Actualités 11.03.2021

Je mange donc je choisis ?

iStockphoto.com/thebigland88

Beaucoup d’entre vous défendent la liberté du choix face aux abus de l’industrie agro-alimentaire : « Quand on pense qu'il suffirait que les gens n'achètent plus pour que ça ne se vende pas ! », disait Coluche. Comme vous, nous aimerions croire que la solution soit aussi simple. Mais avons-nous réellement le contrôle sur ce que nous mangeons ? 

La responsabilisation des consommateurs et consommatrices 

Eduquer au « bien manger » et au « bien consommer », « manger sain » : dès le début de la partie, les industriels de l’agro-alimentaire et certains politiques ont placé la balle dans votre camp. C’est à vous de faire attention, de lire les étiquettes, de comparer, d’analyser, bref : à vous de vous débrouiller dans la jungle des rayons pour tenter de faire le choix « éclairé » de produits bons pour la santé et l’environnement.

Vous avez d’ailleurs peut-être choisi de consacrer plus de temps et d’énergie pour faire vos courses, dans la démarche - louable - d’une consommation plus « éthique et responsable ». C’est vrai, nous pouvons dans une certaine mesure améliorer notre empreinte individuelle et donner l’exemple. Mais même si c’est difficile à admettre, votre démarche ne suffit pas : aussi aiguisé soit votre œil, aussi pertinents vous semblent vos choix de consommation, vous n’avez pas toutes les clés en main . Et vos comportements individuels d’achats ne permettront  malheureusement pas de changer en profondeur le système. Ni assez vite, ni de façon durable.
Or, il y a urgence à ce que toutes et tous aient accès à une alimentation saine et transparente.

Une industrie qui s’auto-régule… mal

Commençons par la question épineuse des engagements volontaires. Vous en avez certainement entendu parler : sous la pression des consommateurs et des consommatrices, les entreprises cherchent à rassurer et à montrer patte blanche, par exemple avec ce qu’on appelle des clean labels : « sans conservateurs », « sans additifs », « sans huile de palme »…
Ces allégations marketing « sans ceci, sans cela » masquent souvent la présence d’autres ingrédients controversés pour la santé ou l’environnement. Mais ça, vous le savez déjà si vous passez du temps, comme nous, à retourner les produits pour disséquer la liste des ingrédients.
Ce que vous ne savez peut-être pas en revanche, c’est que la plupart des engagements volontaires ne font l’objet d’aucun contrôle. Il est donc impossible de s’y fier ! Pas de contrôle, pas de sanctions… circulez, il n’y a rien à voir.

Par ailleurs, ces engagements volontaires complexifient en réalité nos choix : en l’absence de règles communes à tous les fabricants, comment s’y retrouver en rayons ? Laquelle de ces marques de céréales s’est engagée à ne pas utiliser d’huile de palme, d’additifs controversés pour la santé ? Laquelle contient moins de sucre ?
Chacun fixe ses propres standards et c’est le règne de la désinformation qui l’emporte. 

Enfin, pouvons-nous vraiment faire confiance aux multinationales de la malbouffe pour s’auto-réguler ? Vous vous doutez bien qu’elles font passer leurs profits avant les enjeux de santé publique !
D’ailleurs, toutes les études pointent du doigt l’échec des engagements volontaires et appellent à une réglementation pour protéger les plus jeunes de leur surexposition au marketing de la malbouffe. C’est ce que réclame foodwatch depuis 2017.
Pourtant, le Gouvernement s’obstine à ne pas légiférer  sur la question et préfère laisser le champ libre… aux engagements volontaires des industriels ! On marche sur la tête : même pour protéger la santé de vos enfants face au surpoids et à l’obésité galopante, l’Etat fuit ses responsabilités et laisse les parents désarmés face aux stratégies marketing pernicieuses des industriels. 

