Trafic de vin frelaté, poisson périmé, fruits aux pesticides : le musée des horreurs

26/04/2017

Mangeons-nous des aliments issus du trafic ?  On peut se poser la question au vu des derniers résultats publiés par Interpol et Europol dans le cadre de l’Opération Opson, qui traque les aliments frauduleux dans le monde entier. Ils sont effarants : dans les 61 pays concernés, près de 10.000 tonnes d’aliments et plus de 26 millions de litres de boisson ont été saisis.

Chaque année depuis six ans, l’opération menée conjointement par Interpol et Europol révèle des centaines de nouveaux cas de fraude alimentaire, qui non seulement trompent les consommateurs, mais mettent également leur santé en danger. D’année en année, les volumes de faux aliments saisis augmentent et le nombre de pays impliqués ne cesse de s’étendre, preuves que le phénomène est mondial. Si les trafiquants continuent de faire dans l’alimentaire, c’est que le marché est juteux et, surtout, qu’ils trouvent des acheteurs. Les réseaux criminels derrière ces fraudes sont prêts à tout, tant qu’ils peuvent faire du profit. Selon Interpol, ces mêmes réseaux sont parfois actifs dans le trafic de drogues ou de médicaments.

En France, dans le cadre d’Opson VI menée de décembre 2016 à mars 2017, les douanes, la gendarmerie nationale, et l’Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (OCLAESP) ont saisi des faux aliments dans plusieurs départements, entre autres :  

  • De la soude caustique dans des cuves de lait : 650 litres concernés (Pyrénées-Atlantiques)
  • Du vin, du sucre et de l’eau ajoutés au whisky : 600 litres (Charente-Maritime)
  • Deux tonnes de poires traitées avec un pesticide interdit (Hautes-Alpes)
  • 8.000 litres de lait impropre à la consommation car trop chargé en antibiotiques (Côtes d’Armor)
  • Deux tonnes de porc vendu comme étant du canard et de saumon d’élevage vendu comme du saumon sauvage (Mayenne)
  • 100 kilos de viande périmée (Yonne)
  • Près de 3,7 millions de litres de « brandy français » fait à base de vin espagnol (Charente)
  • 9.400 litres de vin bio dépassant le plafond de sulfites toléré à cause d’un ajout excessif de sucre (Côte-d’Or)
  • Enfin, en région parisienne, 180.000 (!) faux cubes de bouillon ont été saisis chez un grossiste. Ils ont immédiatement été détruits, et l’investigation est en cours pour identifier leur origine, mais surtout leur destination finale.

Au total, les enquêteurs mobilisés ont saisi pour 230 millions d’euros d’aliments et boissons dans 61 pays. Du Portugal à l’Argentine en passant par l’Indonésie, aucune région du monde n’est épargnée :

  • Une vérification de bagage à l’aéroport de Buenos Aires a permis de découvrir plus de 1.200 boîtes de « compléments alimentaires » contenant des substances pouvant provoquer des attaques cardiaques.
  • En Toscane, les carabiniers ont démantelé un trafic de vin soi-disant « IGP ». La recette de ce breuvage peu ragoûtant : de la piquette mélangée à de l’alcool pur, le tout dans des bouteilles estampillées « origine protégée ». Ce vin était vendu en Italie mais aussi à l’étranger.
  • En Indonésie, les autorités ont mis au jour la fabrication de faux condiments et sauces dans des conditions insalubres. La saisie, qui atteint un montant total de 360.000 euros, incluait des produits contenant des quantités excessives d’additifs.
  • En Irlande, d’importantes quantités de viande non réfrigérée, non emballée, non étiquetée ainsi que d’autres aliments (au total 1.096 dont des conserves de fruits et légumes) ont été saisis.
  • Près de Porto, au Portugal, une entreprise réemballait des sardines proches de la péremption dans des boîtes de conserve, sans aucune traçabilité ni règles d’hygiène. 311.000 conserves ont été retrouvées dans l’usine perquisitionnée.
  • En Espagne, des mollusques et 530 kilos de palourdes impropres à la consommation humaine ont été retrouvés suite à l’arrestation de quatre personnes. Le nettoyage des coquillages se faisait au mépris des règles d’hygiène et de sécurité. Pour brouiller les pistes, leur indication d’origine prétendue, le Portugal, était également mensongère.
  • Au Danemark, les autorités ont découvert dans les rayons des supermarchés que de l’huile d’olive vendue comme vierge était en réalité mélangée, ou même « lampante », c’est-à-dire normalement destinée à des usages techniques ou aux industries du raffinage.

Fort heureusement, ces trafics ont été arrêtés à temps. Mais les volumes concernés soulignent l’ampleur d’un phénomène inquiétant. Car pour une opération de ce type limitée chaque année sur un laps de temps de 3 à 4 mois, combien de trafiquants continuent d’inonder les marchés alimentaires en toute impunité le reste de l’année ?

Pour foodwatch, les acteurs de l’industrie agroalimentaire doivent être mis face à leurs responsabilités. Les fabricants et les distributeurs doivent tout simplement être légalement contraints d’effectuer eux-mêmes contrôles et inspections, et de prouver ainsi qu’ils respectent les réglementations à la lettre.
C'est l’absence d’obligation de contrôles qui a permis que des scandales comme celui de viande de cheval reste ignoré de tous aussi longtemps. Engager la responsabilité des entreprises et leur imposer une obligation de contrôle et de vérification est le seul moyen d'inciter celles-ci à se détourner de la fraude, et à s'en tenir à la loi.

Dernière modification le 26/04/2017
 
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