Comment les industriels de la malbouffe ciblent les enfants

Le nombre d'enfants, d'adolescents et d'adultes en surpoids ou obèses a considérablement augmenté au cours des dernières décennies : la prévalence mondiale de l'obésité a presque doublé entre 1980 et 2008 . L'Organisation mondiale de la santé (OMS) n’hésite pas à parler d’« épidémie mondiale d’obésité » et s’inquiète de l’augmentation des maladies qui y sont liées, notamment le diabète de type 2. Si la tendance actuelle se poursuit, le nombre de nourrissons et de jeunes enfants en surpoids atteindra 70 millions à l’horizon 2025.   En France, un enfant sur six est en surpoids. 

Ces chiffres sont préoccupants. Car les habitudes alimentaires déséquilibrées, souvent prises dès le plus jeune âge, constituent un facteur de risque majeur pour l'augmentation des maladies non transmissibles, comme l'obésité et le diabète. « Faute d’intervention, les nourrissons et les jeunes enfants obèses le resteront vraisemblablement pendant leur enfance, leur adolescence et à l’âge adulte », prévient l’OMS.   Les coûts humains, sanitaires, sociaux et économiques associés sont par ailleurs considérables. 

Les enfants, cible privilégiée du marketing de la malbouffe

Pour vendre toujours plus ses produits transformés souvent trop sucrés et trop gras, l’industrie de la malbouffe n’hésite pas à cibler les enfants. Des personnages de dessins animés sur l’emballage ou dans les publicités, aux cadeaux dans la boîte de céréales, en passant par les réseaux sociaux et les youtubeurs… Les enfants sont bombardés de messages pour des aliments et boissons malsains et sans intérêt nutritionnel. Comme si cela ne suffisait pas, les industriels du sucre se sont même frayé un passage dans les écoles publiques françaises , histoire d’inculquer les ‘bonnes’ habitudes nutritionnelles à nos enfants…

Agir…

Pour inverser la tendance, il faut radicalement modifier cet environnement, qui ne permet pas à tous les enfants de manger sainement. Le choix le plus sain doit devenir le choix le plus simple. 
L’OMS recommande que les pouvoirs publics jouent un rôle de premier plan en réduisant l’exposition des enfants au marketing des produits alimentaires et à ses effets indésirables.  Il est donc nécessaire que le gouvernement mène des politiques publiques ambitieuses et courageuses.

Quant à l’industrie agroalimentaire – et celle des sodas en particulier –, elle fait bel et bien partie du problème et non pas de la solution, comme elle aimerait le faire croire, par exemple en vantant les édulcorants. Fabricants et distributeurs sont responsables de la qualité des produits qu’ils mettent sur le marché, mais aussi de la désinformation des consommateurs. 

 …concrètement

La France a déjà mis en place un certain nombre de mesures pour enrayer la progression des maladies non-transmissibles liées aux régimes alimentaires déséquilibrés :

• les distributeurs automatiques de boissons ne sont plus autorisés dans les écoles depuis 2005

• les publicités pour les aliments transformés et les boissons doivent être accompagnées d'un message d’avertissement sanitaire (le fameux « manger-bouger ») depuis 2007 

• des normes obligatoires pour les repas scolaires ont été fixées en 2011

• une taxe sur les boissons a été introduite en 2012 

• les fontaines à soda en libre-service sont interdites depuis 2015 

• un logo coloré renseignant sur la qualité nutritionnelle des aliments (le 5C ou nutriscore)- va être mis en place sur base volontaire

Mais le gouvernement peut et doit aller plus loin encore.  

Concernant la régulation de la publicité, la France, pour le moment, s’en remet à l’EU pledge, cet accord non-contraignant signé par de grands noms de l’industrie agroalimentaire (Nestlé, Danone, Ferrero, Kellogg’s, Mondelez, Unilever, etc.) qui disent vouloir protéger les enfants et faire de la pub autrement… Mais le marketing ciblant les enfants prend de multiples formes. foodwatch a démontré que nombre de produits déséquilibrés au regard des critères de l’OMS font bel et bien l’objet d’un marketing offensif auprès des enfants. 

foodwatch milite donc pour que la France introduise une loi qui interdit le marketing pour les aliments et les boissons riches en matières grasses, sucre et sel ciblant les enfants de moins de 16 ans. Cette règlementation devrait se baser sur le modèle de profil nutritionnel mis au point par l’OMS. Ce tableau classe les aliments en fonction de leur composition nutritionnelle et détermine par catégories si le marketing à l’attention des enfants peut être autorisé ou non. Au vu de ces critères, il serait interdit de faire du marketing pour les boissons et aliments contenant des sucres ajoutés, pour les céréales dépassant 15 grammes de sucre par 100 grammes de produit, ou les compotes contenant plus de 10 grammes de sucre par 100 grammes par exemple. On en est malheureusement encore loin. 

 
Malbouffe et marketing ciblant les enfants : il est temps d'agir !