Stretchflation : l’art de vendre quelques grammes de plus à des prix disproportionnés, dénoncé par foodwatch
Après la shrinkflation, après la cheapflation, voici des cas flagrants de stretchflation pointés du doigt par foodwatch. Des consommateurs ont alerté foodwatch à propos de nouveaux formats – plus grands - qui ne sont pas aussi avantageux qu’on pourrait le penser. Certes, la taille du produit augmente de quelques grammes mais le prix augmente aussi, lui, de manière disproportionnée, jusqu’à 27% plus cher au kilo. foodwatch épingle cinq grandes marques pour dénoncer ces abus : Garden Gourmet (Nestlé), Kühne, Lustucru, Mikado (LU), Stoeffler.
A la liste des pratiques abusives pour duper les consommateurs, on peut désormais ajouter la stretchflation. Il s’agit d’ajouter quelques grammes de produits et de présenter ces ‘nouveaux formats’ à un prix augmenté de manière disproportionnée : de +17% à 27% d’augmentation du prix au kilo tandis que la quantité de produit augmente seulement de 2,7% à 15%, selon la dernière enquête de foodwatch.
Alertée par des consommateurs exaspérés, foodwatch dénonce ce qu’elle considère comme une nouvelle façon d’éroder notre confiance. Audrey Morice, chargée de campagnes chez foodwatch, commente : « Avec la stretchflation, foodwatch le montre une fois de plus : impossible de savoir qui, des distributeurs ou des industriels, s’en met plein les poches. Une certitude : les consommateurs se sentent floués. ll faut en finir avec ces pratiques marketing abusives ».
Voici les cinq produits épinglés :
- Gnocchis extra-fromage (Lustucru, Pastacorp) : Entre juin 2023 et janvier 2026, le format des Gnocchis Lustucru est passé de 285 g à 300 g (+5,3 %). Dans le même temps, le prix au kilo a augmenté de 6,79 €/kg à 8,07 €/kg (+18,9%), en prenant en compte l’inflation (prix relevé chez Super U à Coulommiers). Ce changement a été effectué par la marque en avril 2025, qui précise n’avoir pas augmenté son prix de vente aux distributeurs.
- Flammekueche gratinée (Stoeffler) : entre novembre 2023 et décembre 2025, la flammekueche Stoeffler est passée de 350 g à 380 g (+8,6 %). Sur l’emballage, la mention : ‘Nouveau format plus généreux’. Sur la même période, et en tenant compte de l’inflation alimentaire, le prix au kilo est passé de 10,02 €/kg à 11,82 €/kg (+17,96%) (prix constaté chez Carrefour Market Scheibenhard).
- Mikado (LU, Mondelez) : Entre octobre 2023 et janvier 2026 le paquet de Mikado est passé de 90 g à 100g (+11,1%). Sur l’emballage, les consommateurs pouvaient lire ‘Nouveau format, plus de biscuits’. En tenant compte de l’inflation, le lot de 6 paquets est passé de 14,30€/kilo à 16,90€/ kilo (+ 18,18%) chez E. Leclerc Les Sables d’Olonne. Le changement a été fait par la marque en mars 2024, qui nous a assuré n’avoir pas changé son prix de vente aux distributeurs.
- La Panée (Garden Gourmet, Nestlé) : Entre octobre 2023 et décembre 2025, le format de La Panée Garden Gourmet est passé de 180g à 207g (+15%). Dans le même temps, le prix au kilo a augmenté de 12,77€/kg à 15,46 €/kg (+21,1%), en prenant en compte l’inflation (prix relevé chez Intermarché, Nice.)
- Petits croquants aigre-doux (Kühne) : Entre septembre 2023 et décembre 2025, le bocal de cornichons Kühne est passé de 185 g à 190 g (+2,7 %). Sur la même période, le prix au kilo corrigé de l’inflation est passé de 11,32 €/kg à 14,48 €/kg (+27,92%), d’après le prix constaté chez Super U Hoenheim. La marque indique avoir effectué ce changement en mars 2025.
Pour rappel :
- La « shrinkflation » - contraction de l’anglais shrink (rétrécir) et inflation – désigne la réduction de la quantité d’un produit (en poids ou en volume), et l’augmentation de son prix au kilo ou au litre.
- La « cheapflation » consiste à réduire, à supprimer ou à substituer un ingrédient par un autre ingrédient moins cher et/ou de moins bonne qualité, souvent sans plus d’information que le changement quasi imperceptible de la liste des ingrédients au dos du produit. Le prix au kilo est en hausse là aussi.
- La « stretchflation » désigne l’augmentation du format d’un produit et l’augmentation disproportionnée de son prix au kilo.
« Combien de magouilles les industriels inventeront-ils encore ? », s’interroge foodwatch. La règlementation est très claire : il est interdit d’induire les consommateurs en erreur avec le prix, la publicité ou le marketing des produits.
Méthodologie
Alertée par des consommateurs et consommatrices sur des produits estampillés « nouveau format », foodwatch a identifié des augmentations de format pour certains produits, qu’elle a fait confirmer par les marques concernées. foodwatch a comparé les prix au kilo avant (via les catalogues promotionnels des supermarchés) et après changement de format. Les prix actuels ont été constatés en décembre 2025 et janvier 2026 dans des supermarchés situés dans cinq régions de l’hexagone. Les comparaisons ont été réalisées en tenant compte de l’inflation alimentaire, à partir de l’indice des prix à la consommation publié par l’INSEE.
Sources
- Indice des prix à la consommation, base 2015 (dernière mise à jour : décembre 2025, ensemble des ménages, France, alimentation), INSEE
- « Les magouilles de l’industrie agroalimentaire et des supermarchés, ça suffit ! », 18 000 signatures à l’action de mobilisation avec foodwatch
- Les consommatrices et consommateurs peuvent signaler des produits qui les ont induits en erreur dans les supermarchés sur le ‘Mur des arnaques sur l’étiquette'
- Shrinkflation, cheapflation, stretchflation au rayon alimentation : foodwatch dénonce les stratégies opaques des marques
- Cheapflation ou comment changer les recettes en catimini en augmentant le prix : six marques épinglées par foodwatch
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