Cadmium : un polluant omniprésent dans nos assiettes
Une « bombe sanitaire » : voilà comment des médecins et ONG décrivent le cadmium, un métal lourd toxique présent dans de nombreux produits alimentaires de notre quotidien. Comment se retrouve-t-il dans notre alimentation ? Pourquoi est-il dangereux ? Comment réduire son exposition à ce contaminant ? foodwatch s’est penché sur le sujet et vous partage son analyse.
Le cadmium, un métal invisible mais tenace
Où retrouve-t-on le cadmium dans notre alimentation ?
Pourquoi le cadmium présente-t-il un danger pour la santé ?
Le cadmium, un métal invisible mais tenace
Le cadmium est un métal naturellement présent dans la croûte terrestre. En soi, il n’est pas nouveau, mais c’est l’activité humaine qui en a fait un polluant omniprésent. Les industries métallurgiques, la combustion du charbon ou du pétrole, et surtout l’agriculture intensive en sont les principales sources.
Les engrais phosphatés, très utilisés pour nourrir les cultures, contiennent naturellement du cadmium, car ils sont fabriqués à partir de roches phosphatées souvent riches en métaux lourds. L’INRAE estime que ces engrais représentent 60 à 75 % des apports de cadmium dans les sols agricoles.
Une fois incorporé à la terre, le cadmium est absorbé par les plantes, puis se retrouve dans les animaux qui les consomment, et au bout de la chaîne, dans nos assiettes. Ce métal lourd s’accumule lentement dans l’organisme, notamment dans les reins, sans possibilité d’élimination naturelle efficace. Autrement dit, chaque exposition, même faible, compte.
Où retrouve-t-on le cadmium dans notre alimentation ?
D’après l’ANSES, le cadmium se concentre dans certaines familles d’aliments, selon leur capacité à l’absorber ou leur exposition à des ingrédients contaminés :
- Crustacés et mollusques, sensibles à la pollution marine.
- Abats (foie, rognons), où le cadmium s’accumule naturellement.
- Biscuits, barres de céréales, chocolats, contaminés par leurs ingrédients de base : cacao et céréales.
- Algues alimentaires, qui concentrent les métaux présents dans l’eau de mer.
Mais au-delà de ces produits, les aliments les plus contributeurs à l’exposition, simplement parce qu’on en consomme beaucoup, sont :
- Les produits à base de céréales (pain, pâtes, biscuits, céréales du petit-déjeuner).
- Les légumes à feuilles comme les épinards ou la laitue.
- Les pommes de terre et leurs dérivés.
Nous ne pouvons plus tolérer que des métaux toxiques continuent de s’accumuler dans nos assiettes alors que des solutions existent. Il faut couper la contamination à la source en arrêtant l’usage de fertilisant contaminé.Responsable de campagnes Foodwatch France
Pourquoi le cadmium présente-t-il un danger pour la santé ?
Le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) classe le cadmium comme cancérogène certain pour l’être humain (catégorie 1A) depuis 2012. Même à faibles doses, une exposition prolongée peut avoir des conséquences graves sur la santé :
- Atteintes rénales irréversibles.
- Fragilité osseuse et risque accru d’ostéoporose.
- Troubles pulmonaires et neurologiques.
- Effets endocriniens et sur la fertilité.
À l’occasion de la Journée mondiale de l’Environnement, le 5 juin 2025, un collectif de médecins libéraux, soutenu par l’ONG Les Amis de la Terre, alertait sur la pollution de notre alimentation par le cadmium. Dans leur communiqué, ils parlent d’une véritable « bombe sanitaire » et pointent du doigt l’inaction politique face à un problème connu depuis des années.
Santé Publique France a également signalé que le cadmium s’accumule dans le pancréas et pourrait jouer un rôle dans la hausse du cancer du pancréas, l’un des plus agressifs et les plus meurtriers.
Son danger réside dans sa persistance : une fois présent dans le corps, il peut y rester plusieurs décennies, continuant à s’accumuler lentement.
L’exposition au cadmium en France : un problème sous-estimé
Les données françaises sont particulièrement préoccupantes. Selon l’étude Esteban de Santé Publique France (2021) :
- Près de 48 % des adultes dépassent la concentration critique en cadmium urinaire pour les effets osseux.
