Actualités 19.02.2020

Le kit sur les poissons de l’industrie désinforme les enfants

Les lobbies essaient souvent de se faufiler dans les écoles afin d’influencer les enfants, qu’ils voient comme les futurs consommateurs. Nous avons mis la main sur un kit pédagogique « Poissons Coquillages et Crustacés  » construit par la filière de la pèche et de l’aquaculture. Composé de fiches ludiques destinées aux élèves de CM1 et CM2, proposant par exemple des exercices de maths ou des expériences scientifiques, il entend surtout les encourager à manger plus de poisson tout en prétendant les éduquer à « la santé, la biodiversité, la responsabilité citoyenne vis-à-vis de l’environnement ». Mais dans les faits, ce kit déforme les véritables recommandations de consommation de poisson et occulte les questions qui fâchent, pourtant essentielles si l’on entreprend de parler sérieusement du sujet aux générations futures.

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BLOOM est une association à but non lucratif fondée en 2005 qui œuvre pour la préservation des océans et la défense d'une pêche durable écologiquement et humainement en menant des campagnes de sensibilisation, des actions de plaidoyer et d’éducation ainsi que des recherches scientifiques. Ses actions s'adressent au grand public ainsi qu'aux décideurs politiques et aux acteurs économiques. Pour en savoir plus : http://www.bloomassociation.org/

Couverture du kit pédagogique "Poissons, coquillages et crustacés"

Téléchargez le kit pédagogique "Poissons, coquillages et crustacés"


Nous nous sommes associé·e·s à Bloom  afin de mettre en lumière la manipulation des lobbies derrière « les jolis dessins de poisson et les exercices de géographie ». Voici le top 7 des mensonges ou oublis de ce kit.

Problème n°1 : un kit pédagogique validé par le ministère de l’agriculture et de l’alimentation mais pas celui de l’éducation. 

Pour montrer patte blanche auprès des enseignants, le kit indique être le fruit d’une collaboration à priori rassurante : « France Filière Pêche, le Comité National de la Conchyliculture (CNC) et le Comité Interprofessionnel des Produits de l’Aquaculture (CIPA) se sont associés dans le cadre d’une grande campagne de valorisation des produits aquatiques, soutenue par l’UE, le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation et le Ministère de l’Education nationale ». Pourtant, après vérification, le ministère de l’Education nationale nous a informés qu’il n’avait pas du tout validé le contenu du kit... 

Problème n°2 : Une incitation à manger plus de poissons que ce que le ministère de la santé recommande vraiment

Pour inciter à manger davantage de produits de la pêche, le kit n’hésite pas à exagérer sur les recommandations nutritionnelles officielles en annonçant dès les premières pages du ‘Guide de l’enseignant’ : « Bien que les recommandations du PNNS (Programme national nutrition santé, ndlr) soient de manger du poisson, des coquillages et/ou des crustacés au moins 2 fois par semaine… ». C’est faux. La recommandation du PNNS est de manger du poisson : 2 fois par semaine, dont un poisson gras (sardines, maquereau, hareng, saumon, truite fumée). Et non davantage, comme écrit dans le kit. 

Problème n°3 : Rien sur les polluants 

(comme les PCB ou polychlorobiphényles) qui peuvent s’accumuler, selon l’Anses, dans les poissons d’eau douce comme (anguille, barbeau, brème, carpe , silure). Et donc sur la nécessité de varier sa consommation de poisson et d’éviter de trop en consommer (surtout pour les petites filles).  

Problème n°4 : Rien sur la véritable pêche durable

Les fiches vont jusqu’à sous-entendre un amalgame entre une pêche durable et plus responsable et la marque « Pavillon France ». Ce qui n’est pas le cas ! Cette marque donne uniquement des garanties sur les conditions sociales et sur l’origine de la pêche. Elle n’apporte aucune garantie sur la bonne gestion des stocks, de l’exploitation des fonds marins, etc. 

Problème n°5 : Le kit ne mentionne jamais la problématique de la surpêche et de la réduction des stocks

de poissons dans l’océan. Rien qu’au niveau européen, 41% des stocks sont surexploités en Atlantique Nord-Est, et près de 90% en Méditerranée. Au niveau mondial, un tiers des stocks de poissons sont surexploités. 

Problème n°6 : La saisonnalité n’est pas non plus mentionnée

Or, comme dans le domaine agricole, c’est une notion importante pour la petite pêche côtière et la consommation responsable. Le bar, par exemple, se reproduit en hiver : en consommer en février ou mars est une absurdité environnementale.

Problème n°7 : Le kit ne donne aucune information sur les différentes méthodes de pêche

– petite pêche côtière avec des navires de moins de douze mètres ou pêche industrielle et ses nombreuses captures accessoires - qui ont pourtant des impacts très différents sur les écosystèmes marins. Cette information est importante car c’est l'une des rares qui est indiquée obligatoirement sur l’étiquetage du poisson sauvage. Le kit ne donne aucune clé d’éducation sur ce sujet aux futurs consommateurs que sont les élèves à part : consommer Pavillon France.

Derrière ce type de « kit pédagogique », se cache en fait une pratique inacceptable d’influence et de désinformation ciblant les enfants dans le cœur du système éducatif. Les professeur·e·s des écoles ne sont pas à mettre en cause car les lobbies avancent masqués derrières les logos rassurant des ministères ou de l’Europe. Nous voulons que toute forme de promotion et de marketing pour des produits alimentaires sponsorisés par des lobbies soient exclus des écoles !

Vous avez vu passer ce type de kit dans le cartable de vos enfants ?

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