Aspartame : quels risques pour la santé ?
L’aspartame est aujourd’hui l’un des édulcorants les plus utilisés au monde. Présenté comme une alternative “saine” au sucre, cet additif fait pourtant l’objet de polémiques, de controverses scientifiques et de fortes pressions de l’industrie agroalimentaire. Dans quels produits le retrouve-t-on ? Pourquoi est-il autant utilisé ? Quels risques pour la santé ? Comment agir pour le faire interdire ? foodwatch revient sur les différentes facettes de l’additif E951.
L’aspartame est aujourd’hui l’un des édulcorants les plus utilisés au monde. Présenté comme une alternative “saine” au sucre, cet additif fait pourtant l’objet de polémiques, de controverses scientifiques et de fortes pressions de l’industrie agroalimentaire. Dans quels produits le retrouve-t-on ? Pourquoi est-il autant utilisé ? Quels risques pour la santé ? Comment agir pour le faire interdire ? foodwatch revient sur les différentes facettes de l’additif E951.
- Pourquoi l’industrie agroalimentaire utilise-t-elle de l’aspartame ?
- Aspartame : des alertes scientifiques qui s’accumulent
- Cancer, problèmes cardiovasculaires, diabète : une liste de risques qui s’allonge
- Une réévaluation de l’autorisation de l’aspartame sous controverse
- Dans quels produits trouve-t-on de l’aspartame ?
- Comment repérer l’aspartame sur les étiquettes ?
- Consommation d’aspartame : l’urgence d’agir
Pourquoi l’industrie agroalimentaire utilise-t-elle de l’aspartame ?
Le sucre est pointé du doigt – à juste titre – comme l’un des principaux facteurs de risque de surpoids, d’obésité, de diabète ou encore de maladies cardiovasculaires. Les consommatrices et consommateurs cherchent donc à le réduire, tandis que les industriels, pour le remplacer sans perdre l’avantage de l’addiction au goût sucré, utilisent des édulcorants.
C'est quoi le problème avec le sucre dans notre alimentation ?
L’aspartame est d’autant plus intéressant pour les industriels qu’il est environ 200 fois plus sucrant que le saccharose : une toute petite quantité suffit donc à donner un goût sucré intense. Il leur permet donc de maintenir le goût sucré de notre alimentation en faisant croire aux consommateur·rices qu’ils évitent le sucre et donc qu’ils arrivent à contrôler leur poids.
La vérité est bien plus nuancée. L’aspartame ne permet pas de contrôler son poids et est accusé de maintenir l’addiction au goût sucré. En bref, les édulcorants comme l’aspartame vous évitent de manger du sucre dans un produit mais peuvent vous inciter à en trouver dans d’autres produits. En dehors donc des personnes diabétiques, leur consommation n’a pas grand intérêt.
De plus, l’utilisation massive de l’aspartame permet aux fabricants de réduire les taxes sur le sucre et de maintenir un goût sucré qu’ils ont imposé dans l’alimentation ces dernières décennies, sans diminuer l’attrait commercial de leurs produits. Heureusement, en 2025, sous l’impulsion de foodwatch le barème de la taxe soda a été renforcé sur les édulcorants afin de mieux prendre en compte leur pouvoir sucrant.
Aspartame : des alertes scientifiques qui s’accumulent
Si les industriels mettent en avant la réduction de sucre, le problème est que l’aspartame reste au cœur d’une controverse scientifique et sanitaire. En 2023, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC/IARC) l’a classé comme « possiblement cancérogène pour l’être humain ».
Plusieurs travaux, et en particulier ceux menés par l’Institut Ramazzini entre 2005 et 2007, avaient déjà montré que l’exposition à l’aspartame chez les animaux pouvait entraîner des cancers et d’autres effets biologiques, même à des doses inférieures à la Dose Journalière Admissible (DJA) actuellement en vigueur. L’étude épidémiologique de l’INSERM a mesuré des doses d’exposition problématique entre une demi et une canette de soda édulcoré par jour. Autrement dit, ce que les autorités jugent “sans danger” pourrait en fait présenter des risques.
