Comment les industriels de la malbouffe blanchissent l’image de leurs produits

06/06/2018

En France, 1 enfant sur 6 est en surpoids ou obèse et risque de le rester à l’âge adulte. Résultat : le surpoids (obésité incluse) touche un adulte sur deux , facteur de risque aggravant les maladies chroniques comme l’obésité et le diabète. Le diabète tue chaque année au moins 34 000 personnes en France et conduit à l’amputation des membres d’environ 10 000 personnes par an. Pendant ce temps, la surcharge pondérale représente un coût social de 20 milliards d’euros pour l’année 2012. Les chiffres sont là, mais les responsabilités sont ignorées. Pourtant, soyons clairs : les industriels de la malbouffe jouent un rôle important dans cette situation. D’abord, parce qu’ils vendent des produits trop gras, trop sucrés, trop salés. Ensuite, parce qu’ils les font passer pour plus sains et plus attractifs qu’ils ne le sont réellement. 

foodwatch épingle deux procédés utilisés par les industriels pour blanchir l’image de produits peu favorables à une alimentation saine et demande aux responsables politiques de les faire cesser.   

1. Un marketing qui cible les enfants depuis trop longtemps

Fabricants et distributeurs ne manquent pas d’imagination et d’innovation pour cibler les enfants dans leur communication. foodwatch a déjà interpellé plusieurs groupes comme Coca-Cola, Nestlé ou encore Mondelez - qui détient la marque LU - à ce sujet. 

Fêtes d’anniversaire, pub TV et mise en scène d’un petit personnage aguicheur pour promouvoir la gamme LULU L’Ourson - dont certains produits contiennent plus de 50% de sucre -, le groupe Mondelez cible les enfants. Chez Coca-Cola, on recourt aux youtubeurs pour toucher un public adolescent, ainsi qu’aux réseaux sociaux et au sponsoring d’événement pour promouvoir des produits Capri-Sun auprès des plus jeunes. 

Des dizaines de milliers de consommatrices et consommateurs ont signé les pétitions lancées par foodwatch, mais les destinataires n’ont pas encore changé leurs pratiques et nient s’adresser aux enfants. S’appuyer sur le bon vouloir des industriels pour limiter et encadrer le marketing alimentaire est clairement insuffisant. L’Organisation Mondiale de la Santé alerte d’ailleurs depuis des années sur le besoin de règlementer la publicité ciblant les enfants, et la Stratégie nationale de santé 2018-2022 (Ministère de la Santé) prévoit de limiter l’influence de la publicité et du marketing alimentaire sur les enfants pour « des aliments peu favorables au plan nutritionnel ». Les discussions parlementaires autour de la loi Agriculture et alimentation qui fait suite aux Etats généraux de l’alimentation sont une opportunité pour ancrer cet encadrement par la loi.

A l’argument selon lequel l’encadrement du marketing et de la publicité pourrait se produire via des engagements volontaires des industriels, foodwatch a toujours répondu que l’autorégulation ne fonctionne pas. Il suffit de regarder du côté du "EU Pledge", une initiative volontaire européenne où les industriels s’engagent – sur le papier – à ne pas cibler les enfants dans leur communication. Dans les faits, des groupes comme Coca-Cola, Nestlé ou Mondelez pourtant signataires de cette Charte continuent de faire le contraire de ce qu’ils prétendent.

2. L’industrie développe un logo nutritionnel par portion qui désinforme

Avoir une information claire en un clin d’œil sur les qualités nutritionnelles des produits qu’on achète est aujourd’hui très compliqué, et ce n’est pas sans raison. Au moment des discussions sur le règlement européen d’information aux consommateurs (qui date de 2011), le lobby de l’agro-alimentaire avait dépensé 1 milliard d’euros (source : Corporate European Observatory, 2010) pour empêcher la mise en place d’un étiquetage nutritionnel obligatoire au niveau européen.

Depuis, la France s’est dotée du dispositif Nutri-Score développé indépendamment de l’influence de l’industrie agro-alimentaire et qui permet de noter de A à E les qualités nutritionnels des aliments. Au moment même où l’adoption du Nutri-Score fut officiellement annoncée, un groupe de six industriels (dits les « big six ») – tous signataires d’ailleurs du EU Pledge – communiquait sur son intention de lancer son propre logo, cherchant à créer ainsi de la confusion et de la désinformation. Les combines de Coca-Cola, Mondelez, Nestlé, PepsiCo et Unilever – Mars les a quittés en mars 2018 – ont donc permis le développement de cet autre logo, le « Evolved Nutrition Label ».

Ce logo adopte une approche fantaisiste par portion développée par l’industrie elle-même, permettant d’obtenir moins de voyants rouges (voir diaporama). Il serait visible sur les produits en rayon des marques concernées d’ici fin 2018 dans certains pays européens, permettant ainsi de blanchir l’image de produits souvent peu favorables sur le plan nutritionnel et de contrer le Nutri-Score, lequel n’est déployé que sur base volontaire en France.

Face au blanchiment d’image des produits vendus par les industriels de la malbouffe, foodwatch rappelle le rôle des responsables politiques et l’importance de légiférer pour encadrer ces pratiques qui entravent la santé publique. En France, l’interdiction du marketing ciblant les enfants doit être inscrite dans la loi. Au niveau européen, il faut qu’un logo nutritionnel par couleur à l’avant de l’emballage soit rendu obligatoire, lequel doit être développé sur base des recherches scientifiques indépendantes de l’industrie, tel que le Nutri-Score.  

L'Evolved Nutrition Label, un logo fantaisiste développé par les industriels

  • Nutella : Nutri-Score vs Evolved Nutrition Label

  • Savane : Nutri-score vs Evolved Nutrition Label

  • Barquettes Lulu : Nutri-score vs Evolved Nutrition Label

Dernière modification le 06/06/2018