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Cadmium : un polluant omniprésent dans nos assiettes

Une « bombe sanitaire » : voilà comment des médecins et ONG décrivent le cadmium, un métal lourd toxique présent dans de nombreux produits alimentaires de notre quotidien. L’ANSES en Mars 2026 tire elle aussi la sonnette d’alarme sur la surexposition des français et françaises à ce métal lourd.    Comment se retrouve-t-il dans notre alimentation ? Pourquoi est-il dangereux ? Comment réduire son exposition à ce contaminant ? pourquoi les français.e.s sont-ils plus exposés que le reste de l’Europe ? Une Loi a été votée au parlement début Juin 2026 afin de réduire la contamination la source, elle doit maintenant être prise en compte par le gouvernement dans se décrets et voté au sénat pour nous protéger durablement.   

Le cadmium, un métal invisible mais tenace

Où retrouve-t-on le cadmium dans notre alimentation ?

Pourquoi le cadmium présente-t-il un danger pour la santé ?

L’exposition au cadmium en France : un problème sous-estimé

Comment réduire notre exposition au cadmium ?

Le cadmium, un métal invisible mais tenace

Le cadmium est un métal naturellement présent dans la croûte terrestre. En soi, il n’est pas nouveau, mais c’est l’activité humaine qui en a fait un polluant omniprésent. Les industries métallurgiques, la combustion du charbon ou du pétrole, et surtout l’agriculture intensive en sont les principales sources. 

Les engrais phosphatés, très utilisés pour nourrir les cultures, contiennent naturellement du cadmium, car ils sont fabriqués à partir de roches phosphatées souvent riches en métaux lourds. L’INRAE estime que ces engrais représentent 60 à 75 % des apports de cadmium dans les sols agricoles. 

Une fois incorporé à la terre, le cadmium est absorbé par les plantes, puis se retrouve dans les animaux qui les consomment, et au bout de la chaîne, dans nos assiettes. Ce métal lourd s’accumule lentement dans l’organisme, notamment dans les reins, sans possibilité d’élimination naturelle efficace. Autrement dit, chaque exposition, même faible, compte. 

Où retrouve-t-on le cadmium dans notre alimentation ?

D’après l’ANSES, le cadmium se concentre dans certaines familles d’aliments, selon leur capacité à l’absorber ou leur exposition à des ingrédients contaminés : 

  •  Crustacés et mollusques, sensibles à la pollution marine. 
  • Abats (foie, rognons), où le cadmium s’accumule naturellement. 
  • Biscuits, barres de céréales, chocolats, contaminés par leurs ingrédients de base : cacao et céréales. 
  • Algues alimentaires, qui concentrent les métaux présents dans l’eau de mer. 

Mais au-delà de ces produits, les aliments les plus contributeurs à l’exposition, simplement parce qu’on en consomme beaucoup, sont : 

  • Les produits à base de céréales (pain, pâtes, biscuits, céréales du petit-déjeuner).
  • Les légumes à feuilles comme les épinards ou la laitue.
  • Les pommes de terre et leurs dérivés. 
Nous ne pouvons plus tolérer que des métaux toxiques continuent de s’accumuler dans nos assiettes alors que des solutions existent. Il faut couper la contamination à la source en arrêtant l’usage de fertilisant sucontaminé au plus vite.
Camille Dorioz Responsable de campagnes Foodwatch France

Pourquoi le cadmium présente-t-il un danger pour la santé ?

Le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) classe le cadmium comme cancérogène certain pour l’être humain (catégorie 1A) depuis 2012. Même à faibles doses, une exposition prolongée peut avoir des conséquences graves sur la santé : 

  • Atteintes rénales irréversibles. 
  • Fragilité osseuse et risque accru d’ostéoporose.
  • Troubles pulmonaires et neurologiques.
  • Effets endocriniens et sur la fertilité.

À l’occasion de la Journée mondiale de l’Environnement, le 5 juin 2025, un collectif de médecins libéraux, soutenu par l’ONG Les Amis de la Terre, alertait sur la pollution de notre alimentation par le cadmium. Dans leur communiqué, ils parlent d’une véritable « bombe sanitaire » et pointent du doigt l’inaction politique face à un problème connu depuis des années. 

Santé Publique France a également signalé que le cadmium s’accumule dans le pancréas et pourrait jouer un rôle dans la hausse du cancer du pancréas, l’un des plus agressifs et des plus meurtriers.  

Son danger réside dans sa persistance : une fois présent dans le corps, il peut y rester plusieurs décennies, continuant à s’accumuler lentement. 

L’exposition au cadmium en France : un problème sous-estimé

Le tableau dressé par l'Anses en mars 2026 est sans appel : 

  • Près de la moitié de la population française (47,6 %) dépasse déjà le seuil d'imprégnation urinaire considéré comme critique. 
  • 100 % des enfants de 2 à 3 ans dépassent les valeurs de référence.
  • 59 % des 45-64 ans également, hors fumeurs. 

