Communiqués de presse 10.12.2020

Nitrites bientôt interdits par une loi pour diminuer le risque de cancer et forcer l’industrie à revoir ses recettes ?

Un an après le lancement d’une pétition conjointe qui compte près de 320 000 signatures, foodwatch, Yuka et la Ligue contre le cancer se réjouissent qu’une proposition de loi déposée aujourd’hui mette sur la table « l’interdiction progressive des additifs nitrés dans les produits de charcuterie ». Cette proposition de loi par les députés Richard Ramos (MODEM), Barbara Bessot-Ballot (LREM) et Michèle Crouzet (LREM) est le résultat de nombreuses auditions – scientifiques, industriels, experts, société civile - par la mission parlementaire d'information sur les sels nitrités dans l'industrie agroalimentaire. Avec 4 000 cancers évitables par an imputés à l’ajout de nitrites ou nitrates dans l’alimentation, l’Assemblée nationale a pris le parti de la santé en dépit des nombreuses pressions de l’industrie de la charcuterie.

La proposition de loi prévoit notamment :

  • L’interdiction des nitrites et nitrates ajoutés dans la viande transformée : en 2023 pour les charcuteries crues (Bayonne, etc.) et en 2025 pour les charcuteries cuites (jambon "blanc" par exemple) ; 
  • D’ici là, un étiquetage clair sur la viande transformée contenant des nitrites ou nitrates ajoutés précisant : « Contient des nitrites ou des nitrates ajoutés et qui peuvent favoriser les cancers colorectaux » ainsi que la quantité d’additifs utilisés. Les publicités pour ce type de produit devront elles aussi intégrer un message de santé publique sur le sujet ;
  • La loi concerne également les additifs nitrés issus de bouillons de légumes riches en nitrites et nitrates. Ainsi les industriels ne pourront pas la contourner via cette méthode alternative qui pose les mêmes problèmes sanitaires que les nitrites et nitrates « classiques ».

Il y a quelques semaines, Yuka avait été mise en demeure par le lobby des charcutiers, la Fédération française des industriels charcutiers traiteurs (FICT) par voie d’avocats en exigeant la suppression de notre pétition commune contre les nitrites et la modification du système de notation sur les produits comportant les additifs E249, E250, E251 et E252. Une procédure d’intimidation qui a eu pour effet de booster le nombre de signatures à la pétition citoyenne, bondissant de 210 000 à près de 320 000

La détermination des consommateurs et consommatrices ne s’arrête pas là. A l’appel de foodwatch, ils vont aujourd’hui interpeller sur les réseaux sociaux des marques qui, d’un côté commercialisent déjà des produits "sans nitrites", et reconnaissent donc le problème, et de l’autre sont membres actifs de la FICT, Fédération qui n’a pas hésité à attaquer la mobilisation de Yuka, avec foodwatch et la Ligue contre le cancer contre ces additifs.  

« Nous demandons aux dirigeants de ces marques de clarifier publiquement leur position et de cesser de jouer un double jeu. Plusieurs cumulent en effet les casquettes comme Arnaud de Belloy, à la fois PDG de Herta et Vice-Président de la FICT, Antoine d’Espous, PDG de LOSTE et également vice-Président de la FICT, Emmanuel Commault, PDG de la Cooperl et membre du bureau de la FICT, Philippe Duriez, DG d’Aoste, Justin Bridou et Cochonou et également membre du bureau de la FICT ou encore Pierre Hébert, DG de Bordeau-Chesnel et lui aussi membre du bureau de la FICT. On a besoin de transparence », explique Karine Jacquemart, directrice de foodwatch. 

foodwatch a envoyé aujourd’hui une dizaine de lettres publiques à ces dirigeants pour leur demander quelle est leur position sur les nitrites ajoutés et s’ils ont soutenu la décision de la FICT de mettre en demeure Yuka, plutôt que d’accompagner les membres de la Fédération vers une sortie généralisée de ces additifs. 

Ce club de puissants charcutiers cherchera-t-il encore longtemps à s’opposer à la pression des citoyens et à la proposition de loi ? Pour enfin protéger la santé de tous, il faudra surtout compter sur le courage politique des parlementaires, mais aussi des Ministres de l’agriculture et de la santé, malgré l’opposition d’industriels aux intérêts divergents.

Sources