à la consommation. Ce trafic concerne en effet des chevaux de loisirs qui ont reçu des traitements médicamenteux et n’auraient jamais dû être consommés. On ignore sous quelle forme on en a mangé. On ne sait pas si cette viande de cheval trafiquée est entrée dans la composition de produits transformés en étant étiquetés comme contenant peut-être d’autres viandes que celle de cheval. Elle a pu être exportée. Surtout, depuis quand ce manège dure-t-il ? On a le droit de savoir. L’opacité pour les consommateurs est insoutenable, elle sème le doute et entame la confiance », commente Ingrid Kragl, directrice de l’information de foodwatch et autrice du livre-enquête « Manger du faux pour de vrai. Les scandales de la fraude alimentaire » (éd. Robert Laffont).
Pour foodwatch, l’urgence est à la transparence. L’organisation européenne de défense des consommateurs interpelle aujourd’hui les autorités : où a été commercialisée cette viande impropre à la consommation et par qui ?
« A travers l’Europe, les autorités de contrôle sont en sous-effectifs et la fraude alimentaire ne figure pas au rang des priorités politiques. Cette nouvelle enquête montre que les criminels n’hésitent pas à exploiter les faiblesses du système dénoncé depuis des années par foodwatch : peu de contrôles, des bases de données nationales qui ne communiquent pas nécessairement entre elles et une opacité qui les protège. Les consommateurs sont laissés dans l’opacité totale », poursuit foodwatch.
En France, la consommation de viande de cheval a chuté depuis l’affaire dite des ‘lasagnes à la viande de cheval’ en 2013 mais la France a encore importé 5 258 tonnes de viande de cheval en 2025 et en a exporté 2 169 tonnes, selon les chiffres de FranceAgriMer.
foodwatch appelle à un électrochoc politique :
- L’absence de base de données unique en Europe. Certains Etats membres de l’UE n’ouvrent pas leurs bases de données nationale sur l’identité des chevaux ; c’est le cas de l’Allemagne d'après nos informations. La France, elle, le fait. On peut penser que les fraudeurs exploitent ces failles. La viande circule ensuite librement sur le marché européen et nous en importons encore des milliers de tonnes chaque année.
- Les moyens dédiés aux contrôles sanitaires et à la fraude sont insuffisants partout en Europe et, surtout, les sanctions sont ridicules si les affaires vont jusqu’au procès : à peine quelques mois de prison parfois pour des business juteux permettant aux fraudeurs d’accumuler des dizaines de millions d’euros.
- Enfin, les consommateurs ont le droit de savoir où a été commercialisée cette viande impropre à la consommation. En France, la pétition exigeant plus de transparence sur les fraudes alimentaires et adressée aux ministres de l’agriculture et de l’économie a recueilli pour l’heure près de 60.000 signatures
La Commission européenne (DG SANTE) surveille ces fraudes de près et appelle depuis des années au renfort des contrôles au sein des abattoirs. Mais cette compétence échoit aux Etats membres, elle se décide au niveau national. D'autre part ses courriers sont restés lettre morte dans certains pays pour faire respecter la réglementation sur l’échange d’informations entre pays ; certains, comme l’Allemagne d’après nos informations, continuent de verrouiller leur base de données sur l’identité des chevaux et ne communiquent rien à leurs voisins.
Face aux trafics qui persistent en Europe, la transparence totale à travers toute l’Europe est la réponse la plus raisonnable et urgente. foodwatch demande que nos décideurs prennent les choses au sérieux au vu des risques et menaces que fait peser la fraude alimentaire. Les consommateurs veulent être protégés contre ces pratiques frauduleuses.
Par ailleurs, foodwatch alerte depuis plusieurs mois sur l’omnibus européen sur la sécurité alimentaire, un projet de déréglementation susceptible d’impacter les contrôles aux frontières.
Sources
- Le communiqué de presse d’Europol : « Thousands of horses caught up in Europe-wide trafficking scheme », 10/09/2026
- Trafic de chevaux destinés à la chaîne alimentaire : révélations sur un scandale européen, par foodwatch, 2024
- Viande de cheval : un autre scandale est possible, par foodwatch, 2019
- Pétition foodwatch « #DuFauxPourDeVrai : plus de transparence sur les fraudes alimentaires ! », près de 60 000 signatures
- Pétition foodwatch « Stop Omnibus : défendons la sécurité alimentaire ! », près de 150 000 signatures
- Pour comprendre comment ce trafic est possible et comment il fonctionne en Europe :
- Lisez « Manger du faux pour de vrai. Les scandales de la fraude alimentaire » par Ingrid Kragl (éd. Robert Laffont)
- il faut revoir de toute urgence l’excellent documentaire auquel foodwatch a participé de Conor Ryan ‘Horses - Making a Killing’ pour RTÉ
- Chiffres de consommation de viande équine en France en 2025, par FranceAgriMer
- Selon le règlement européen 2021/963, la base de données obligatoire dans chaque pays européen fournit des informations permettant de déterminer si le cheval est propre ou non à la consommation humaine. Cette base de données doit être vérifiée avant que le vétérinaire de l'abattoir ne prenne la décision d'envoyer la viande dans la chaîne alimentaire. Les États membres doivent veiller à ce que tous les opérateurs concernés et les autorités compétentes aient accès aux bases de données. Mais est-ce vraiment le cas ? Pas sûr. C'est sans doute l'un des problèmes. Dans le point (10) du règlement de 2021, la Commission européenne indique clairement que l'échange de données électroniques entre les Etats membres devrait être encouragé pour faciliter la traçabilité des équidés et les contrôles de l'intégrité de la base de données. Il y a urgence. Alors que c’est bien prévu par les textes de loi européens, il n’existe toujours pas aujourd’hui de base de données unique permettant aux Etats membres de vérifier l’identité des chevaux à travers le continent. Certains pays, comme l’Allemagne par exemple, n’ont pas ouvert leur base de données. La France, elle, l’a fait.