Pouvoir d’achat : 100 produits alimentaires du quotidien, bons pour la santé, à prix coûtant, c’est possible !
foodwatch, Familles rurales et le Secours Catholique ont mis sur la table une mesure urgente et concrète pour contribuer à une alimentation saine, durable, choisie et abordable pour toutes et tous : une liste de 100 produits alimentaires prioritaires, bons pour la santé et vendus à prix coûtant dans les supermarchés, qui y sont obligés légalement. Manger sainement, comme le recommandent les autorités de santé, est devenu un luxe pour de plus en plus de personnes. C’est pour mettre fin à cette injustice que nos associations lancent un appel commun et interpellent le Ministre de l’Economie et de la Consommation dans une pétition, avec un objectif clair : contribuer à rendre plus accessibles les produits qui devraient être la base d’une alimentation bonne pour la santé.
100 produits alimentaires prioritaires, bons pour la santé : une mesure urgente, concrète et juste
Trop de consommateurs et consommatrices n’ont pas accès aux produits recommandés par le Programme National Nutrition Santé (PNNS 4), développé par des expert·es en santé publique pour favoriser une alimentation saine. Manger 5 fruits et légumes par jour, consommer des céréales complètes ou privilégier des aliments issus de l’agriculture biologique, c’est mission impossible pour beaucoup trop de personnes au quotidien.
C’est pour contribuer à remédier en partie à cette situation inacceptable que Familles Rurales, foodwatch et le Secours Catholique exigent une obligation légale pour imposer à la grande distribution de vendre à prix coûtant 100 produits prioritaires basés sur les recommandations du PNNS. Cette mesure doit s’appliquer sur tout le territoire, y compris en Outre-mer et ne doit en aucun cas avoir une incidence négative sur les prix d’achats des productions des agricultrices et agriculteurs. Le « prix coûtant » s’entend comme l’équivalent du seuil de revente à perte (SRP).
Plus largement, le droit à accéder à une alimentation saine, choisie, durable, à prix abordable pour toutes et tous et à prix juste pour les agriculteurs et agricultrices est très loin d’être respecté. Une personne sur trois en France (29 %) déclare devoir sauter un repas et beaucoup n’ont pas accès aux produits recommandés par le Programme National Nutrition Santé (PNNS). Pendant ce temps, les maladies liées à une mauvaise alimentation explosent (diabète, maladies cardio-vasculaires, cancers…) et pèsent des milliards sur notre économie et nos systèmes de santé.
Comment cette liste de 100 produits a-t-elle été composée et que contient-elle ?
Les recommandations du PNNS sont réparties en trois groupes : « à augmenter », « aller vers » et « réduire ». La liste comprend d’abord les produits que les recommandations nutritionnelles encouragent « à augmenter » : des fruits et légumes frais de saison, des conserves ou surgelés de fruits / légumes non-transformés, des fruits à coque (noix, noisettes, amandes et pistaches non salées, etc.) et des légumineuses (lentilles, pois chiche par exemple). Les conserves ont été ajoutées notamment pour les personnes n’étant pas en mesure de cuisiner, par exemple par manque d’équipement. Ces conserves, comme les produits surgelés, doivent être brutes et non cuisinés.
Le groupe « à augmenter » recommande également de privilégier le « fait maison », pour lequel il est nécessaire tout à la fois de disposer de temps, d’équipement, etc. mais aussi d’ingrédients le facilitant. La liste comprend pour cela du vinaigre sans sucre ajouté, du poivre, du beurre, des épices et du sucre, permettant notamment de maîtriser les quantités de sucre ajouté dans les recettes et d’acheter moins de produits industriels transformés et ultra-transformés qui en contiennent souvent trop, ainsi que du miel, une alternative au sucre. Cette catégorie n’a pas vocation à être exhaustive, mais à proposer quelques produits de base.
Pour répondre aux recommandations du groupe « aller vers », la liste propose des produits laitiers (yaourt nature sans sucre, ou lait ou fromages AOP par exemple), choisis pour limiter les pourcentages de matière grasse et de sucre tout en maintenant l’apport en calcium. On trouve aussi dans la liste des huiles (olive, colza, noix, privilégiées par le PNNS) et des féculents (pâte, riz, farine, diverses céréales) dont des produits semi-complets ou complets. Les féculents complets sont beaucoup plus riches en fibres que les produits raffinés (comme le pain blanc par exemple…) - Les pains aux céréales, les pâtes semi-complètes ou le riz semi-complet sont également de bonnes alternatives aux produits raffinés.
Pour ce groupe, sur la base de la recommandation du PNNS de consommer 2 poissons par semaine, deux poissons et un fruit de mer de type « pêche du jour » ont été inclus, péchés proches des côtés européennes, en excluant les espèces les plus à risque pour la santé et/ ou pour l’environnement, donc notamment le thon, le saumon et la crevette. La liste finale devra prendre au maximum en compte le travail des expert·es de santé, des expert·es des océans et de la pêche et les acteurs de la petite pêche côtière française à valoriser.