Pourtant, ces études indépendantes ont été rejetées par le JECFA (Organisation mondiale de la Santé/FAO) en 2023, sous prétexte de “méthodologies non conformes”. De leur côté, les études financées par l’industrie, qui ne montraient pas de danger, ont été mises en avant. L’EFSA avait déjà suivi la même approche en 2009 et 2013, minimisant ou ignorant les signaux d’alerte. A l’inverse même du principe de précaution.
Le rapport Clean Washing Aspartame le rappelle : des recherches scientifiques indépendantes, souvent ignorées par les autorités, mettent en lumière une série de risques pour le cœur, le métabolisme, le microbiote intestinal et même le cerveau. Et la meilleure façon de comprendre ces dangers, c’est de regarder de près ce que disent ces études.
Cancer, problèmes cardiovasculaires, diabète : une liste de risques qui s’allonge
Quand on évoque l’aspartame, beaucoup pensent au risque de cancer. C’est vrai : depuis plus de 15 ans, des études ont montré des signaux préoccupants. Encore en 2025, de nouvelles études scientifiques ont relancé le débat sur la sécurité de cette édulcorant. Mais ce n’est que la partie visible de l’iceberg. En réalité, les inquiétudes liées aux impacts sur la santé de cet édulcorant vont bien plus loin et touchent plusieurs aspects fondamentaux de notre santé.
- Le cœur et la circulation sanguine sous surveillance
Mais le problème ne s’arrête pas au cancer. L’aspartame pourrait aussi avoir un impact sur notre système cardiovasculaire. Une étude épidémiologique française, menée dans le cadre de la cohorte Nutrinet-Santé et publiée dans le BMJ en 2022, a montré que la consommation régulière d’édulcorants artificiels, y compris l’aspartame, est associée à un risque accru de maladies cardiovasculaires, et même de certains accidents vasculaires cérébraux (AVC).
- Les effets sur le métabolisme et le diabète
Une année plus tard, une autre étude de la même cohorte (Debras et al., 2023, publiée dans PLOS Medicine) a montré que l’aspartame pouvait augmenter le risque de diabète de type 2 et provoquer des perturbations métaboliques liées au poids. Un sérieux bémol face à l’argument souvent avancé par l’industrie selon lequel l’aspartame aiderait à lutter contre l’obésité ou le diabète... Au contraire, il pourrait contribuer à des problèmes métaboliques sur le long terme.
- Le microbiote intestinal : un équilibre fragile face à cet additif
Le rapport souligne également que l’aspartame pourrait perturber notre microbiote intestinal, c’est-à-dire l’ensemble des bactéries et micro-organismes vivant dans notre intestin et jouant un rôle crucial pour la digestion et le système immunitaire (Ahmad et al., 2020).Modifier cet équilibre pourrait avoir des conséquences multiples sur la santé, même si ces effets sont encore en cours d’étude. C’est une nouvelle dimension du problème : l’aspartame ne se limite pas à ce que l’on mange, il pourrait influencer notre organisme de l’intérieur, à un niveau microscopique mais essentiel.
- Le cerveau et l’héritage épigénétique
Les études sur les animaux menées par Sharma et al. en 2023 montrent un autre effet préoccupant : l’exposition chronique à l’aspartame, à des doses pourtant inférieures à la DJA, entraîne des troubles de la mémoire et de l’apprentissage. Et plus inquiétant encore : ces effets se transmettent aux générations suivantes, laissant penser que l’aspartame pourrait provoquer des modifications épigénétiques, c’est-à-dire des changements dans l’expression des gènes qui ne touchent pas directement l’ADN mais peuvent affecter la santé des descendant·es.
Une réévaluation de l’autorisation de l’aspartame sous controverse
En 1994, l’Europe autorise l’aspartame sur l’ensemble de son marché commun et sur l’ensemble des produits alimentaires. En 2009, une nouvelle réglementation européenne (133/2008) sur les additifs alimentaires est mise en place. Elle oblige aussi à réévaluer l’ensemble des plus de 300 additifs autorisés avant 2020 afin qu’il soit basé sur les connaissances scientifiques les plus récentes. Au vu des décennies de controverses, l’aspartame est l’un des premiers à être réévalué.