Et la tendance ne s’améliore pas : entre 2006 et 2016, les niveaux d’exposition ont même légèrement augmenté chez les adultes français. La dernière étude de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire) publié le 12 février 2026 ne se veut pas plus rassurante. Elle pointe qu’une partie non-négligeable de la population dépasse la dose journalière acceptable de cadmium. Pour les enfants, c’est un quart qui dépasse cette norme sanitaire (Etude de l’anses de 2026) et cela monte à plus d’un tiers des moins de 3 ans (étude spécifique de l’ANSES en 2026). 

Un constat qui n’est pas nouveau. Santé publique France en 2021 avait déjà constaté une surexposition de la population française. L’ANSES, elle recommandait à l’état d’agir sur les normes il y a déjà plus de 10 ans. Recommandation qui avait été alors ignorée. Pire, la France a demandé des dérogations à la norme européenne sur la contamination des engrais phosphaté de 50% (90mg/kg en France contre 60 en Europe). Cette décision politique pourrait expliquer les niveaux d’imprégnation de la population Française sont beaucoup plus élevés que dans les autres pays européens.

Comment réduire notre exposition au cadmium ?

À l’échelle agricole : agir à la source contre le cadmium présent dans les sols

La première étape pour agir face à cette contamination généralisée consiste à réduire la teneur en cadmium dans les engrais phosphatés. 

L’Union européenne a fixé en 2022 une limite maximale de 60 mg de cadmium par kilo de phosphate (P₂O₅). Mais plusieurs pays, comme la Finlande ou le Danemark, appliquent déjà des seuils plus stricts (20 à 48 mg/kg). 

En France, le plafond est fixé de manière dérogatoire à 90 mg/kg (+50%), malgré les recommandations de l’Anses, qui préconisait une diminution progressive de 60 à 20 mg/kg à terme, en cohérence avec l’offre mondiale d’engrais “propres”. Selon les médecins et les ONG, cet écart entre les recommandations sanitaires et la réglementation illustre une inertie politique préoccupante.

Depuis l’alerte sans équivoque de l’ANSES ; des médecins et des potentiel lien avec la sur incidences des cancers du pancréas en France, le ministère de l’agriculture a réagi en proposant une (trop) lente mis en place de la norme : « de 90 mg/kg de cadmium à 60 en 2027, puis 40 en 2030 et 20 mg/kg » éventuellement avant 2038 ». 

La décontamination des sols prendra des décennies. Parmi les pistes envisagées, les recherches explorent la possibilité d’une sélection de cultures moins accumulatrices de cadmium ou la phytoextraction, une dépollution des sols grâce à des plantes dont les racines seraient capables de fixer le cadmium, ou encore l’ajout d’amendements organiques (agricoles par exemple) qui le fixent dans la terre pour limiter son passage aux plantes. 

Enfin, l’agriculture biologique, qui n’utilise pas d’engrais phosphatés de synthèse et très peu roche phosphaté en engrais minéral, offre déjà une alternative concrète : une vaste méta-analyse de 343 publications scientifiques publiée en 2014 par un groupe d’autrices et d’auteurs internationaux (dont l’INRAE) a montré que les produits bio contiennent en moyenne 48 % de cadmium en moins que les produits issus de l’agriculture conventionnelle. 

Une première victoire a été gagnée. À l’Assemblée nationale, le 3 juin à 23h55, sous l’impulsion des députés de gauche, avec le soutien du centre et l’opposition de la droite, les députés ont finalement voté une loi sur la contamination au cadmium. Elle propose un calendrier bien plus ambitieux, avec un seuil de 40 mg/kg dès 2027 et de 20 mg/kg en 2030. Cela dit, la loi doit encore être votée par le Sénat pour être appliquée. Le gouvernement peut aussi prendre en compte ce vote en modifiant les décrets qu’il avait proposés fin mai, qui prévoyaient un délai jusqu’en 2038.

À l’échelle des consommateur·rices : limiter l’exposition au cadmium sans paniquer 

Même si la majorité des leviers et de la responsabilité se situent au niveau des pratiques agricoles et des normes, chaque consommateurs et consommatrice peut essayer de réduire son exposition par ces quelques actions en attendant les normes et la réduction de la contamination de nos sols : 

  • Limiter la consommation d’aliments très contaminés : abats, fruits de mer, chocolat et biscuits industriels. 
  • Diversifier son alimentation : éviter la répétition des mêmes sources d’exposition. 
  • Privilégier le bio et le local, issus de sols moins chargés en métaux lourds. 
  • Éviter de fumer, car le tabac est une source majeure de cadmium. 

En mars 2025, l’anses recommande manger moins les produits à base de blé sucrés et salés, remplacer les pâtes par des légumineuses comme des lentilles par exemple. Car les céréales sans être contaminés à de haut niveau participent à une exposition par accumulation vu la fréquence avec laquelle nous en consommons.  

Si le cadmium ne date pas d’hier, les alertes sur les risques sanitaires qu’il présente se font de plus en plus pressantes. Malgré les données de l’Anses et de Santé Publique France, la France refuse encore d’agir, alors que les solutions sont identifiées et à portée de main : en agissant sur les engrais, en soutenant des pratiques agricoles propres et en informant les consommateur·rices. 

Réduire ce polluant est impératif, sans quoi la “bombe sanitaire” dénoncée par les médecins et les ONG risque de continuer à se charger, lentement, mais sûrement, dans nos sols… et dans nos corps. 

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