Manger sain reste un défi 

Vous êtes convaincu·e de n’acheter que des produits bons pour votre santé ? Pourtant, vous n’en aurez jamais la garantie. Tout simplement parce que vous ne disposez ni de toutes les informations, ni de tous les leviers pour pouvoir faire ces choix de façon vraiment éclairée aujourd’hui.
A commencer par le fait que les substances qui présentent un risque pour votre santé sont le plus souvent invisibles à l’œil nu et que la plupart du temps, vous en serez informé·e… après avoir consommé le produit ! Voire même, pas informé·e du tout.

Les hydrocarbures d’huiles minérales  aromatiques (MOAH), ça vous parle ? foodwatch a mené dès 2015 une vaste enquête mettant en évidence la présence de ces substances potentiellement cancérogènes, mutagènes et perturbateurs endocriniens, dans des paquets de pâtes, riz et céréales notamment.
Ces « MOAH », nous les avons aussi retrouvées en 2019 dans des laits infantiles des marques Nestlé et Danone. Pas de règlementation pour interdire ces substances, impossibles à détecter à l’œil nu. A ce jour, vous n’avez donc aucun moyen de savoir si les produits que vous consommez contiennent de ces substances dangereuses pour la santé.  

Et les pesticides, dans tout ça ? Bien entendu, il vous sera difficile d’y échapper.
Sans même parler des plus controversés encore autorisés en Europe - glyphosate & Co.   saviez-vous que d’autres pesticides dangereux interdits dans l’UE y sont encore produits, exportés dans le monde entier… et reviennent dans votre assiette sous la forme de résidus via les aliments importés ? Cet effet « boomerang » , vous n’en lirez évidemment pas un mot sur les étiquetages de fruits et légumes.

« Oui, mais moi, je mange bio ! ». Sans pesticides de synthèse donc, et vous avez raison : c’est globalement mieux pour votre santé et l’environnement. Mais même la bio n’échappe pas aux fraudes et scandales alimentaires : un schéma immuable où les moyens alloués aux contrôles sont insuffisants, les informations délivrées au compte-gouttes et les sanctions pas assez dissuasives. La récente affaire du sésame contaminé à l’oxyde d’éthylène le prouve : ce pesticide toxique est interdit en Europe, et il se retrouve pourtant dans nos rayons, y compris en bio. Les produits rappelés le sont souvent trop tard, ou bien ils sont retirés des rayons en catimini. A part en consultant tous les jours le site de la DGCCRF, il vous sera donc là encore difficile d’acheter ces produits en connaissance de cause.

Vous n’êtes plus seul·e !

Alors non, bien manger, ce n’est pas uniquement une question de comportement et choix individuel. Vous ne changerez pas le monde et les règles du marché, simplement par votre démarche d’une consommation plus éthique et plus responsable, même si ces choix sont bien sûr importants.
Et c’est la raison même de l’existence de foodwatch : en mettant les politiques et les industriels face à leurs responsabilités afin d’agir sur l’offre, nous nous battons pour que vous puissiez accéder à une alimentation saine et transparente sans plus devoir vous poser la question.

Ainsi, foodwatch demande des mesures plus concrètes pour que la santé des Françaises et des Français redevienne une priorité dans nos assiettes. Nous exigeons des lois plus protectrices, plus de contrôles et des sanctions dissuasives en cas d’infractions. Ces exigences deviennent les vôtres lorsque vous signez nos pétitions, relayez et soutenez nos actions.
Nous continuerons donc à maintenir la pression et souhaitons agir encore plus, avec vous : en tant que personnes engagées et critiques, vous pouvez nous aider à faire changer les choses en mettant la pression sur les responsables politiques et dirigeants d’entreprises, en interférant, en protestant, en les interpellant pour que les pratiques  abusives cessent et que les règlementations protègent sérieusement notre santé et la planète, plutôt que les lobbies.
Alors oui, cela peut sembler plus contraignant à faire que de simplement choisir les « bons » produits en magasins. Mais on vous garantit que ce sera beaucoup plus efficace dans la durée. On essaie ensemble ?

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