De 1965 à aujourd’hui : retour sur l’histoire de l’aspartame
En 2011, l’EFSA commence donc le processus de réévaluation par une collecte et une analyse de la littérature scientifique existante, qu’elle soit indépendante ou financée par les entreprises. C’est en 2013 que l’évaluation de l’EFSA qui réautorise l’aspartame est rendue publique, soutenue par les lobbies de l’industrie alimentaire. Et en effet, ce dossier est un parfait exemple pour illustrer la façon dont les lobbies influencent les prises de décision politiques qui ont un impact direct sur notre alimentation.
Pour défendre l’aspartame, l’industrie s’est appuyée sur une stratégie d’influence globale, qui a consisté à multiplier les actions de lobbying auprès des responsables politiques et des agences de régulation, tout en menant des campagnes de communication pour convaincre le grand public que l’aspartame était sûr et bénéfique, notamment dans la lutte contre l’obésité.
Une étude de 2019 évaluant l’avis de l’EFSA pointe plusieurs lacunes, en particulier l’application de critères asymétriques : toutes les études montrant des risques ont été jugées « non fiables » et discréditées, tandis qu’une majorité d’études dites « rassurantes » – souvent financées par l’industrie – ont été considérées comme valides. Par ailleurs, le rapport ne couvrait pas tous les risques pour la santé identifiés et au global, l’approche de l’EFSA a manqué de transparence, puisque l’institution européenne n’a pas fourni de critères clairs sur ses choix.
Cerise sur le gâteau (édulcoré) : les conflits d’intérêt ! En effet, plusieurs expert·es dans les comités d’évaluation ayant rédigé l’avis entretenaient des liens directs avec l’industrie, ce qui a contribué à fragiliser l’impartialité des décisions.
Résultat : une évaluation biaisée en faveur de l’industrie, au détriment d’une analyse équilibrée et indépendante.
Dans quels produits trouve-t-on de l’aspartame ?
L’aspartame est aujourd’hui présent dans plus de 6 000 produits à travers l’Europe. Derrière cette efficacité apparente se cache une réalité beaucoup plus préoccupante : l’aspartame s’est progressivement imposé dans une multitude de produits de consommation courante, parfois sans que les consommateur·rices en aient conscience.
Cet édulcorant est particulièrement répandu dans les boissons sans sucre : Coca-Cola Zero, Pepsi Max, Sprite zero, boissons light, autant de produits qui sont même devenus des bestsellers de l’industrie des sodas.
Mais on le trouve dans de nombreux autres produits :
- Confiseries et chewing-gums : nombre de produits « sans sucre » en contiennent comme ceux de la marque Mentos.
- Produits laitiers aromatisés : certains yaourts et desserts allégés utilisent l’aspartame comme édulcorant – c’est le cas, par exemple, dles yaourts Yoplait 0%.
- Produits pour sportifs : pour avoir un gout sucré sans augmenter le nombre de calories, l’aspartame est utilisé dans certaines boissons, comme Poweraid (Coca-Cola) ou encore dans certains yaourts protéinés, comme la gamme Lindahls de Nestlé.
- Médicaments et compléments alimentaires : certaines formulations, notamment effervescentes ou à croquer, l’utilisent pour masquer l’amertume.
Comment repérer l’aspartame sur les étiquettes ?
Dès lors, la vigilance des consommateur·rices est essentielle : lire les étiquettes, identifier l’E951 et savoir où se cache l’aspartame deviennent des gestes indispensables pour celles et ceux qui souhaitent l’éviter.
Pour repérer la présence d’aspartame, il faut se tourner vers la liste des ingrédients. Il est généralement mentionné sous son nom ou sous son code additif : E951. Les fabricants sont également tenus d’ajouter la mention « contient une source de phénylalanine », obligatoire afin d’alerter les personnes atteintes de phénylcétonurie (PCU), une maladie génétique rare.