- Jusqu’à 36 % des jeunes enfants dépassent la dose journalière tolérable. Chez les enfants la consommation de céréales au petit déjeuner augmente les niveaux d'imprégnation par le cadmium.
- Les enfants français présentent des niveaux quatre fois plus élevés que ceux mesurés en Allemagne.
Et la tendance ne s’améliore pas : entre 2006 et 2016, les niveaux d’exposition ont même légèrement augmenté chez les adultes français. La dernière étude de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire) publié le 12 février 2026 ne se veut pas plus rassurante. Elle pointe qu’une partie non-négligeable de la population dépasse la dose journalière acceptable de cadmium. Pour les enfants, c’est un quart qui dépasse cette norme sanitaire (Etude de l’anses de 2026) et cela monte à plus d’un tiers des moins de 3 ans (étude spécifique de l’ANSES en 2026).
Les niveaux d’imprégnation de la population Française sont beaucoup plus élevés que dans les autres pays européens, pointant la nécessité d’une action rapide et spécifique en France. Cette surimprégnation pourrait s’expliquer par l’utilisation d’engrais phosphatés importés du Maroc, particulièrement riches en cadmium.
Comment réduire notre exposition au cadmium ?
À l’échelle agricole : agir à la source contre le cadmium présent dans les sols
La première étape pour agir face à cette contamination généralisée consiste à réduire la teneur en cadmium dans les engrais phosphatés.
L’Union européenne a fixé en 2022 une limite maximale de 60 mg de cadmium par kilo de phosphate (P₂O₅). Mais plusieurs pays, comme la Finlande ou le Danemark, appliquent déjà des seuils plus stricts (20 à 48 mg/kg).
En France, le plafond reste fixé à 60 mg/kg, malgré les recommandations de l’Anses, qui préconisait une diminution progressive de 60 à 20 mg/kg à terme, en cohérence avec l’offre mondiale d’engrais “propres”. Selon les médecins et les ONG, cet écart entre les recommandations sanitaires et la réglementation illustre une inertie politique préoccupante.
La décontamination des sols prendra des décennies. Parmi les pistes envisagées, es recherches explorent la possibilité d’une sélection de cultures moins accumulatrices de cadmium ou la phytoextraction, une dépollution des sols grâce à des plantes dont les racines seraient capables de fixer le cadmium, ou encore l’ajout d’amendements organiques (agricles par exemple) qui le fixent dans la terre pour limiter son passage aux plantes.
Enfin, l’agriculture biologique, qui n’utilise pas d’engrais phosphatés de synthèse, offre déjà une alternative concrète : une vaste méta-analyse de 343 publications scientifiques publiée en 2014 par un groupe d’autrices et d’auteurs internationaux (dont l’INRAE) a montré que les produits bio contiennent en moyenne 48 % de cadmium en moins que les produits issus de l’agriculture conventionnelle.
À l’échelle des consommateur·rices : limiter l’exposition au cadmium sans paniquer
Même si la majorité des leviers se situent au niveau des pratiques agricoles, chaque peut contribuer à réduire son exposition par ces quelques actions :
- Limiter la consommation d’aliments très contaminés : abats, fruits de mer, chocolat et biscuits industriels.
- Diversifier son alimentation : éviter la répétition des mêmes sources d’exposition.
- Privilégier le bio et le local, issus de sols moins chargés en métaux lourds.
- Éviter de fumer, car le tabac est une source majeure de cadmium.
Si le cadmium ne date pas d’hier, les alertes sur les risques sanitaires qu’il présente se font de plus en plus pressantes. Malgré les données de l’Anses et de Santé Publique France, la France refuse encore d’agir, alors que les solutions sont identifiées et à portée de main : en agissant sur les engrais, en soutenant des pratiques agricoles propres et en informant les consommateur·rices.
Réduire ce polluant est impératif, sans quoi la “bombe sanitaire” dénoncée par les médecins et les ONG risque de continuer à se charger, lentement, mais sûrement, dans nos sols… et dans nos corps.
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