Procès de la viande de cheval : les sanctions tombent mais rien n’a changé sur le fond. Un autre scandale est possible

16/04/2019

Alors que les conclusions du procès sur l’affaire Spanghero sont tombées aujourd’hui, les leçons du scandale de la viande de cheval n’ont toujours pas été tirées. Six ans après, il devient urgent de s’attaquer au cœur du système qui rend possible les fraudes alimentaires de cette ampleur. Ce même système qui permet à des millions d’œufs contaminés au fipronil – interdit – de finir dans nos assiettes. Des chevaux aux passeports falsifiés pénètrent aujourd’hui encore le circuit de distribution en France, sans que nous en soyons informés. Et enfin, la grande distribution censée s’assurer de la conformité des produits qu’elle commercialise finit toujours par se poser en victime, dans l’impunité totale. Un comble.

Deux mois après avoir comparu pour « tromperie » et « escroquerie en bande organisée », Jacques Poujol, ancien dirigeant de Spanghero a été condamné à la confiscation de 100 000 euros, deux ans de prison dont 18 mois de sursis mais il avait déjà effectué 4 mois de détention préventive. Il ne pourra exercer d’activité professionnelle liée au secteur de la viande pendant deux ans. L’autre ex-cadre dirigeant de Spanghero, Patrice Monguillon, a été condamné à 12 mois d’emprisonnement avec sursis.

Ces sanctions ne sont clairement pas assez dissuasives… quand on sait que le chiffre d’affaires de Spanghero de 1 900 704 euros entre février et décembre 2012 pour le seul négoce viande de cheval.

Mais surtout, six ans après l’affaire qui a ébranlé l’Europe avec l’une des plus grandes fraudes alimentaires, un scandale similaire reste aujourd’hui tout à fait possible. Il devient urgent de s’attaquer au cœur du système, de protéger enfin les consommateurs-trices. La preuve par trois :

Viande de cheval et fipronil : le même argument bidon

« C’est interdit donc on ne vérifie pas ». On a entendu cette même excuse en 2017 lorsque le scandale du fipronil, substance interdite pourtant utilisée pour asperger des poulaillers en Europe, a éclaté. Et c’est en substance ce qu’ont mis en avant les différents acteurs impliqués dans la fraude à la viande de cheval au cours du procès. Des test ADN sur la viande auraient permis de déceler qu’il ne s’agissait pas de bœuf mais de cheval, mais de tels tests n’étaient pas obligatoires en 2013 – et ils ne le sont toujours pas aujourd’hui. Ainsi ni Spanghero, ni Tavola qui achetait la viande à Spanghero pour fabriquer les plats préparés, ni la grande distribution qui vendait des saucisses ou des canneloni, des lasagnes et autres produits n’ont pris la peine de vérifier.

Le trafic de cheval impropre à la consommation se poursuit à travers l’Europe et trouve preneur en France

Les trafiquants continuent de miser sur des effectifs de contrôle de plus en plus réduits et un système de traçabilité défaillant pour faire entrer des chevaux avec des passeports falsifiés dans la chaîne alimentaire. Rien qu’en 2018, la France a été concernée par cette fraude à quatre reprises au moins, comme le montre le réseau d’alerte sanitaire européen RASFF (en juillet, octobrenovembre, en décembre). En France toujours, trois alertes en 2017 (mars, avril, mai) portaient sur des chevaux présentant de l’oxyphenylbutazone ou du phenylbutazone, un anti-douleur qui comporte des risques sérieux s’il est ingéré par l’homme.

Opacité et impunité face aux scandales alimentaires, ça suffit !

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Exigeons des autorités en charge de renforcer la traçabilité, les contrôles, les sanctions et, surtout, la transparence des informations pour tout ce qui concerne notre alimentation.  En savoir plus

La grande distribution, responsable, doit rendre davantage de comptes  

Scandale après scandale – viande de cheval, fipronil, Lactalis – la grande distribution s’en sort en toute impunité. Carrefour, Lidl, e. Leclerc, Auchan, Casino, Picard, Cora, Monoprix, Système U ont tous vendu des saucisses ou des plats préparés à base de viande de cheval en annonçant qu’il s’agissait de bœuf. Les consommateurs-trices ont été trompés. La grande distribution s’est posée en victime lors des récents scandales en jouant la carte du ‘on ne savait pas’. C’est trop facile.

Le procès Spanghero n’envoie donc qu’un signal trop faible contre l’impunité, et six ans après le scandale de la viande de cheval, les ingrédients pour que de nouveaux scandales surviennent sont toujours là : opacité, traçabilité défaillante, manque de moyen des autorités de contrôle.

foodwatch va donc continuer d’exiger des autorités un renforcement de la législation européenne (178/2002), de la traçabilité, des contrôles, des sanctions et, surtout, la transparence des informations pour tout ce qui concerne notre alimentation. Parce que nous avons le droit de savoir.

Dernière modification le 16/04/2019
 
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