Thés, riz, épices : des tests en laboratoire révèlent la présence de résidus de pesticides interdits dans notre alimentation
En mars 2026, foodwatch a fait tester en laboratoire indépendant plusieurs produits alimentaires du quotidien. Résultats : des pesticides pourtant interdits en France et en Europe, parce que dangereux pour la santé et l’environnement, ont été retrouvés dans des riz (Carrefour, Leader Price, Taureau Ailé), des thés (Carrefour, Leader price, Lipton, Monoprix, Twinings) et des épices (Albert Ménès, Ducros, Intermarché) vendus en supermarché.
4 pays, 64 produits testés et 53 pesticides différents identifiés : voilà en quelques chiffres l’enquête que foodwatch a mené en France, en Allemagne, en Autriche et aux Pays-Bas, à hauteur de consommateur. Plusieurs des résidus identifiés sont des pesticides interdits dans l’Union européenne, car ils présentent des risques pour la santé et l’environnement. Pourtant, ces pesticides interdits reviennent sous la forme de résidus dans les produits importés que nous mangeons au quotidien.
Erratum sur des données relatives à des produits allemands et néerlandais - mise à jour le 8 juillet 2026
Le laboratoire d'analyse indépendant et accrédité, mandaté par foodwatch, a détecté un total 54 substances actives de pesticides dans des riz, thés et épices testés, dont certaines sont interdites d'usage en Europe. Selon le laboratoire, une erreur d'interprétation a été commise concernant l'un de ces pesticides : les chiffres relatifs au flamprop étaient erronés. Les produits concernés sont les cumins des marques Kania et Fuchs en Allemagne, ainsi que le cumin de la marque Albert Heinj aux Pays-Bas. Cela ne change pas la conclusion de notre enquête. Tous les autres chiffres sont corrects. Nous avons corrigé les informations concernant le flamprop.
Principaux résultats :
- Sur 64 produits testés en Europe, 49 présentent des résidus de pesticides.
- Sur 53 pesticides identifiés, 26 sont interdits en Europe.
- Sur 15 produits français testés, 13 présentent des résidus de pesticides dont 12 avec des résidus de pesticides interdits.
- Toutes les épices et tous les thés testés sont contaminés.
- Les résidus de pesticides non autorisés les plus fréquemment détectés sont : des insecticides tels que le chlorfénapyr, la bifenthrine, le spirotétramat, les trois néonicotinoïdes que sont la clothianidine, le thiaméthoxame et l'imidaclopride, ainsi que l'isoprothiolane, un fongicide utilisé pour le riz.
- Jusqu’à 22 résidus de pesticides différents ont été détectés sur un même produit. Par exemple, les échantillons de paprika en poudre présentent de 7 à 22 pesticides différents.
- Parmi les produits français testés, 2 produits dépassent la limite maximale de résidus autorisés et doivent donc être rappelés : le paprika doux moulu Ducros et le riz Le Thaï de la marque Taureau Ailé.
1. Les épices
![]() | Paprika doux moulu DucrosNuméro de lot : 601912350
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![]() | Paprika doux moulu Bouton d'or (Intermarché)Numéro de lot : L26034
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![]() | Curry vert thaï Albert MenesNuméro de lot : 35025
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![]() | Cumin entier Albert MenesNuméro de lot : L01926
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![]() | Cumin moulu DucrosNuméro de lot : 533620609
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2. Les riz
![]() | Riz basmati Leader priceNuméro de lot : N0163
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![]() | Riz Basmati Long Carrefour extraNuméro de lot : 5125
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![]() | Riz long grain MonoprixNuméro de lot : 4
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![]() | Le Thaï - Taureau AiléNuméro de lot : 0506251BN-B
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![]() | Vermicelles de riz Suzi WanNuméro de lot : 539A92TW01
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3. Les thés
![]() | Gunpowder thé vert nature TwiningsNuméro de lot : PL0000123963-302
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![]() | Thé vert menthe Carrefour sensationNuméro de lot : OF110894505053312
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![]() | Thé vert de Chine à la menthe Leader priceNuméro de lot : OF101927504950851
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![]() | Thé vert MonoprixNuméro de lot : OF110969503653312
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![]() | Thé vert à la menthe LiptonNuméro de lot : L60222I201
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Méthodologie d’enquête : des produits du quotidien analysés par un laboratoire accrédité dans une démarche transparente
L’objectif de cette enquête a été de mettre la lumière sur une réalité que foodwatch dénonce depuis plusieurs années : des pesticides interdits en Europe sont exportés et reviennent dans les assiettes des consommatrices et consommateurs européens : c’est ce que nous appelons l’ “effet boomerang”. Pour cela, l’enquête s’est basée sur trois catégories de produits largement consommés en Europe :
- Le riz, aliment de base la plupart du temps importé,
- Le thé, souvent issu de cultures intensives hors UE,
- Les épices, particulièrement exposées aux résidus de pesticides.
