Produire n'importe quoi puis blâmer le consommateur

Induire le consommateur en erreur n’est pas l’exception mais plutôt la règle. © istockphoto.com

Faux fromage, yaourts aux fruits sans fruits, biscuits au chocolat sans chocolat : les rayons des supermarchés regorgent d’étiquetages malhonnêtes qui trompent les consommateurs. Les tours de passe-passe des industriels ne constituent pas l’exception mais plutôt la règle. Ces fabricants usent de pratiques très audacieuses pour induire le consommateur en erreur… en toute légalité.

Lorsqu’on confronte l’industrie agroalimentaire au manque de transparence sur les emballages, en lui demandant des comptes, elle n’hésite souvent pas à rejeter la faute sur… le consommateur, arguant qu’il suffirait de lire avec attention les informations fournies. Le résultat, ce sont des véritables arnaques sur les étiquettes : produit qui se fait passer pour un « fromage » mais à base de graisses végétales - donc sans calcium ni la moindre protéine de lait -, des biscuits au chocolat sans un gramme de chocolat, des yaourts aux fruits sans fruits...

Un comble : les consommateurs deviennent les coupables. Ce serait donc leur faute si l’industrie utilise des produits de substitution en lieu et place de vrais ingrédients, ou présente des emballages flatteurs qui induisent en erreur ? Blâmer les clients n’est rien d’autre qu’une diversion des industriels, véritables responsables de cette malbouffe.

Pointer les vrais responsables

Face à ces pratiques révoltantes, la question n’est pas de savoir ce que les consommateurs doivent faire pour se protéger, mais plutôt de remettre en cause tout un système qui induit en erreur des millions de personnes sur d’innombrables produits. Car les consommateurs peuvent difficilement juger de la qualité d’un produit lorsque l’étiquette les abuse. On ne peut pas déterminer à l’œil nu si la couleur, l’odeur ou le goût d’un produit est naturel, amélioré ou imité. Ou encore se douter que le nom qui figure à l’avant de l’emballage ne  correspond en fait que très peu à la composition réelle d’un aliment. Or si les consommateurs n’ont pas accès à l’information à laquelle ils ont droit, à qui la faute ? Au secteur agroalimentaire, bien sûr. C’est bien son manque de transparence qui doit être sanctionné.

Les autorités laissent faire

Il reviendrait aux autorités concernées d’empêcher ces pratiques. Pourtant, elles continuent de publier des résultats de contrôles non conformes sans révéler les noms des aliments concernés. Elles en appellent à « l’éducation » des consommateurs. C’est comme si une énorme quantité de monnaie contrefaite était en circulation et que la police ne poursuivait pas les faux-monnayeurs, se contentant d’expliquer à la population comment reconnaître les faux billets. Si les fabricants continuent de vendre des produits pour ce qu’ils ne sont pas, c’est aussi parce qu’avertissements ou amendes n’ont pas d’effet. L’appel à des amendes plus substantielles est peut-être populaire, mais il faut aussi dissuader les tricheurs en publiant leurs noms. Le lobby de l’alimentation s’y oppose alors que cette mesure permettrait d’améliorer la crédibilité de ce secteur, très controversé.

Des pratiques légales mais pas légitimes pour autant

Les fabricants induisent les consommateurs en erreur avec des messages publicitaires, des images et des informations qui relèvent parfois de la science-fiction. Ainsi le jambon de Bayonne ne vient pas nécessairement de Bayonne. Les soupes en sachet peuvent contenir du glutamate même lorsqu’on peut y lire « sans exhausteur de goût ». L’arôme dans le yaourt à la fraise ne provient pas toujours de fruits mais d’arômes artificiels. Et ainsi de suite. Tout ceci est légal, mais loin d’être légitime. Les groupes de l’industrie agroalimentaire se défendent aujourd’hui comme l’industrie chimique autrefois. Quand ces derniers dirigeaient leurs eaux usées toxiques dans les fleuves, ils se défendaient en disant que cela n’était pas interdit. Aujourd’hui, cette pratique est interdite, grâce aux pressions des défenseurs de l’environnement.

L’arnaque sur étiquette, ça suffit !

La réglementation sur le marché de l’alimentation doit changer. Les responsables d’abus doivent être connus et désignés et les informations sur les emballages des produits doivent refléter la réalité et ne plus induire en erreur.

Dernière modification le 16/07/2012
 
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