Actualités 30.06.2021

3 stratagèmes du lobby de la charcuterie pour éviter l’interdiction des nitrites ajoutés

  • Additifs

Plus de 2 ans après son lancement, la mobilisation de foodwatch, Yuka et la Ligue contre le cancer pour l’interdiction des nitrites et nitrates ajoutés dans l’alimentation a rassemblé plus de 340 000 citoyens et citoyennes. Un an plus tard, une proposition de loi était sur la table et doit prochainement être débattue à l’Assemblée nationale. Une interdiction qui pourrait éviter jusqu’à 4 000 cancers par an en France. La victoire vous paraît proche ? C’est sans compter le lobbying débridé des industriels de la charcuterie. La petite équipe de foodwatch vous dévoile trois grosses ficelles que ce puissant lobby utilise pour bloquer cette décision de santé publique.

1. Se cacher derrière un acronyme inconnu

Avant de faire du lobbying, pensez à ne pas vous salir directement les mains. En effet, faire du lobbying contre une question de santé publique, ce n’est vraiment pas idéal pour l’image de marque. Les industriels de la charcuterie préfèrent donc mener leurs actions pour défendre les nitrites ajoutés dans leurs viandes derrière un syndicat au nom obscur, la FICT. 6,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulés au compteur.

Sauriez-vous reconnaître la FICT dans les rayons de supermarchés ? foodwatch veut bien vous aider.

Les personnes qui pilotent la FICT sont aussi les dirigeants de marques comme Aoste, Bigard-Charal, Brocéliande, Bordeau Chesnel, Cochonou, Herta, Lechef Traiteur, Madrange, Montagne Noire, Maison Prunier, Justin Bridou, Pierre Schmidt et Popy.

Trouvant la technique un peu trop facile, foodwatch a adressé des lettres publiques à 14 marques telles que Monique Ranou, Fleury Michon, Loste ou encore Herta. Notre demande : que ces marques expliquent leur comportement. D’un côté, elles commercialisent déjà des produits de charcuterie sans nitrites en les vendant souvent plus chers que la gamme avec nitrites. De l’autre, elles agissent pour bloquer l’interdiction des nitrites ajoutés par la voie de la FICT.

Devinez leur réponse ?

On l’attend toujours.

2. Déformer la science et créer du doute autour des risques liés aux nitrites ajoutés

Cette grande tactique de lobbying se joue en trois actes.

Acte 1 : faire de gros raccourcis sur le problème avec les nitrites. Pour comprendre, il faut savoir que le principal problème avec les nitrites et nitrates ajoutés dans l’alimentation est bien leur réaction en chaîne. Injectés dans la viande puis digérés dans nos estomacs, ces additifs forment des hémes-nitrosylé comme des nitrosamines. Or, ces composés sont classés cancérogènes probables par le Centre international de la Recherche contre le Cancer (CIRC). Ils favoriseraient l’apparition de cancer colorectal, le deuxième cancer le plus mortel après celui des poumons, et de cancer de l’estomac. Selon le CIRC plus de 4 000 cancers seraient liés à la consommation de viande transformée chaque année.

Pour balayer les risques que présentent cette réaction en chaîne, Herta, Fleury Michon, Aoste et autres Madrange qui se prononcent à travers la FICT se mettent à... l’ignorer. Ils concentrent tout leur argumentaire uniquement sur les nitrites en tant que tel, répétant que les nitrites ne sont pas dangereux. Plus de réaction en chaîne, plus de problème. Circulez, il n’y a rien à voir.

Seulement les données sont têtues. Les premières études montrant la cancérogénicité sur les animaux des charcuteries nitrés versus des sans nitrites datent de 2012. L’augmentation « du risque entre les charcuteries nitrités et les charcuteries non-nitrités » est à un « niveau de preuve maximale aujourd’hui » soulignait en octobre 2020 Océane Martin, maitre de conférences en microbiologie clinique face aux parlementaires lors d’une mission d’information sur ces additifs.