La liste contient aussi des boissons chaudes (thé, café, infusion), qui selon le PNNS, lorsqu’elles ne sont pas sucrées, peuvent contribuer à l’apport en eau. Des œufs et des pommes de terre ont été ajoutés à la liste, considérés par nos associations comme des aliments de grande consommation. Ces aliments ne font pas l’objet d’une recommandation spécifique dans le PNNS car aucun argument scientifique ne permet d’établir un repère ou une limite de consommation particulière. Ils peuvent néanmoins être consommés dans la mesure où cette consommation n’entrave pas l’atteinte des autres repères de consommation.
Enfin, on trouve dans la liste des produits pour bébé (purées de fruits et légumes sans sucre ajoutés) pour aider les parents à accompagner la diversification alimentaire des 0-3 ans notamment pour ceux et celles qui ont des contraintes pour cuisiner. Pour celles qui ne peuvent pas ou plus allaiter – et ne peuvent donc suivre la recommandation d’allaitement exclusif pour les 6 premiers mois des bébés, la liste prévoit des laits infantiles (lait de croissance sans sucre ni arôme ajoutés).
La liste contient bien sûr une proportion significative d’aliments biologiques, nécessaires pour toutes les catégories alimentaires. La liste vise aussi à valoriser au maximum des produits d’origine française. Pour certaines catégories, notamment les fruits et les légumes, les distributeurs devront communiquer l’origine des produits.
La liste exigée à prix coûtant ne propose pas de produits du groupe « à réduire » dont la consommation excessive peut nuire à la santé. Dans cette catégorie, on trouve notamment la viande et la charcuterie, les produits avec un Nutri-Score D ou E (à l’exception des fromages), l’alcool, le sel et les produits salés, les produits gras, sucrés, ultra-transformés, et les boissons sucrées.
Cette liste est donc composée de 100 produits alimentaires, répartis en grandes familles de produits, sur la base des recommandations de santé publique. Cette liste est une liste de produits prioritaires choisis en raison de leur composition nutritionnelle, en respectant les recommandations du PNNS et n’a en aucun cas la prétention de constituer un “panier” complet répondant à l’ensemble des besoins.
Pour une alimentation saine, accessible et juste : un droit fondamental à respecter, pas une faveur faite pour la santé
Cette mesure à prix coûtant répond à un impératif de santé publique. Nos associations dénoncent depuis fin 2023 l’opacité de la formation des prix des aliments et les marges abusives sur des produits essentiels pour la santé, comme les fruits et légumes. Elles demandent la transparence sur la construction des prix de notre alimentation et des mesures claires et efficaces pour empêcher l’explosion de ces marges extravagantes sur les produits alimentaires essentiels, sains et durables.
C’est aux autorités publiques de faire enfin respecter le droit à une alimentation saine, choisie et de rendre accessibles les recommandations officielles de santé publique. L’État doit garantir l’accès à une alimentation équilibrée, durable et abordable, pas seulement publier des « recommandations ». Ce droit fondamental ne peut plus dépendre du portefeuille de chacune et chacun : les produits les plus sains ne peuvent pas être les plus chers, tout le monde doit y avoir accès.Chargée de campagnes foodwatch France
Nos trois associations interpellent Roland Lescure, ministre de l’Économie, et Serge Papin, ministre de la Consommation, pour que cette mesure devienne une obligation légale pour la grande distribution.
Cette enquête est rendue possible grâce à vos dons : aidez-nous à continuer.
foodwatch est une association 100% indépendante qui refuse tout financement public ou dons d’entreprises qui pourraient présenter le moindre conflit d’intérêt. Ce sont donc vos dons qui garantissent notre liberté de parole et d’action pour enquêter, lancer l’alerte et faire bouger les choses. Ensemble, notre voix compte.
Les multiples alertes et enquêtes lancées par nos associations ont démontré à maintes reprises l’inefficacité des engagements volontaires. C’est bien simple : les industriels et les distributeurs ne jouent pas le jeu, on ne peut pas leur faire confiance.
En 2023, alors que le gouvernement proposait un panier de produits encadrés, pour lutter contre l’inflation, les ministres ont cédé à la pression des distributeurs de mettre en place des paniers selon leurs propres critères, plutôt que sous la houlette d’une obligation. Résultat : des paniers sans critères nutritionnels, et au bon vouloir des enseignes de la grande distribution.
Pouvoir manger des aliments bons pour la santé ne doit plus être un luxe. Face au poids des géants de la distribution qui contrôlent une grande partie du marché alimentaire et à l’opacité qu’ils pratiquent sur les prix, c’est aux autorités publiques d’imposer des règles pour rendre accessibles au plus grand nombre les produits recommandés par les experts de santé publique.
Inflation, coûts cachés, précarité, santé : un système alimentaire à la dérive
foodwatch décrypte pour vous les rouages d’un système qui marche sur la tête et les actions à mener pour enfin défendre le droit de toutes et tous à une alimentation saine, durable, choisie et abordable.