Pour autant, ce ne devrait pas être aux consommatrices et consommateurs de déterminer ce qui est potentiellement cancérogène ou non dans les produits qu’ils et elles achètent au supermarché : l’aspartame doit être banni des rayons une bonne fois pour toutes.
L’exemple du dioxyde de titane (E171)
Le cas du dioxyde de titane illustre parfaitement le cas d’un additif initialement autorisé, donc censé être sûr pour la santé, qui a finalement été interdit, à l’échelle française d’abord puis dans toute l’Europe. Le combat, porté notamment par foodwatch, aura été de (trop) longue haleine. Dès 2009, l’Agence française de sécurité sanitaire Afssa, devenue l’Anses, alertait sur la connaissance lacunaire de la toxicité par voie orale des nanoparticules dans l’alimentation. L’accumulation de preuves, notamment grâce aux travaux de l’INRAE, a finalement conduit la France à interdire l’usage du dioxyde de titane en 2020.
En 2019, foodwatch et d’autres ONG européennes ont exhorté la Commission et les Etats Membres à étendre la décision française. Mais les décideurs et décideuses politiques ont continué à s’abriter derrière le soi-disant doute scientifique et il aura fallu une nouvelle réévaluation par l’Efsa en 2021 pour suivre enfin la position française et interdire le dioxyde de titane dans toute l’Europe en 2022. Quelle perte d’un temps précieux au mépris du principe de précaution !
Pourtant, déjà en 2016, l’Efsa soulignait en effet un manque de données toxicologiques essentielles. Cet exemple illustre que la science réglementaire se doit d’être évolutive et réactive : ce qui est réputé sûr un jour, peut se révéler à risque le lendemain.
Consommation d’aspartame : l’urgence d’agir
Aujourd’hui, l’accumulation de preuves mettant en lumière les risques pour la santé liés à l’aspartame impose d’appliquer le principe de précaution : l’Union européenne doit retirer cet édulcorant de notre alimentation.
Pourtant, le rapport Clean Washing Aspartame montre une réalité bien différente : les intérêts économiques semblent parfois l’emporter sur la santé publique, et le principe de précaution n’est pas appliqué, alors qu’il est clairement énoncé dans les textes fondateurs de l’Europe : « si une politique ou une mesure présente un risque potentiel pour la population ou l’environnement et qu’il n’existe pas de consensus scientifique sur la question, cette politique ou cette mesure ne devrait pas être poursuivie ».
Le principe de précaution
Le principe de précaution est un principe fondateur de l'UE, consacré par l'article 191 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, qui permet aux décideuses et décideurs d'adopter des mesures réglementaires lorsque les preuves scientifiques concernant un danger pour l'environnement ou la santé humaine ne sont pas concluantes et que les conséquences négatives potentielles sont élevées. Dans ces cas, le principe de précaution permet aux autorités de prendre des mesures préventives, sans attendre des évaluations scientifiques complètes, pour prévenir des effets négatifs parfois irréversibles.
Aujourd’hui, l’aspartame est un enjeu majeur de santé publique : les alertes scientifiques qui continuent de s’accumuler et l’inutilité pour la plupart des consommateur·rices de cet édulcorant justifient largement une réévaluation urgente de son autorisation, conformément au principe de précaution. Notre mobilisation pour contrer ces stratégies d’influence de l’industrie alimentaire est essentielle pour montrer aux lobbies que nous ne nous laisserons pas faire et exiger des agences sanitaires sanitaires qu’elles jouent leur rôle.
Questions / Réponses sur l'aspartame
Qu'est-ce que l'aspartame? Quels risques pour la santé?
On a encore plein de sujets sur le feu : aidez-nous à continuer !
foodwatch est une association 100% indépendante qui refuse tout financement public ou dons d’entreprises. Ce sont donc vos dons qui garantissent notre liberté de parole et d’action pour enquêter, lancer l’alerte et faire bouger les choses. Ensemble, notre voix compte. Merci !