Acte 2. Jouer sur les peurs d’une épidémie de botulisme. Une fois que les risques pour la santé liés aux nitrites ajoutés dans la viande transformée sont ignorés, le lobby de la charcuterie met le paquet sur la peur d’une autre maladie : le botulisme. Les industriels crient ainsi à qui veut l’entendre que « le botulisme est rare en France, grâce notamment à la maîtrise des règles d’hygiène des entreprises et à l’utilisation des nitrites qui assurent la sécurité microbiologique des aliments ». Par contre, ces mêmes industriels arrivent tout de même à vendre de la charcuterie sans nitrite... et sans botulisme ou autre problèmes sanitaires. Etrange non ?

Acte 3. Mettre de gros moyens pour diffuser cette vision déformée. C’est un site web malheureusement bien référencé sur la thématique. Son petit nom ? Info-nitrites.com. Il ressemble à un site d’information lambda, peut sembler au premier abord très bien documenté et se montre particulièrement rassurant sur l’usage de ces nitrites et nitrates ajoutés. Un site 100% dédié aux nitrites, directement écrit et mis à jour... par les industriels de la charcuterie. Pratique non ?

Vous qui demandiez à votre moteur de recherche préféré « c’est quoi le danger avec les nitrites ? », vous voilà rassurés.

3. Faire taire les voix qui dérangent : le harcèlement judiciaire contre Yuka

C’est une technique d’intimidation : noyez celles et ceux qui vous dérangent sous les procédures judiciaires pour les paralyser. C’est ainsi que Yuka, qui porte avec foodwatch et la Ligue contre le cancer une pétition pour l’interdiction des nitrites ajoutés dans l’alimentation a reçu une dizaine de mises en demeure dont trois procédures judiciaires. La FICT a monté le dossier, ses adhérents (les moins connus, les grandes marques préférant manifestement ne pas mouiller leur réputation) ont multiplié les plaintes et procédures.

Dans leur cabale judiciaire, les industriels de la charcuterie ont obtenu du tribunal de commerce de Paris une condamnation pour « dénigrement » et « pratique commerciale déloyale et trompeuse ». A partir du 29 juin, elle oblige Yuka à supprimer dans l’application le lien vers notre pétition commune qui apparaissait lorsque vous scanniez des produits contenants des nitrites ajoutés. Une bataille de perdue ? Loin de là, car Yuka a bien sûr fait appel de cette décision incompréhensible et la mobilisation citoyenne ne tarit pas.

Ce harcèlement judiciaire est malheureusement un classique des combats des lanceurs d’alerte. Par cette tactique, Herta, Fleury Michon, madrange et autres acteurs de la FICT tentent d’intimider les voix qui les dérangent mais veulent aussi faire diversion. Alors que le sujet est clairement un sujet de santé publique, ces procédures cherchent à déplacer le débat tout en faisant taire la mobilisation.

Comment contrer ce lobbying de l’ombre ? Mettons-le en lumière

Le combat contre les nitrites ajoutés dans l’alimentation est encore loooiiiiinnn d’être fini. La proposition de loi pour une « interdiction progressive des additifs nitrés dans les produits de charcuterie » devrait en effet être débattue à l’Assemblée nationale à la fin de l’année.

Pour que toutes les stratégies de lobbying de Cochonou, Justin Bridou, Herta, Fleury Michon et les autres industriels de la charcuterie cachés derrière la FICT n’aboutissent pas, le meilleur moyen est... de les mettre en lumière.

A vous d’agir.

Diffusez cet article à vos amis, voisins, votre famille, signez et partagez la pétition sur les réseaux sociaux, appelez, 2, 3 ou 5 personnes pour qu’elles signent la pétition et rejoignent la mobilisation citoyenne...

Faisons le contraire de ce que souhaite les industriels de la charcuterie : donnons de l’écho à notre mobilisation contre les nitrites ajoutés dans l’alimentation et ne laissons pas ces lobbies agir dans l’ombre contre l’intérêt général.

Signez et partagez la pétition !

Vous avez aimé cet article ? On a encore plein de sujets sur le feu : aidez-nous à continuer !

foodwatch est une association 100% indépendante qui refuse tout financement public ou dons d’entreprises qui pourraient présenter le moindre conflit d’intérêt. Ce sont donc vos dons qui garantissent notre liberté de parole et d’action pour enquêter, lancer l’alerte et faire bouger les choses. Ensemble, notre voix compte. Merci !

Je fais un don