Ces catégories ont été choisies sur la base d'une analyse des données de surveillance de l'Efsa de 2024 concernant les résidus de pesticides, qui indiquent que ces produits alimentaires comptent parmi les plus contaminés par des résidus de pesticides non autorisés, sans transparence sur les marques concernées. Les catégories sélectionnées correspondent également à des produits qui, pour la plupart, ne sont pas cultivés au sein de l'UE et qui sont principalement mis à la disposition des consommatrices et consommateurs par le biais d'importations, ce qui les rend particulièrement pertinents pour évaluer l'exposition aux résidus issus de pratiques agricoles hors UE. Enfin, ces produits ont été achetés dans les pays européens où opère foodwatch - en France, en Allemagne, en Autriche et aux Pays-Bas, afin de refléter des habitudes de consommation courantes et variées.
Les échantillons ont été sélectionnés selon un protocole normalisé et documenté afin de garantir la traçabilité, la reproductibilité et la validité juridique des résultats :
- Sélection des produits selon des critères prédéfinis ;
- Achat de deux unités identiques par produit (même lieu, même numéro de lot, même date et heures de fabrication très proches) ;
- Enregistrement et documentation des informations suivantes pour chaque produit : nom et marque, format de l'emballage, numéro de lot, date de péremption, nom et adresse du détaillant, date et heure d'achat, photo du produit.
Les résidus de pesticides présents dans les produits ont été analysés par un laboratoire accrédité à l'aide de techniques avancées combinant plusieurs méthodes :
- chromatographie en phase liquide couplée à la spectrométrie de masse en tandem (LC-MS/MS) ;
- et chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse en tandem (GC-MS/MS).
Ces techniques validées et accréditées au niveau international sont utilisées dans les analyses de routine en matière de sécurité alimentaire et permettent aux laboratoires de détecter avec une grande précision de très faibles traces d'un large éventail de substances pesticides.
Dans cette analyse, un panel complet d'environ 736 pesticides a été inclu.
Il est important de noter que certaines substances hautement polaires, telles que les dithiocarbamates, l'oxyde d'éthylène, le glyphosate et le glufosinate, nécessitent des méthodes d'analyse distinctes et spécialisées. Elles n'ont donc pas été incluses dans ces analyses.
Les résultats du laboratoire ont été importés dans une base de données et recoupés avec d'autres bases de données contenant des informations sur les limites maximales de résidus pour chaque substance/pesticide analysé (Règlement (CE) n° 396/2005), le statut d'autorisation des substances pesticides détectées (Règlement (UE) n° 540/2011 portant application du Règlement (CE) n° 1107/2009 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne la liste des substances actives approuvées), les restrictions d'utilisation des pesticides détectés (Règlement (UE) n° 649/2012 concernant l'importation et l'exportation de produits chimiques dangereux dans l'UE, mettant en œuvre la convention de Rotterdam), ainsi que toutes les notifications d'exportation de l'ECHA concernant ces pesticides pour la période 2024-2025.
Avant publication, les marques et les distributeurs concernés ont été informés, et une lettre publique a été adressée aux ministres en charge de l’Agriculture et de la Santé, de manière à ce que des mesures correctives rapides soient prises, tout en garantissant le droit à l’information des consommatrices et consommateurs.
Pesticides interdits : une règlementation européenne qui ne protège pas notre santé
Cette enquête confirme que des résidus de pesticides non autorisés dans l'Union européenne se retrouvent régulièrement dans les produits que nous consommons au quotidien. Le cadre juridique actuel en matière de pesticides comporte d'importantes lacunes, ce qui l’empêche de protéger les consommatrices et consommateurs de l'exposition à des résidus de ces substances non autorisées, et soulève des inquiétudes quant à la protection de la santé.
À la lumière de ces résultats, foodwatch appelle la Commission européenne à :
- Instaurer une interdiction totale du commerce des pesticides dont l'utilisation n'est pas autorisée au sein de l'UE. Le double standard actuellement en vigueur expose les agriculteurs, les communautés et les consommateurs des pays tiers à des substances connues pour leurs effets néfastes sur la santé et l'environnement, ce qui est moralement inacceptable.
- Abaisser automatiquement toutes les limites maximales de résidus (LMR) des pesticides non autorisés au seuil de détection afin d'empêcher que ces substances ne reviennent dans les assiettes des Européens via un dangereux « effet boomerang ».
Foodwatch appelle également les producteurs et les distributeurs à assumer leurs responsabilités pour remédier à ce problème :
- En veillant à ce que les produits vendus en rayon ne contiennent pas de résidus de pesticides dépassant les limites légales autorisées. La législation alimentaire générale (règlement (CE) n° 178/2002) confère aux opérateurs du secteur alimentaire la responsabilité de la sécurité alimentaire et de la traçabilité tout au long de la chaîne alimentaire.
- En faisant pression sur leurs fournisseurs pour qu'ils leur fournissent des informations détaillées sur leurs produits alimentaires et des preuves de la sécurité des ingrédients.
Enfin, foodwatch appelle les autorités nationales à prendre des mesures concrètes pour garantir que les obligations légales de l’UE en matière de sécurité alimentaire et de traçabilité soient pleinement respectées :
- En renforçant les contrôles sur les produits alimentaires et en y consacrant des ressources suffisantes ;
- En intensifiant leurs actions contre les entreprises qui ne respectent pas la loi, par exemple par le biais de sanctions financières suffisamment élevées pour les dissuader de contourner leurs obligations.














