Contamination des produits infantiles à la salmonelle : le scandale de trop

Le problème

L’affaire Lactalis a éclaté le 2 décembre 2017. Le Ministère de la Santé annonce alors un chiffre alarmant : 20 nourrissons âgés de moins de 6 mois ayant consommé des produits Lactalis sont atteints de salmonellose dans huit régions de France. Quelques jours plus tard, foodwatch souligne que l’usine de Craon (Mayenne) d’où est parti le scandale Lactalis, avait déjà été épinglée en 2005 pour une contamination à la salmonelle qui avait rendu malades plus de 140 nourrissons. A l’époque, l’usine était exploitée par la société Célia mais elle a été rachetée en 2006 par Lactalis. Selon l’Institut Pasteur, la même souche de salmonelle est responsable de l’épidémie de salmonellose douze ans plus tard.

La situation actuelle

L’affaire a toutes les allures d’un mauvais feuilleton : des zones d’ombre persistantes sur ce qui s’est passé entre 2005 et 2017, des rappels au compte-goutte en décembre 2017, des produits dangereux toujours en vente en janvier 2018 malgré les rappels, le PDG de Lactalis qui finit par admettre que des bébés ont pu avoir consommé du lait contaminé avant 2017 et des acteurs qui se renvoient la balle sans assumer leur responsabilité.

Le nombre de victimes ayant consommé des produits contaminés par la Salmonella Agona est aujourd’hui bien plus important que celui annoncé en décembre 2017, et l’affaire a pris une ampleur mondiale – début février 2018, la liste s’allonge à 86 pays concernés. Des consommateurs∙rices ont été trompés, des enfants ont été mis en danger, et certains d’entre eux ont été atteints dans leur intégrité physique.

Le premier responsable dans cette affaire est évidemment Lactalis, entreprise opaque qui pratique le culte du secret. Mais dans ce scandale, les dysfonctionnements et défaillances concernent tout le système et tous les acteurs : producteurs, distributeurs, laboratoires, et bien sûr aussi les autorités publiques, qui sont in fine responsables de la protection des citoyens et des consommateurs. Ces différents acteurs ont tous manqué à leurs obligations légales en matière de prévention des risques sanitaires, mais aussi dans la gestion particulièrement défaillante de cette crise alimentaire majeure.

Les revendications de foodwatch

Chaque nouveau scandale – viande de cheval, œufs au fipronil et maintenant lait contaminé – démontre un peu plus l’inefficacité de notre système actuel à nous protéger de fraudes et des dangers sanitaires liés à notre alimentation.  Si le cadre juridique en Europe et en France pour prévenir les fraudes et les scandales alimentaires doit être renforcé, il existe déjà de nombreux textes qui définissent clairement les obligations des différents acteurs, à toutes les étapes de la chaîne de production, transformation et distribution, mais qui n’ont pas été respectées dans cette affaire. 

Pour foodwatch, il est donc essentiel de :

  • S’assurer que les règlementations existantes en matière de prévention et de gestion des crises alimentaires soient appliquées et respectées ;
  • Renforcer le cadre règlementaire existant en matière de prévention et de gestion des crises alimentaires ;
  • Revoir le régime de sanctions actuel pour appliquer des sanctions exemplaires et dissuasives. 

De plus, il est nécessaire qu’il y ait beaucoup plus de transparence sur les contrôles, les mesures prises, les manquements, dans la prévention et la gestion de scandales alimentaires comme l’affaire Lactalis. Tous les acteurs concernés doivent rendre des comptes.

L’opacité et l’impunité, ça suffit !

foodwatch a porté plainte le 14 février 2018 pour 12 infractions qui engagent la responsabilité de quatre acteurs. Pour en savoir plus sur la plainte et les recommandations de foodwatch, consultez notre rapport "Affaire du lait contaminé Lactalis : foodwatch porte plainte et accuse".

Dernière modification le 05/03/2018
 
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